L'illustration slovaque ressuscitée. Grâce à des jeunes femmes.

Article publié le 4 novembre 2015
Article publié le 4 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'illustration tchécoslovaque avait autrefois une bonne renommée en Europe. Dans les années 90, après la fin du régime socialiste, elle connut cependant un certain ralentissement avec l’arrivée de Disney. Les éditeurs slovaques ont finalement arrêté de mettre en avant exclusivement les titres étrangers, qu’ils achetaient par ailleurs sans trop réfléchir à leur niveau artistique.

Une fois chaque deux ans, Bratislava, la capitale slovaque, devient pendant quelques mois aussi la capitale internationale de l'illustration pour les enfants. L'édition de Biennale de Bratislava 2015 est fini pour cette année-là, et même si le Grand Prix a été attribué a Laura Carlin de Grande-Bretagne, le pays d'accueil de ce competition de créativité ne doit pas avoir de la honte.

Cafebabel a rencontré quatre jeunes illustratrices slovaques dont le nom se rencontre le plus souvent dans les médias de leur pays. Les dessins de la première d'entre eux, Daniela Olejníková, ont gagné un prix lors de la Biennale de Bratislava, il y a deux années. L'auteure de Hlbokomorské rozprávky (Les contes des abysses), Veronika Klímová, a été à son tour récompensée par le Ministère slovaque de la Culture. Cette année, elle expose au Japon. 

Les enfants de Grande-Bretagne pourraient peut-être reconnaître les dessins de Mária Nerádová, qui travaille la plupart du temps avec des maisons d'édition étrangères. Quand on parle de bande dessinée, il convient de mentionner une Slovaque vivant en jeune femme tchèque, Juliana Chomová. Son travail porte majoritairement sur ce genre littéraire.

Pas seulement pour les petits

La littérature pour enfants est l'un des rares genres (avec la bande dessinée), qui combine deux arts – le dessin et la littérature. Les beaux livres pour les plus petits ont beaucoup de charme et il est fort probable qu'ils restent dans les mémoires, même quand les enfants deviennent adultes.

« Je pense qu’aujourd’hui les livres illustrés ne sont plus seulement pour les enfants. Par exemple, In Watermelon Sugar de Richard Brautigan ne l’est pas. Il est plutôt pour les adultes et les adolescents, » déclare l'une des figures les plus influentes de sa génération, la dessinatrice slovaque Daniela Olejníková.

Cette jeune artiste de 29 ans a été repérée très tôt, quand elle n'était encore qu’en deuxième année de l'académie des Beaux-arts de Bratislava. A l'origine, les illustrations du livre de Richard Brauting, In Watermelon Sugar, était juste le thème d’un travail scolaire, mais Daniela a eu de la chance parce que l'un des éditeurs slovaques comptait publier ce livre et en voyant ses dessins, il a décidé d’en accompagner le texte.

La BD – genre oublié en Slovaquie

Juliana Chomová est l’une des seules dessinatrices avec qui nous avons pu parler à être intéressée par la bande dessinée. Ce genre très populaire en France ou aux États-Unis n'a pas gagné un grand public en Slovaquie.

« À l'école, je n'ai pas eu l’occasion d'appliquer réellement ce que j'ai appris. En réalité, nous manquions d’occasions. On ne travaillait pas du tout avec les nouveaux médias, les bandes dessinées étaient passées sous silence et les professeurs ne nous donnaient pas réellement leur avis sur notre travail, » se souvient Juliana.

C’est pour ces raisons qu’elle a quitté Bratislava pour Prague à sa sortie des Beaux-Arts. « Ici l'art comique a un plus large champ d'application, le succès international de Peter Sís ou Alois Nebel le montre bien, » déclare-t-elle.

Néanmoins, elle a trouvé une maison d'édition slovaque qui souhaitait donner sa chance à la bande dessinée et Juliana a pu travailler sur un joli Šlabikár päťmestia (Dictionnaire de Pentapolis).

« Après cela, j'ai commencé à travailler sur mon propre projet, qui vient d'être publié - une bande dessinée pour adultes, qui s'appelle Magnus, année X91. Je le fais en collaboration avec une scénariste, Klara Kolarová, de la FAMU (Faculté des arts visuels), » continue Juliana en ajoutant qu'elle apprécie la coopération avec les Tchèques.

