L’immigration, une ressource pour l’Union

Article publié le 1 juillet 2003
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Article publié le 1 juillet 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'histoire enseigne qu'on peut dévier le cours des fleuves et relier mers et océans. Mais il est impossible d’arrêter le flux d'hommes en lutte pour leur survie, pas même en faisant donner le canon.

L'immigration n'est pas une option pour l'Europe. La globalisation croissante des marchés et de la production, la révolution de l'information, la crise démographique des sociétés développées, l'instabilité politique dans le monde et les inégalités de bien-être provoquent inévitablement une augmentation des flux migratoires vers des destins meilleurs, parmi lesquels l’Europe est le plus désiré. Devant ce scénario, l'Union semble se refermer dans sa « forteresse Schengen », effrayée par un phénomène qu’elle ne sait pas contrôler et qui lui rappelle continuellement que son futur ne se décidera pas seulement à l'intérieur de ses frontières. Pourtant une immigration bien gérée serait nécessaire pour répondre aux besoins futurs du marché du travail européen.

L'Europe a en effet besoin d'immigrés pour son développement économique et pour compenser la diminution des forces vives qu’engendre le « papy boom ». En effet, dans les vingt prochaines années, selon les estimations les plus récentes des Nations unies, la population active (20-59 ans) en Europe, sans migrations, diminuera de plus de 13 millions de personnes, soit 6,4% de la population active totale (1).

Devant ce phénomène, l'Union semble fermer les yeux et laisse le soin aux Etats de réguler l'immigration. De nos jours, hélas, la régulation des flux de personnes est en effet considérée de leur point de vue comme un élément stratégique pour la sécurité nationale, comme si l'on parlait de « défense » de la patrie vis-à-vis d’une « attaque » extérieure. Il en ressort une évidente faiblesse de l'Union dans la gestion du phénomène migratoire. Si le sommet de Tampere en 1999 a voulu ancrer les politiques communes pour l'asile et l'immigration dans la réalité, les bonnes intentions se sont traduites par des lois nationales toujours plus dures et toujours moins efficaces.

En Italie les carences européennes ont produit la loi Bossi-Fini, exemple du fait que l’apologie des activités répressives et de contrôle ne sert à rien face à la volonté des êtres humains. Après des mois de silence, ces derniers temps, avec l’arrivée du beau temps et le calme de la mer, le trafic vers nos côtes d’embarcations chargées d’immigrants désespérés et de demandeurs d’asile a repris.

Le canon ne sert à rien

L'Italie répond par la militarisation et la surveillance des aires concernées par l'immigration clandestine, avec comme unique effet d’augmenter le risque de nouvelles tragédies. Et de nouvelles tragédies se produisent chaque jour dans cette mer frontière qu’est le Canal de Sicile, qui chaque été se transforme en une sorte de cimetière sous-marin. L'histoire enseigne qu'on peut dévier le cours des fleuves et les flux de circulation, relier les mers avec les océans, mais qu’il est impossible d’arrêter le flux d’hommes en lutte pour leur survie, pas même en faisant donner le canon (2).

L'UE devra assumer une gestion du phénomène migratoire à travers le développement d'une politique commune en matière d’immigration, qui vise à une intensification de la coopération avec les pays tiers, ceux d'origine ou ceux de transit.

La tâche n'est pas spécialement aisée, car même pour les sociétés d'origine, les migrations constituent, à court terme, un double potentiel : d'une part elles réduisent la pression démographique d'une population excédentaire, plus particulièrement dans les classes les plus jeunes, souvent mal employées ou au chômage ; de l'autre, elles augmentent les ressources disponibles pour les familles au travers des transferts d’argent en direction du pays d’origine.

Pour ces raisons, l'attitude des pays tiers est rarement encline à la coopération dans la gestion des flux migratoires. Sur le long terme toutefois, les migrations ne représentent pas véritablement une opportunité de développement pour les pays émergents, puisque les moyens de stimuler la stabilité financière de ces zones n'existent pas encore aujourd'hui. On peut citer parmi ces moyens les accords multilatéraux qui encourageraient l’utilisation productive des ressources transférées, ou favoriseraient le retour des migrants dans leur pays et le développement d'entreprises sur place.

Après les déclarations, les actes

L'Union européenne devra donc intégrer sa politique migratoire aux « projets de stabilité » déjà en cours, qui concernent par exemple les Balkans, le Moyen Orient et l'Afrique du Nord. Pour être efficace, les objectifs d'une politique commune en matière d'immigration illégale doivent s'insérer dans le contexte global des relations entre l'Union et les pays tiers et ne pas rester à la discrétion des accords bilatéraux entre un pays extracommunautaire et un membre de l'U.E.

A ce propos, l'immigration clandestine ne semble pas chagriner grand monde. Le clandestin est bien pratique : il se contente d’un salaire de misère, paie un loyer honteux, ne proteste pas, s'adapte à tout travail - y compris ceux que les européens ne veulent plus faire- et peut être emprisonné ou expulsé à tout moment.

Combler de cette façon le « déficit démographique » qui touche de nombreuses régions d'Europe n'est cependant pas moralement acceptable. Souvent l'Europe se présente comme un exemple de société plus juste : aux déclarations doivent donc suivre les actes. L'Europe doit réguler au maximum les flux migratoires, dont elle a du reste un extrême besoin physiologique, en tenant compte non seulement de la situation des pays d'origine et de la capacité d'accueil de chaque État membre, mais également par exemple des liens historiques et culturels qui lient les parties ensemble.

Cette base amènerait vers une intégration plus incisive, qui garantirait aux immigrés des droits et des devoirs analogues à ceux des citoyens de l'UE. En outre, de cette manière, les vagues de discrimination, de racisme et de xénophobie qui traversent fréquemment notre continent diminueraient sensiblement. L'immigration est une ressource dont l'Europe a grand besoin. A nous de la gérer au mieux.

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(1) Bandarin, Francesco, “L’Europe face au phénomène migratoire”, Europa, Europe, Fondation Institut Gramsci, numéro 6/2000.

(2) La référence est empruntée au Ministre Bossi dans une interview donnée au Corriere della Sera du 16 juin 2003.