Lilian Thuram au Conseil de l’Europe : « Combien de murs nous séparent-ils encore ? »

Article publié le 13 juillet 2009
Article publié le 13 juillet 2009
Par Hamid DERROUICH Strasbourg, le 10 juillet 2009 C’est avec un ton ferme et un regard imposant que Lilian Thuram s’est adressé le 10 juillet 2009 aux participants aux travaux de l’Université d’été du Conseil de l’Europe. Son discours improvisé en a ému plus d’un. De son parcours, il fait acte de pédagogie.
Il explique en effet que le racisme est avant tout un discours construit, un discours qui ne place en aucun cas l’humain au centre de ses préoccupations.

Au contraire, c’est un discours qui érige certaines spécificités (couleur, langue, religion) des uns et des autres en instruments de ségrégation, de discrimination. Lilian Thuram estime alors qu’on parle de races, de noirs, de blancs, de jaunes, d’arabes, de juifs… et qu’on oublie, voire nie, ce que nous sommes réellement : des hommes et des femmes tout simplement.

Hier défenseur sur le terrain foot, aujourd’hui « attaquant » sur le terrain politique

En s’engageant dans la lutte contre le racisme, l’ancien champion du monde et d’Europe est conscient que la voie est longue et parsemée d’embûches. On se souvient de “sa prise de bec’’ avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur au sujet d’un certain « nettoyage au Karcher » auquel ce dernier voulait procéder dans certains quartiers de banlieues.

Les émeutes de 2005 seraient de ce point de vue un moment déclencheur de son engagement dans la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination pour Lilian Thuram.

Il garde quelques séquelles de son entrevue avec l’ancien ministre de l’Intérieur juste après lesdites émeutes. « C'était le 25 novembre 2005, rapporte Le Nouvel Obs. J'avais dit publiquement, explique Lilian Thuram, le mal que je pensais de ses sorties sur « les racailles ». Je pensais qu'il ne savait pas le poids de certains mots (...). Je ne voulais pas rester sur un malentendu, mais au contraire lui expliquer que ses propos risquaient de réveiller le racisme latent de la société française. »

La création d’un ministère qui associe immigration et de identité nationale ne l’a d’ailleurs pas surpris. Lilian Thuram estime au contraire qu’elle s’inscrit dans le sillage d’une “banalisation dangereuse du discours du Front National’’. « L’identité nationale n’est pas quelque chose de figé. Sinon cela voudrait dire que nous sommes tous des Gaulois. Pour sortir de la crise identitaire dans laquelle on se trouve, il faut avoir une réflexion et accepter que celle-ci est en mouvement ».

Lilian Thuram ministre ?

Faisant indirectement de la politique à travers ses déclarations et ses actions, l'ex-sportif de haut niveau va-t-il maintenant franchir le pas ? Se présenter devant les électeurs ? «Pour l'instant, non», confie-t-il. Il pense que «la politique est quelque chose de très noble qui ne tolère pas l'à-peu-près. Il faut apprendre les choses. C'est ce que je fais en ce moment en rencontrant des gens de différents horizons».

Cela ne l’a pas empêché de s’engager dans d’autres structures où il jouit de la liberté de parole nécessaire à son combat contre le racisme. Il a ainsi siégé au Haut Conseil de l’Intégration et il est membre d’honneur de la section de Toulon de la Ligue des Droits de l’Homme. Depuis un an, il préside une fondation pour l’éducation contre le racisme qui porte d’ailleurs son nom.

Car Lilian Thuram croit dur comme fer qu’un des moyens de lutte nécessaire contre le racisme est l’éducation, qui permet de déconstruire toutes les formes du discours racial. « Il n'y a qu'une seule race, la race humaine », lit-on sur le site de sa fondation www.thuram.org.

On compte parmi ses soutiens Pascal Boniface (géopolitologue), Pascal Blanchard (historien), Michel Wieviorka (sociologue), Louis Sala-Molins (philosophe et historien)…