Elle ne tarit de d’éloges sur la scénariste. « Dans mon travail, il ne suffit pas seulement de bien dessiner, il faut susciter un intérêt littéraire. C'est ce qui manquait souvent à mes bandes dessinées – une histoire bien écrite », dit-elle.

Un autre nom est lié avec les beaux livres, celui de Veronika Klímová, étudiante à l’atelier de Karol Kállay, l'un des graphistes les plus connus de Slovaquie. Veronika n’étais pas en filière artistique au lycée, comme beaucoup de ses collègues, mais dans une filière générale.

Elle est donc une sorte d'autodidacte. Travailler comme dessinatrice était pourtant son rêve d'enfant. « Je ne peux pas m'imaginer de plus beau métier, » dit-elle, des étincelles dans les yeux. Ses illustrations magiques des fonds marins ont impressionné le jury de la compétition des plus beaux livres de Slovaquie 2013.

Salons et expos, points de départ

Les expositions et salons du livre sont des étapes importantes, disent ces illustratrices. « Ce sont des moments pendant lesquels vous vous rendez compte que votre effort n'était pas vain, » dit Daniela Olejníková. Elle mentionne le Salon du livre de Bologne, Veronika Klímová l'exposition Filles de Kállay.

« C'était une expérience très puissante. Tout a commencé là-bas et puis tout est devenu plus facile», se rappelle Daniela en nous parlant de ses débuts à l'école. Selon elle, la création de l'Association des illustrateurs slovaques a beaucoup contribué au boum des œuvres originales dans l'édition slovaque. Certains éditeurs se sont débarrassés de leur peur des nouveautés et ils se sont ouverts aux noms inconnus de jeunes auteurs.

« Une prise de conscience du fait que nous avons aussi des dessinateurs en Slovaquie est apparue ces dernières années chez certains éditeurs. Ils ont commencé à promouvoir la production de livres de dessins de qualité qui ont également du succès pendant les foires internationales. La différence entre nous et les pays étrangers commencent à s'amenuiser et heureusement les Slovaques sont finalement prêts à acheter de beaux livres dont le prix correspond à la qualité, » analyse Daniela.

Il faut une idée inouïe

« Les livres pour enfants de l’époque socialiste sont particulièrement agréable parce que les artistes pouvaient se réaliser et laisser travailler leur imagination. Ce genre n’était pas réellement surveillé. Le régime leur a donné une liberté que les autres artistes n’avaient pas, » raconte Mária Nerádová.

Plus tard, dans les années 90, des beaux livres sont arrivés de l'étranger et il était facile pour les éditeurs de les publier tels quels. « Une sorte de kitsch nous a submergés, mais maintenant tout redevient plus sobre, » a-t-elle ajouté. Elles ne veulent pas toutes se consacrer seulement à la littérature pour enfants, qui est néanmoins inextricablement liée aux dessins.

Cependant, leur travail actuel est fortement porté sur la littérature pour enfants. Daniela Olejníková termine en ce moment une série de livres pour les enfants d'âge périscolaire. Après l'énorme succès de son livre, un dictionnaire tchèco-slovaque pour les tout-petits Jak velbloud potkal ťavu, qui existe désormais en version anglo-polonaise, c'est une coopération avec l’éditeur anglais Usborne qui attend Maria Neradová.

Un de ses atouts est la créativité. Elle déborde d’idées intéressantes et originales, comme ce dictionnaire sur les faux amis tchécoslovaques, qui est d’ailleurs en rupture des stocks.

« Pendant mes études à Zlin, en République tchèque, j'ai réalisé à quel point nous avons des langues différentes combien il y a d'exemples. Avec des amis, nous avons recueilli les plus insidieux, » décrit-elle en nous expliquant comment l'idée originale d'un dictionnaire plein de petits animaux bilingues lui est venue.

 L'industrie du livre commence à prospérer dans ce petit pays d'Europe et ce sont de jeunes artistes talentueuses qui sortent le plus du lot.La production nationale s'est frayée un chemin et elle se porte déjà mieux.