L'immigration, Huntington et l'EU

Article publié le 18 juin 2015
Article publié le 18 juin 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un sérieux débat sur l’immigration continue au sein de l’UE après les récents évènements tragiques en Méditerranée. Comment l’Europe doit-elle se comporter face à l’immigration ? L’Histoire a été formée par les migrations et l’UE doit apprendre du passé pour relever les défis du futur. 

Pars ou meurs

Au dix-neuvième siècle, de 1845 à 1852, la Grande Famine s’est abattue sur l’Irlande, menant à la mort d’un million d’irlandais. Soudainement ils étaient privés de nourriture, de pommes de terre pour être exacts (qui à l’époque représentaient 80% de leur alimentation), surtout la classe la plus pauvre de la population. Une des plus grosses conséquences sociales de ce désastre a été, naturellement, l’immigration.

La première vague d’immigration massive aux Etats-Unis est la définition même de cette période historique, lorsque presque un million d’immigrants irlandais ont cherché l’espoir et pris leurs traditions et religion dans leurs bagages. Cinquante ans plus tard, pendant le vingtième siècle, les USA étaient la terre d’accueil de 8,8 millions de personnes qui sont arrivées d’un peu partout dans le monde chaque année. Depuis 1970, les immigrants représentaient 4,7% de la population américaine et le chiffre est passé à 6,2% en 1980. Alors qu’en 2010, 25% de la population des Etats-Unis âgée de moins de 18 ans étaient immigrés de la première ou de la deuxième génération. 8% des nouveaux nés ayant vu le jour sur le sol américain en 2008 étaient fils de couples d’immigrants illégaux, selon un rapport du U.S. Census Bureau via le Pew Hispanic Center.

L’immigration continue

Ce phénomène démographique complexe continue de grandir et les immigrants représentent à ce jour, 44% de la population des Etats-Unis. Au vingtième siècle, les flux venaient principalement d’Europe, mais depuis que les USA ont admis plus d’immigrants légaux, entre 1991 et 2000, il y a eu une augmentation abrupte des flux migratoires en provenance du Mexique, de Chine, d’Inde, des Philippines, de République Dominicaine et d’autres pays. De plus, un sondage du Census Bureau a montré que d’ici 2050, un quart des américains sera d’héritage hispanique. Ce sondage a estimé que la population des USA était de 319 millions d’habitants. Les Etats-Unis sont le troisième pays plus peuplé au monde, après la Chine et l’Inde, et la première puissance économique mondiale avec une très haute productivité.

Où cela nous amène-t-il ? Si nous percevions l’immigration comme un engin de développement plutôt qu’une attaque colossale contre nos principes et traditions, nous pourrions entrevoir l’autre face de la médaille et arrêterions d’en faire un si gros problème.

Un problème culturel

Comme le défendait brillamment Samuel Huntington dans son œuvre « Le choc des civilisations » en 1992, l’ère de l’idéologie finira et le monde reviendra à un état normal des choses caractérisé par le conflit culturel. Dans sa thèse anthropologique et sociale, il argumentait que l’axe principal du conflit dans l’avenir serait sur des bases culturelles et religieuses.

Le multiculturalisme est bon pour le développement d’une société et pour le progrès humain. Ce qui arrive de nos jours au sein de l’Union Européenne est totalement inacceptable. Tout d’abord, parce que nous parlons de gens dans le besoin : des migrants qui arrivent sur notre continent, fuyant la guerre, la pauvreté et les maladies. Le tohu-bohu dans les médias anglais, aussi bien qu’en France, Hongrie et bien d’autres pays, est basé sur des hantises politiques internes, deuxièmement, elles ne sont pas fondées. Le passé a montré que les immigrants au Royaume-Uni ont apporté du bien-être économique au pays, ayant contribué avec 20 millions de pound aux finances publiques entre 2000 et 2011, selon un projet de recherche mené par deux économistes de l’immigration du University College. Le plus scandaleux de cette condamnation est que les immigrants paient beaucoup plus d’impôts qu’ils ne tirent de bénéfices. Félicitons pour une fois la position de Mme Merkel par rapport à celle de M. Cameron, sur sa tentative de libérer les flux migratoires jusqu’au Royaume-Uni. Pourquoi interdire aux gens de venir chez nous tout en continuant d’importer leurs produits commerciaux ? Les leaders européens ne devraient donc pas boire de café venant d’Afrique ou du Brésil, ni se régaler avec du chocolat ou de la bière Belge, voire  renoncer au vins en provenance du Portugal, d’Espagne, de France et d’Italie. N’est-ce pas ?

Si l’Histoire peut bien nous enseigner quelque chose, c’est de nous faire regarder en arrière et voir les régressions et les progrès faits par le passé en apprenant de ceux-ci. Une vue d’ensemble du siècle dernier nous révèle que l’immigration d’hier a dessiné le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Malheureusement, nous vivons une période où la poursuite du pouvoir est la norme et le respect de l’être humain en tant que personne semble disparaitre.