L'homme qui a dit non à disney

Article publié le 7 novembre 2013
Article publié le 7 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le dessinateur de bandes dessinées Bill Plympton (Portland, EUA, 1946) raconte qu’enfant il voulait « travailler pour Disney et dessiner Mickey Mouse. » Pourtant, quand le studio d’animation est venu frapper à sa porte avec plusieurs centaines de milliers de dollars sous le bras, il a refusé. 

« Ils auraient eu les droits sur mes créations. » Cette phrase définit ce à quoi il a été fidèle tout au long de sa carrière : faire exactement ce qui lui plait, et traiter chacune de ses œuvres comme une pièce unique. Plympton est un habitué des festivals européens comme celui d'Annecy ou encore le Festival international du film de Catalogne, qui se déroule tous les ans à Sitges. C’est à cette occasion que le dessinateur a présenté son long métrage Cheatin’ en première mondiale. Il a fallu trois années pour que le film voit le jour, grâce au travail d’une équipe de dix personnes et aux doigts de fée de Bill, qui affirme pouvoir réaliser jusqu’à cent dessins par jour. Le film a coûté 300 000 dollars – un film de Pixar a un budget d’environ 200 millions, rappelle-t-il -, et il a pu compter sur le soutien économique de ses fans, qui ont financé une partie du projet à travers la plate-forme de crowfunding Kickstarter.

Lorsqu’il assiste à un événement il n’est pas rare de le voir après sa masterclass ou projection en train de vendre DVD, livres et illustrations à ses fans dévoués – à Sitges il a écoulé tout le stock – tout en gardant l’énergie nécessaire pour aller boire quelques verres.

Entre deux coupes, Bill raconte que ses amis lui conseillent de se tourner vers Hollywood pour récolter des fonds. Il leur répond simplement que « ce n’est pas pour [lui], et que ce n’est pas [son] style. » Pour poursuivre : « les studios américains veulent des films pour enfants, faits à l’ordinateur et produit par des grandes compagnies », avant d’ajouter que les films d’animation pour adultes n’ont pour l’instant, aux États-Unis, leur place qu’à la télévision. « Je préfère être indépendant et faire les films que je veux sans avoir besoin de me référer à des études de marché pour savoir ce que je peux ou ne peux pas faire. »

Dans ses films Bill Plympton a pour habitude de laisser une grande place à l’humour, « c’est ce que les gens recherchent », ainsi qu'à la bande-son, « animation et musique sont indissociables. » Ces deux éléments, associés à un tracé irrégulier et un style de personnage proche de la caricature – « j’adore dessiner des visages » - représentent sa marque de fabrique. Mais bien qu’il soit un esprit libre, les choses n’ont pas trop mal tourné pour lui : deux nominations aux Oscars pour le meilleur court-métrage animé. Une première fois en 1988 pour Youth face, qui lui a valu une reconnaissance internationale, et une autre en 2005 pour Guard dog. Le personnage sympathique du petit chien, « mon Mickey Mouse à moi », a joué dans quatre autres courts et fait des apparitions dans les longs métrages de Bill, comme Cheatin’ justement. Ces films ont été projetés à Sundance, à Cannes où il a été récompensé pour son court Push Comes to Shove (2011). Dans le domaine de l’illustration, il a travaillé pour le New York Times, Vogue ou Vanity Fair, et il a dessiné pour Rolling Stone, Glamour et Penthouse. Pour ce qui est de la télévision, il a réalisé des animations pour MTV. Il est même allé jusqu’à réaliser des gags sur Les Simpson, la fameuse série de son ami Matt Groening. « On se voit une fois par an, sur les festivals ou à Los Angeles, où il vit. »