L'insoutenable lourdeur de l'être

Article publié le 16 août 2013
Article publié le 16 août 2013

Casquette-baggy ou costard-cravate, de Paris à Varsovie, les relous des rues ne connaissent aucune limite. Jamais à cours d’inventivité, ils ne cessent de nous étonner, pour notre plus grand déplaisir. Tour d’horizon en forme de coup de gueule. Parce que oui, ils sont à nous ces beaux yeux là. 

France : « hé mademoiselle t'es charmante, ça te dirait une glace à la menthe ? »

« Coucou, tu veux voir ma chatte ? » Sur le tumblr hé mademoiseau, des filles imaginatives inventent des répliques salaces à destination des relous des rues. Imaginatives, mais surtout fatiguées par toutes les réflexions essuyées parce qu’elles ont commis l’immense affront de naitre avec deux chromosomes x. Marre des « hé mademoiselle, t’es bonne, tu suces ? », et marre des mains au cul dans le métro. Paris, ville de l’amour ? Grave erreur, la capitale regorge de ces « relous des rues », toujours prêts à vous gâcher la journée.  Pas convaincus ? Les sites paye ta shnek et vie de meuf recensent le meilleur du pire de ces « tentatives de séduction en milieu urbain ». Envie de se mobiliser en dehors du monde virtuel ? Le collectif rage de nuit organise des marches nocturnes tous les 6 mois pour se réapproprier la rue. 

M. F.B

Italie : CIAO BELLISSIMA

« C’est incroyable : même main dans la main avec leurs copines, les mecs italiens te regardent de haut en bas dans la rue et c’est à peine s’ils ne te sifflent pas en plus ». C’est le constat d’une amie espagnole, de retour d’un voyage à Rome. Epatée par l’initiative de ces beaux gosses (ou pas) italiens, cette jeune fille basque était presque fascinée par l’ardeur et la facilité au « compliment » dans les rues du Bel Paese.

Oui, parce que cela semble presque être une question d’honneur pour les garçons italiens de faire savoir à la malchanceuse (qui regrette immédiatement d’avoir choisi ce petit passage pour rentrer chez elle) combien elle est charmante et les activités qu’ils envisagent de faire ensemble, projets qui ne ressemblent pas exactement à une promenade dans un jardin. Casanova impérissables, qui n’ont pas, toutefois, l’élégance du célèbre personnage historique, ils sont particulièrement inventifs dans le domaine des commentaires pas très catholiques, en formulant des invitations qui se transforment en insultes sexuelles, l’espace d’un regard de travers. 

V. N

Pologne « Made in heaven » 

Heureusement, les tentatives de séduction dans les rues varsoviennes sont le plus souvent mignonnes, attendrissantes et maladroites que malpolies et sexistes. Les hommes rivalisent d’imagination et de traits d’esprits pour conquérir les Polonaises. Du coup, une jolie fille dans les rues de Varsovie peut entendre des petites perles comme : « Est-ce que tu t’appelles Google ? Parce que tu as tout ce que je cherchais », ou bien : « T’as pas un dictionnaire? Car les mots me manquent, tu es tellement belle ». Attention, cela ne veut pas dire qu'on ne tombe jamais sur des poètes du dimanche, qui osent le: « ouh, je vois l’étiquette qui sort de ton t-shirt. C’est marqué "made in heaven" ». Chose appréciable cependant, une fois rejetés, les mecs polonais ne vont pas insister et laisseront la fille tranquille.

K. P.

Espagne : machisme 1; poésie 0

En Espagne, une tradition est en train de se perdre, celle du « Piropo ». Le piropo ? C’est ce trait d’esprit, lancé pour attirer l’attention de l’objet de son désir. Le relou des rues espagnol se la joue donc grand seigneur, puisque piropo vient du grec pyros, le feu, rien que ça. C’est comme si quelqu’un de spécial vous lançait quelques feux d’artifices en passant. La classe. Mais le piropo se manie avec habileté. Le problème survient lorsque certaines personnes (suivez notre regard…) ouvrent le feu sur tout ce qui passe, et traine le piropo dans la boue du machisme. Peu à peu le piropo perd son sens, et on oublie pourquoi il a été inventé. Les pays de tradition méditerranéenne et arabe sont pourtant des habitués du piropo, du calembour et de l’hyperbole, et après tout, dire « qu’est ce qu’une étoile fait à voler aussi bas ? » au passage d’une jolie fille n’est pas en soi un scandale. Le piropo nous rappelle que la recherche de l’égalité et le respect des femmes doit être plus poétique et moins grossier. 

M. T. 

Allemagne : les filles hurlent leur colère online

Du chef d'entreprise qui parle à une collègue de la longeur de son sexe, jusqu'au type dans la rue qui touche les seins d'une passante en la doublant en vélo – en Allemagne tous les coups sont permis. Mais les Allemandes ne se laissent pas faire et continuent à recenser le sexisme quotidien par petites anecdotes sur le site du même nom alltagssexismus.de. Le site a été lancé en 2013 suite à la polémique #aufschrei (#outcry) autour d'un chaud lapin du parti libéral (Brüderle) et la jeune journaliste qui a osé dénoncer son comportement (Mais qu'est-ce qu'elle foutait là toute seule au bar?). Une avalanche de Tweets et un prix prestigieux de journalisme online pour le dit hashtag plus tard, le débat sur le sexisme ordinaire fait son retour dans la société allemande en 2013

K. K

Royaume-Uni : du virtuel à la réalité 

Le Royaume-Uni est en ce moment confronté à un véritable pic de misogynie, et les femmes doivent faire face au harcèlement à la fois dans la rue et en ligne. 

Dans les supermarchés, le débat concerne les magazines masculins, et s’il faut où nous dissimuler leurs couvertures. Les médias anglais, eux, s’illustrent tristement par leur pratique du « slut-shaming ». La star de la télé Simon Cowell a mis enceinte une femme mariée, et c’est elle qui se retrouve à la une de tous les journaux. Toutefois, nombreux sont les médias qui collaborent aujourd’hui avec le projet « everyday sexism », fondé en 2012, et qui permet aux femmes victimes de harcèlement de partager leurs expériences en ligne. Le signalement des affaires de harcèlement sexuel dans les transports en commun a par exemple quadruplé grâce au projet « Guardian ». L’initiative, lancée par la police des transports britanniques est associée au projet « everyday sexism ».

Parfois, le sexisme ordinaire passe de la rue à l’écran d’un ordinateur, comme ce fût le cas récemment pour un certains nombres de femmes publiques. Les journalistes India Knight et Laurie Penny, la députée Stella Creasy, l’historienne Mary Beard et l’écrivaine Caroline Criado-Perez, ont toutes reçu des menaces de mort sur Twitter.

Outre-Atlantique, à Brooklyn, une artiste a lancé une campagne contre le harcèlement à travers l’art de rue.

N. S.