L'homosexualité dans le football : le combat impossible ?

Article publié le 16 septembre 2016
Article publié le 16 septembre 2016

Pourquoi aucun joueur de football professionnel de la Bundesliga n'a-t-il encore fait son coming out officiel ? C'est très simple : ce sport a encore et toujours un problème avec tout ce qui n'est pas hétéro. Différentes initiatives, dont la mienne, luttent aujourd'hui contre l'homophobie, et montrent qu'être gay et footballeur est loin d'être impossible.                 

L'auteure Nicole Selmer expliquait dans le magazine 11 Freunde que le thème de l'homophobie avait pris beaucoup d'ampleur au cours des cinq à six dernières années. Le lecteur pourrait s'exclamer que le football allemand n'a que peu de choses à se reprocher en termes de lutte contre l'homophobie. En effet, le milieu a connu quelques vagues. Après le coming out public de Thomas Hitzelsperger en janvier 2014, la porte semblait grande ouverte pour permettre à d'autres de suivre le même chemin. L'ancien joueur de la Mannschaft avait alors reçu énormément de soutien. Le président de la Fédération allemande de football de l'époque, Theo Zwanziger avait alors montré son engagement contre l'homophobie et même reçu le prix Tolerantia aux côtés de l'activiste Tanja Walter-Ahrens et de Philipp Lahm (ancien capitaine de la sélection nationale, ndlr)

La crainte du coming out

À part ça ? Pas grand-chose. On attend toujours l'effet boule de neige. Zwanziger n'est plus qu'une anecdote et la Fédération est plus occupée par ses problèmes de corruption internes que par son combat contre l'homophobie. Hitzelsperger, quant à lui, reste un cas isolé. À ce jour, aucun autre footballeur professionnel encore en activité n'a révélé son homosexualité ou sa bisexualité. Pour information, nous parlons ici de plus de 1 300 joueurs, de la Bundesliga (première division du championnat, ndlr) à la Liga (troisième division, ndlr). D'un point de vue purement statistique, il est pratiquement impossible qu'il n'y ait que des hétérosexuels parmi ces sportifs. La « peur d'une mauvaise réaction des supporters » revient souvent pour expliquer les raisons de ce silence. En effet, une telle démarche se heurte inévitablement à l'homophobie assumée des kops dans les tribunes, que l'on retrouve aussi bien dans leurs chants que sur leurs banderoles. Mais même dans les stades, quelques progrès notables sont à distinguer. De nombreux fan-clubs pour les homosexuels ont vu le jour, parmi lesquels 30 clubs européens ont décidé de se réunir pour créer l'association Queer Football Fanclubs.

Généralement, la direction des clubs n'est pas le seul souci des joueurs quand ils pensent faire leur coming out, il faut également penser aux partenaires publicitaires. En effet, le pouvoir est le plus souvent entre les mains d'hommes particulièrement conservateurs. Toutefois, comme la situation ne connaît pas vraiment de précédent, il ne s'agit là que de spéculation. La peur règne néanmoins en maître et personne ne veut prendre le risque de servir d'exemple. Conséquence : de nombreux professionnels se cachent au public jusqu'à ce qu'un fan muni d'un smartphone les dévoile aux yeux du monde. Cette pression permanente peut non seulement faire chuter les performances des sportifs, mais aussi déclencher certaines maladies. Le journaliste Ronny Blaschke le décrit d'une manière saisissante dans son livre, Versteckspieler (Joueur de cache-cache), qui retrace la vie de Marcus Urban, ancien joueur de l'équipe junior nationale de football de la RDA qui a révélé son homosexualité après l'arrêt de sa carrière. D'une certaine manière, joueur était parfois un peu trop violent pendant les rencontres pour ne pas éveiller les soupçons sur sa sexualité. Un excès d'engagement qui ne correspondait pas du tout à son style de jeu.   

Homo et footballeur ? Impossible.

À cause de cette pression constante, de la peur, et de ce jeu de cache-cache, les jeunes joueurs amateurs, qui hésitent eux aussi à faire leur coming out, n'ont pas de modèles auxquels s'identifier. Être à la fois homosexuel et footballeur semble tout bonnement impossible pour la plupart. Les sportifs se trouvent confrontés à ce choix cornélien : se cacher ou arrêter ? Malheureusement, les personnalités LGBT se font désirer dans le milieu du football masculin. Puisque personne ne veut servir d'exemple à toute une communauté, le mouvement doit venir « d'en bas ». Et de ce côté, les efforts sont bien là. Depuis quelques années, l'association LSVD Berlin-Brandenburg travaille en collaboration avec la Fédération de football de Berlin. En outre, la fondation nationale Magnus Hirschfeld a lancé le projet Fußball für Vielfalt (la diversité à travers le football) en 2011. De nombreuses initiatives régionales viennent également s'ajouter à la liste. Parmi ces dernières, on compte l'initiative FeinerFußball, que j'ai créée et qui a rejoint l'année dernière l'association Gerede à Dresde. Il s'agit d'une association qui défend les doits des homosexuels, des bisexuels et des transgenres. FeinerFußball organise des ateliers au sein des clubs de football amateurs dans l'est de la Saxe pour promouvoir l'intégration et sensibiliser les joueurs dès le plus jeune âge.

Il faut également regarder au-delà des frontières de la République germanique. En effet, de grands événements à venir dans le monde du football ont aussi leurs zones d'ombre. Prenons, par exemple, la Coupe du monde de 2018 en Russie. En 2013, le président Poutine promulguait la « loi contre la propagande homosexuelle », mais la Russie était un endroit difficile à vivre pour les minorités sexuelles bien avant son entrée en vigueur. Au sein de la ligue de football russe, on recense de nombreux incidents racistes, voire parfois violents. Mauvais signe.

Il est normal de se demander si la Coupe du monde dans 2 ans sera un lieu de discrimination, peut-être encore couvert par les institutions nationales. La FIFA n'a pas pris clairement position, au même titre que la Fédération allemande. En tant que plus grande fédération sportive du monde, elle pourrait pourtant avoir une influence certaine. D'autant plus qu'elle a le devoir de permettre à ses fans et à ses joueurs de pouvoir s'assumer librement. Personne ne devrait rester sur le banc de touche.