L'Iran, l'Europe et le nucléaire : comment gérer l'après Fukushima ?

Article publié le 19 janvier 2012
Article publié le 19 janvier 2012
Après avoir secoué l’Europe toute entière, la tragédie de Fukushima a été à l’origine de réévaluations concernant l’avenir nucléaire en Allemagne et en France. Alors que l’Europe se trouve divisée face à l’Iran et son acquisition de l’arme nucléaire, l'assassinat d'un scientifique iranien vient raviver les termes d'un débat déjà très atomique.

Il y a dix mois, à la suite du drame naturel et nucléaire qui a frappé le Japon, l’ASN avait été chargée d’effectuer un audit de sécurité dans les centrales françaises. 79 centrales et 58 réacteurs en fonctionnement ont été examinés . Le bilan est tombé : aucune fermeture nécessaire mais 10 milliards d’euros supplémentaires d’investissement dans le but de renforcer la sécurité des installations .

Une arme politique

Le nucléaire, encore un jouet trop dangereux. Si le nucléaire est devenu une affaire politique c’est tout simplement parce que la France obtient 75% de son électricité grâce au nucléaire. Ceci ne touche pas uniquement la France mais toute l’Union européenne dont les négociations avec l’Iran sont caractérisées par une grande pression en ce qui concerne l’acquisition de l’arme nucléaire. En effet, l’UE a trouvé un accord de principe mercredi dernier à Bruxelles sur l’imposition d’un embargo pétrolier si Téhéran refusait de coopérer. Il semble que cet embargo pourrait avoir lieu d’ici fin janvier si la situation n’évolue pas, plus précisément après la prochaine réunion des ministres des Affaires Étrangères de l’Union européenne prévue le 30 janvier. Les États-Unis ont accueilli cette nouvelle avec satisfaction et Victoria Nuland, porte-parole du département d’État américain, a aussi évoqué le souhait que ces mesures soient prises en concertation avec l’ensemble communauté internationale dont les alliés Européens. « C’est une très bonne nouvelle, qui résulte de nombreuses consultations entre les États Unis et les pays de l’Union Européenne » a-t-elle déclaré en soulignant la victoire que symbolise cette avancée dans une stratégie « d’étranglement économique de l’Iran ». Cette décision de principe vient donc non seulement scellée un accord européen mais également une véritable alliance avec les États-Unis.

Si l’Europe était divisée face à l’arme nucléaire iranienne ces dernières années, l’entente sur le sujet semble avoir été atteinte. Mais si le Vieux Continent a trouvé un accord, l’affaire nucléaire avec Téhéran reste un combat délicat puisque l’Iran a récemment lancé des menaces concernant la fermeture du détroit d’Ormuz (avant de se fendre d'un démenti), lieu de transit d’environ 40% du trafic pétrolier mondial, mais aussi à l’égard des États-Unis dues à sa présence navale dans le golfe Persique. Il s’agit pour l’Iran de s’affirmer comme un État indépendant et fort à travers cette arme de destruction massive qui reste un sujet d’angoisse et d’incertitude majeurs en Europe et aux États-Unis où l’on ne croit pas à l’absence de projet militaire iranien. D'autant plus qu'un événement récent vient de mettre le feu aux poudres : un éminent scientifique nucléaire iranien qui travaillait dans le principal site d'enrichissement d'uranium du pays a été assassiné mercredi 11 janvier. Et il n’a pas fallu longtemps pour que Safar-Ali Baratloo, le vice-gouverneur de Téhéran, accuse Israël de cet attentat.

Alors, quelle est la réelle importance du nucléaire et où nous mène-t-elle ?

« Pour se protéger d’une épée il faut un bouclier. Or construire un bouclier contre l’arme nucléaire s’est révélé jusqu’ici impossible », Jacques Attali, Économie de l’Apocalypse.

À la suite du choc pétrolier de 1973, les Européens ont développé davantage leur énergie nucléaire, menant ainsi l’Europe à devenir l’une des régions les plus peuplées en matière de centrales nucléaires. Si le traité Euratom est l’un des traités fondateurs de l’Union européenne, son intégration a posé un autre voile sur la façon de voir l’énergie nucléaire, celui de la politique. En effet, l’union avec des pays tels que l’Autriche, opposés au nucléaire, a très certainement fait entrevoir de nouvelles considérations.

La réaction de l’angoisse

Plus récemment, le nucléaire est devenu la source d’une inquiétude parmi les populations européennes, traumatisées par les images de Tchernobyl et, il y a peu, de Fukushima. La stratégie économique (pour l'électricité par exemple) qui semblait justifiée à l'époque, est désormais la source d’un grand sentiment d’insécurité. Le lien entre l’énergie et l’arme de destruction massive s’est fait plus clair. Les décisions politiques de l’année 2011 ont suivi ce sentiment avec l’Allemagne qui a décidé de fermer ses 17 centrales d’ici 2022 ou avec le référendum italien qui a mis fin au projet de relance du nucléaire. Les tests de contrôles étaient la prochaine étape et le résultat, connu cette semaine, quoique annonçant des coûts impressionnants, ne semble pas avoir été reçu avec une telle agitation en France, pays européen possédant, à l’heure actuelle, le plus de réacteurs en activité.

« L'énergie nucléaire est le moyen le plus dangereux de faire bouillir l'eau chaude. » Bernard Laponche, Télérama

Si dans le passé le développement de l’énergie nucléaire a connu des difficultés, elle a atteint, de nos jours, de nouveaux sommets. Il s’agit principalement d’un débat sur la sécurité et la sûreté qui mènera très certainement à des transformations dans nos centrales mais, d’une manière à la fois brutale et pérenne, Fukushima inscrit la question de l’énergie atomique dans un véritable débat de société. Soudainement, le lien entre notre source d’énergie et l’arme menaçante que cherche à acquérir l’Iran semble moins loin l’une de l’autre.

« Grâce à l’armement nucléaire, puisque nous sommes nés par erreur, peut-être mourrons-nous par erreur. » Michel Colucci, dit Coluche.

Photos : Une (cc)alvarotapia/flickr ; Fukushima adobe of chaos/flickr ; robot noir&blanc et enfant-armes x-ray_delta_one/flickr ;