L'Islande mérite-t-elle de rentrer dans l'UE?

Article publié le 3 juin 2009
Article publié le 3 juin 2009
La crise financière et économique a parfois du bon. Il permet par exemple à certain de se découvrir des vocations d'Européens convaincus. Ce fut en particulier le cas pour les Islandais qui depuis que leur bourse a retrouvé sa valeur de 1912, voient dans l'Union européenne une opportunité pour son avenir. Soit. Mais Noway! pose la question: l'Islande a-t-elle sa place dans l'UE?

Normalement, le dépôt officiel de la candidature islandaise devrait intervenir en juillet prochain. Juste après les élections européennes. Pour tout européiste qui se respecte, cela constitue une bonne nouvelle : un pays de plus intéressé par notre Union. Toujours sympa. 

Descente aux enfers

Mais pour quelle raison les Islandais veulent-ils soudainement venir à Bruxelles ? Alors que je vous le rappelle, en ce moment, les peuples d’Europe sont opprimés car cette institution, selon un certain nombre de nos candidats concourant pour les 7000 euros du salaire d’euro-député. Surtout que pas mal d’experts, les négociations ne devant pas être très compliquées, l’adhésion pourrait se faire avant même celle de la Croatie.

Pourquoi cette envie subite d’Europe ? La réponse est simple : une bourse qui perd 90% de sa valeur, une monnaie qui s’écroule, un pays au bord de la faillite, obligé d’emprunter à la Russie, une success story basée sur la finance qui s’effondre…10ans de croissance foutue en l’air, un des PIB par habitants les plus élevés du monde torpillé. Car oui, il faut le dire : quand tout allait bien, les Islandais voyaient plus l’UE comme une source d’emmerdements. En particulier à cause de la pêche et des fameux quotas bruxellois. Selon les derniers sondages, c’est maintenant la moitié des Islandais qui veulent adhérer à l’UE. Beau retournement de situation. Un lobbyiste bruxellois n’aurait pas fait mieux.

Les 300 000

Question : pourquoi devrions-nous prendre cette île perdue au milieu de l’Atlantique nord avec nous ? On nous répète sans cesse dans le débat sur la Turquie, que de toute façon, personne n’est contre la Turquie, c’est juste qu’on doit faire une pause dans l’élargissement car on est un peu fatigué avec la digestion des 10 de 2004. Une pause ok. Mais pas pour l’Islande ? 

Pourquoi aurait-elle droit à un traitement de faveur ? Parce qu’ils ne sont que 300 000 ? Et alors, l’Europe est-elle une question de démographie ? Si c’est le cas, mieux vaut alors prendre la Turquie et ses cohortes de jeunes, contrebalançant alors notre continent vieillissant. 

Surtout, que la Turquie, cela fait 40 ans qu’elle veut rentrer dans l’Europe, que ce soit par temps de crise ou par temps de croissance (surtout que la sienne est supérieure à la notre), passant des paquets de réformes qui ne font pas que des heureux. On peut critiquer la candidature de ce grand pays, mais au moins, elle est honnête. Quant à celle de l’Islande, elle sent un peu l’opportunisme et un zeste d’hypocrisie. En gros, ça va mal, donc ok, on veut bien venir. Mais vont-ils rester quand tout ira de nouveau mieux ? Car maintenant, le Traité de Lisbonne permet aux Etats de sortir de l’Union s’ils le souhaitent. Vont-ils jouer au yoyo, la question se pose ? On peut peut-être leur proposer une adhésion à mi-temps ?

L'Europe sans les quotas

Et est-ce vraiment correct, d’accepter une candidature si facilement alors qu’on maltraite les candidatures d’autres ? Cela ne ferait que renforcer l’idée qu’il y a deux poids deux mesures dans l’UE.

Surtout les Islandais veulent l’Europe pour l’euro, la stabilité économique et tout et tout mais ils ont déjà fait savoir que les quotas de pêche ils n’étaient pas fans. Et alors ? L’Union européenne, c’est un package, pas un menu au choix. Surtout que depuis trois ans ils ont ré-ouvert la chasse à la baleine (avec augmentation des prises cette année probablement pour raison de crise économique) alors qu’elle est interdite partout dans le monde (sauf Japon et Norvège). Parmi les pays hurlant au scandale, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Des pays de l’UE non ?

Et concernant la pêche plus régulière, le gouvernement a déjà annoncé que vu que l'Islande n'a pas d'eaux territoriales frontalières avec aucun pays de l'UE, on pourrait éventuellement faire une exception? Comment ? Ils veulent que les ports de Brest, Boulogne sur Mer ou autre fasse une révolution? Surtout qu'à partir du moment où l'Islande rentrera dans l'UE, les pêcheurs de toute l'Union pourront aller faire un tour chez les Islandais et leur piquer leurs poissons chéris. Alors, toujours contre l'idée de quotas?

Et la géographie dans tout ça?

Ensuite, que dernièrement, l’Islande a annoncé un allégement du contrôle des flux de capitaux (en accord avec le FMI). Hummm pas très sérieux quand en Europe, l’idée est plutôt de contrôler et de réglementer un peu plus le bazar (même si à la Commission, ils ne semblent pas préssés). Sans oublier que l’euro, cette monnaie que l’Islande veut maintenant acquérir rapidement, ce ne sera pas avant quelques années, le temps de passer par toutes les procédures habituelles : critères de Maastricht, système monétaire européen, etc…D’ici là, la croissance devrait être revenue. 

Et puis dernière interrogation : géographiquement, est-ce que c’est européen ? La question mérite d’être posée, tout comme c’est le cas pour la Turquie. Car quand on regarde sur une carte, l’Islande c’est aussi très proche de l’Amérique du Nord, et du Groenland. D’ailleurs cette île, bien que liée au Danemark ne fait pas partie de l’UE.

Alors, tout cela est-il bien sérieux ?