L'image du Parlement Européen est-elle ternie par la crise?

Article publié le 16 mars 2012
Article publié le 16 mars 2012
Par Jonathan Boureau et Margaux Pastor. TNS Opinion a mené une enquête « EB/PE Parlemètre » en face-à-face sur le terrain entre le 5 et le 20 novembre 2011 auprès de 26 596 européens âgés de plus de 15 ans. Nous avons fait réagir le député belge Marc Tarabella du groupe S&D sur certaines thématiques qui se dégagent de cette étude.

Dans un contexte particulièrement difficile et changeant, notamment au sein de la zone euro, comment les Européens ont-ils vécu leur rapport à l'institution la plus démocratique de l'Union européenne ? Au vu des résultats, il semblerait que l'image du Parlement Européen aurait pâti elle aussi de la crise économique à mi-chemin de cette législature. Même si les Européens déclarent que l'image qu'ils se font du Parlement européen est majoritairement neutre, le nombre de ceux qui ont une image positive diminue alors que celui qui en ont une image négative est en hausse. La lutte contre l'exclusion et la pauvreté est toujours la politique prioritaire que les Européens souhaitent voir promue par le Parlement européen mais c'est à présent la coordination des politiques économiques, budgétaires et fiscales qui arrive en seconde position. Cette progression est d'autant plus forte dans la zone Euro. Pour Marc Tarabella : « il faut changer de politique à certains égards: le PEAD me vient spontanément à l'esprit, le Programme Européen d'Aide aux plus Démunis, évidemment certains pays, introduisent une procédure pour le diminuer, en disant ce n'est pas à l'Europe de faire du social c'est aux états-membres, comment voulez vous que l'Europe soit perçue comme garante d'un équilibre social et d'une solidarité, puisque aujourd'hui on tourne de plus en plus le dos à cette solidarité ? L'attitude de certains pays, comme les pays nordiques aujourd'hui sont ceux qui vivent le mieux et qui sont ceux qui sont le plus réticents à faire des pratiques de solidarité avec les autres pays ».

Les européens souhaitent recevoir plus d'informations sur les solutions de l'Union Européenne pour lutter contre la crise, ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on s’aperçoit que 66% d'entre eux se considèrent mal informés, même si le souvenir médiatique relatif au Parlement européen est à son plus haut niveau : 69% soit 10 points de plus que le dernier sondage. Les plus informés sont les Européens qui vivent dans les états de la zone euro et/ou qui ont été le plus frappés par la crise et dont la stabilité financière a fait débat dans les médias nationaux. Les Européens hors de la zone euro préféreraient quant à eux, être plus informés sur leurs droits en tant que citoyens européens. Pour Marc Tarabella, le plus important pour un député et de « Faire et faire savoir ». Selon lui « L'Europe fait des choses formidables en terme de solidarité, notamment à travers les fonds de cohésion. C'est probablement la partie du budget européen qui traduit le mieux la volonté de solidarité, et c'est devenu le premier budget. Mais qui le sait ? On en parle pas assez, et je dirai qu'il y a une responsabilité des états-membres et des gouvernements, qui lorsqu'il y a un bienfait de l'Union Européenne, ils se l'attribuent à eux et par contre lorsqu'il y a quelque chose qui ne va pas, ou une décision dure à prendre, très clairement on incrimine l'Europe. Dans les pays on dit : c'est de la faute de Bruxelles. En Belgique on est préservé de ça puisque tout le monde est à Bruxelles.  D'un autre côté, moi je pratique la politique des gouttes d'eau ou des ruissellements qui feront peut-être les grandes rivières. C'est quoi ? C'est quand on invite quelques personnes, des étudiants, des petits groupes. Il ne faut jamais snober quelqu'un qui veut vous voir. Je me plie à l'exercice avec plaisir, ce n'est pas une corvée de dire ce qu'on fait pour l'Europe. Je parle beaucoup aux agriculteurs, c'est peut-être ceux qui connaissent le mieux l'importance que l'Europe a dans leur vie de tous les jours. C'est assez fondamental, on ne peut pas toucher toute la population. Les médias peuvent nous y aider bien-sûr, mais on doit le faire aussi nous-même. Quelque part, la vision d l'Europe peut être changée du tout au tout par des visiteurs que l'on accueille.  Il faut expliquer comment fonctionne la plénière, la démystifier . Ce n'est pas de l’absentéisme, on est tous là, même si ce n'est pas visible pendant les votes et moins pendant les débats. »

Les Européens pensent aussi à 36% que les décisions prises au Parlement par les députés le sont en fonction des intérêts des Etats membres contre 37% qui pensent qu'elles sont prises en fonction des affinités politiques des députés européens. Un peu plus de la moitié des personnes sondées considèrent que le PE est méconnu et le nombre de ceux qui pensent qu'il est inefficace est en augmentation. La hiérarchie des valeurs reste quant à elle inchangée, les Européens souhaitent d'abord voir protéger les droits de l'Homme, l'égalité hommes/femmes, la liberté d'expression et enfin la solidarité entre états.

Les citoyens semblent d'abord vouloir être rassurés contre les effets de la crise et même prévenir les prochaines puisque leurs attentes concernant la politique de sécurité et de défense progressent nettement. De même la lutte contre le terrorisme et une politique concertée de l'immigration avec les pays d'origine, s'ils ne sont pas « passés de mode » sont des sujets qui intéressent bien moins les Européens que lors du dernier sondage.

Pour tous les Européens, le rôle du Parlement européen est important, et ce chiffre est en progression, mais le Royaume Uni reste l'état où le pourcentage de citoyens qui le pensent est le moins fort. Ils ne sont que 24% à souhaiter que ce rôle soit plus important. 48% des Anglais, soit presque la moitié d'entre eux ont une image négative du Parlement, et la plupart d'entre eux ne le considère ni dynamique, ni démocratique et pour tout dire inefficace (mêmes ressentis pour la Suède et les Pays-Bas). Les pays qui connaissent des déboires économiques semblent vouloir donner plus d'importance au Parlement européen et notamment à la solidarité entre les Etats membres en difficulté financière (50% des Grecs). Enfin, malgré sa présence à Strasbourg, les Français sont convaincus à 58% que le Parlement Européen est méconnu...