L’innovation au secours du climat

Article publié le 16 août 2017
Article publié le 16 août 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La signature de l'Accord de Paris en décembre 2015 n'a pas suffi à régler d'un claquement de doigt le problème du réchauffement climatique de la planète. Pour espérer y parvenir concrètement, le développement d'innovations paraît incontournable afin d'adapter réellement nos modes de vie.

Présenté comme historique pour la Terre, le 12 décembre 2015 restera le jour où 195 pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter d'ici 2100 le réchauffement climatique de 2°C par rapport à l'ère préindustrielle (fin du XIXe siècle), voire d'1,5°C si cela est possible. Aussi symbolique soit-il, cet élan mondial vers de meilleures pratiques environnementales s'est depuis heurté à l'annonce du retrait des États-Unis de l'Accord de Paris, mais aussi à la publication de plusieurs travaux pessimistes pour l'avenir de notre planète. Une étude américaine publiée le 31 juillet dans la revue Nature Climate Change estime en effet à 5 % les chances de limiter le réchauffement climatique à 2°C, et même à seulement 1 % celles de rester sous 1,5°C. D'après les chercheurs, qui ont pourtant intégré des « efforts pour limiter l'utilisation des énergies fossiles » particulièrement coûteuses en émissions de GES, l'augmentation de la température terrestre se situera probablement entre 2 et 4,9°C, « avec une valeur médiane de 3,2°C ».

Pour effectuer leurs calculs, les chercheurs américains se sont basés sur les prévisions du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), qui a établi quatre scénarios plus ou moins favorables sur la hausse des températures, le plus pessimiste concluant à une augmentation de 5,5°C. D'après une autre étude commandée par la Commission européenne, le réchauffement climatique pourrait être responsable de 152 000 morts par an en Europe d'ici la fin du siècle, soit 50 fois plus que les 3 000 décès annuels constatés actuellement. Environ deux Européens sur trois y seraient alors exposés, contre 5 % durant la période 1981-2010. Les vagues de chaleur constitueraient le phénomène le plus meurtrier, provoquant 99 % des morts liées aux événements extrêmes (+5 400 %) suivi des inondations côtières (+3 780 %) et fluviales (+54 %), des incendies (+138 %) et des tempêtes (+20 %). Au niveau mondial, 74 % de la population serait exposée à des vagues de chaleurs potentiellement mortelles d'ici 2100 si les émissions de carbone continuaient d'augmenter au rythme actuel.

Innovation pour le climat : la position de la France

Face à cette menace pour l'Humanité, la France renvoie l'image d'un pays fermement engagé en faveur d'une réduction des émissions de GES à la hauteur de l'enjeu planétaire. En 2013, une étude sur l'innovation technologique face au changement climatique montrait que les chercheurs français se plaçaient à la cinquième place mondiale pour le nombre d'inventions brevetées dans le domaine, avec « une part de son effort global innovation comparable à celui de l'Allemagne et nettement supérieure à celles des États-Unis et du Japon ». Pourtant, les conclusions du rapport mettaient également en évidence « le positionnement faible de la France dans les énergies renouvelables ». En termes d'innovations, l'Hexagone serait ainsi plus performante dans les secteurs du nucléaire, de la CSC, de l'isolation, du ciment, du chauffage, de l'hydroélectricité et des véhicules électriques et hybrides. Selon une enquête de l'INSEE réalisée en 2009, les entreprises françaises réagiraient aux régulations environnementales en adoptant des « modifications mineures de leurs produits ou procédés ». « Elles auraient tendance à faire un usage stratégique de la règlementation », notamment pour « améliorer leur image de marque en adoptant une communication adéquate ».

Les projets innovants ne manquent toutefois pas parmi les entreprises, start-ups et autres structures associatives et publiques françaises. La France n'est en effet pas en reste dans ce domaine, comme le démontrent chaque année les Prix EDF Pulse, qui récompensent les jeunes pousses les plus prometteuses en matière d'innovation énergétique et sociale. En 2017, un candidat français fait beaucoup parler de lui : Woodoo, un bois augmenté à l'empreinte carbone ultra-réduite. Tout aussi innovant, la start-up britannique Pavegen a inventé des pavés qui produisent de l'énergie quand on marche dessus, dont la gare SNCF de Saint-Omer (Nord) vient de s'équiper. Toujours en France, EDF Énergies Nouvelles expérimente actuellement une autre technologie : Panoblade, qui permet d'inspecter les pales d'éoliennes terrestres en temps réel sur ordinateur, une solution plus efficace que par jumelles. Les sources d'inspiration viennent également de l'étranger. En Islande, la centrale géothermique d'Hellisheioi tente de transformer son CO2 en calcite, un minéral enfoui à 1 000 mètres sous terre. Encore plus loin, en Australie, un projet de ferme à éco-serres solaire a vu le jour en juin 2016 afin de faire pousser fruits et légumes en toute saison grâce à l'eau salée et à la lumière naturelle. Un concept qui serait déjà importé dans le sud de la France.

Des sources de financement diverses

À partir de 2020, les État signataires de l'Accord de Paris ont promis de consacrer 100 milliards de dollars annuels, en prêts ou en dons, pour financer des projets visant à lutter contre le dérèglement climatique. L'innovation technologique peut également compter sur le Fonds vert pour le climat voté lors de la COP15 de Copenhague en 2009, qui a attribué 40 % de son budget total (1,5 milliard de dollars) aux projets en faveur de l'adaptation aux changements climatiques. La France, qui dispose d'un  siège au conseil de ce fonds, en est d'ailleurs le cinquième contributeur. Les États-Unis, qui s'étaient engagés sous l'administration Obama à verser 3 milliards de dollars, n'en ont débloqué qu'un tiers avant l'annonce de Donald Trump de quitter l'Accord de Paris. D'autres formes de soutien financier aux projets novateurs existent par ailleurs, comme les plateformes de crowdfunding spécialisées, ou l'ONG R20-Régions pour le climat, qui encourage les initiatives au sein des grands groupes. Depuis 2012, EDF a ainsi mis en place un dispositif global d'appui à l'innovation à destination des start-ups, qui permet d'accompagner chaque année 15 à 30 projets en interne ou via l'un de ses clients.