Littérature et érotisme : « Eros bande toujours son arc »

Article publié le 16 avril 2012
Article publié le 16 avril 2012
Par Maria Moreno À l’image du slogan choisi pour l’édition 2012 de la Foire du livre de Bruxelles (« Sex, Books & Rock’n’roll »), il est facile d’établir un parallèle entre littérature érotique et culture rock. Depuis l’Antiquité, l’érotisme se double d’un vent de contestation et de libération. Aujourd’hui, la littérature tend son miroir à une société qui a changé les standards de subversion.

Le programme de la foire voulait rapprocher rock et littérature pour évoquer la « lutte contre les tabous » et « questionner le monde et les valeurs qui l’animent ». C’était l’occasion de revoir la tradition érotique de la littérature. Comment a grandi cet enfant terrible des lettres ? Possède-t-il toujours cet esprit "libertaire/in" ?

Parmi cette marée de livres, une pièce de théâtre de Jean-Claude Idée sur L’Art d’aimer d’Ovide exhumait la première censure littéraire de l’histoire. De même, un débat sur le marquis de Sade démystifiait son image de monstre. Faut-il rappeler que la philosophie dans le boudoir est d’abord une contestation violente des valeurs traditionnelles ? Il y a là un réel projet de réflexion sur les questions morales, politiques et religieuses de son temps, qui dépasse la simple quête du plaisir dans le mal.

En revanche, l’éclat d’une des grandes figures libertines de la littérature a manqué de briller sur la Foire. Casanova, loin des expériences extrêmes de Sade, partageait pourtant avec ce dernier l’affranchissement des règles et les relations fondées sur le plaisir sexuel. Mais peut-être que sa sensualité joviale détonnait avec le désenchantement et la déception des corps au goût du jour. En effet, cet ambassadeur des Lumières est l’antithèse du tragique de l’existence.

Les boudoirs profanés

En tout cas, l’air du temps y était bien présent par ce parallèle posé entre plaisir et autodestruction. Le mystère nécessaire à l’érotisme pour favoriser l’imagination semble désormais balayé par les images "trash". Après Catherine Millet, Lydia Lunch, dans la lignée de Virginie Despente, symbolise la montée d’un féminisme virulent et brutal. À la limite de la pornographie, ces romans multiplient les scènes gores dans une langue obscène et creuse.

Mais la tendance est à la provocation, plutôt qu’à la subversion. Il s’agit surtout de « faire du fric avec du foutre ». S’agit-il de pur marketing, usant de la stratégie du « porno chic », qui consiste à choquer pour percer dans la masse ? En plaçant le mot « books », à la place de « drugs », le slogan de la 42ème édition de la Foire pouvait s’entendre comme un appel à la consommation.

Seulement, l’omniprésence du sexe dans la société actuelle fait que l’ouvrage le moins attendu peut contenir une scène sexuelle, sans que cela dérange. Et parmi le « Big sexy noise » ambiant, subsistent des auteurs, comme Caroline Lamarche, pour qui l’érotisme reste un art subtil. Dans cette « désérotisation » du monde, le conformisme vient curieusement de ceux qui se réclament anti-conformistes.