LGBT à Cracovie : en lutte contre la société

Article publié le 17 avril 2014
Article publié le 17 avril 2014

L'ac­cueil fait à la com­mu­nauté LGTB en Po­logne est loin d'être le plus tendre d'Eu­rope. Des études ont mon­tré qu'une per­sonne sur trois a été vic­time de me­naces ou d'agres­sions à cause de son orien­ta­tion sexuelle ces trois der­nières an­nées. Mi­ko­laj Czer­winski, jeune ac­ti­viste gay qui mi­lite pour les droits des LGTB, nous éclaire sur la si­tua­tion.

La Po­logne telle que je l'ai vue peut sem­bler quelque peu in­so­lite pour quel­qu'un qui a grandi dans un pays de l'Eu­rope mé­di­ter­ra­néenne. Au-delà de son centre his­to­rique, Cra­co­vie a conservé un côté figé et dis­ci­pliné de sa pé­riode so­vié­tique. Et pour­tant, beau­coup de ses ha­bi­tants sortent des sen­tiers bat­tus.

Membre de l'as­so­cia­tion Culture de la to­lé­rance, Mi­ko­laj Czer­winski mi­lite pour les droits de la com­mu­nauté LGTB (Les­bienne, Gay, Bi­s et Trans­sexuels, ndlt) à Cra­co­vie. Je le ren­contre pour la pre­mière fois dans l'un des rares bars ho­mo­sexuels de la mé­tro­pole, situé dans le quar­tier juif de Ka­zi­mierz. À notre ar­ri­vée, nous sommes ac­cueillis par des graf­fi­tis néo­na­zis sur la porte. « Il y a deux jours, un in­connu nous a in­sulté avec mon par­te­naire à deux rues d'ici, sans rai­son », ra­conte-il, d'un ton banal qui m'at­triste. Mi­ko­laj est un gars im­po­sant, et ses gestes très calmes jurent avec le contenu de son dis­cours. Il a étu­dié l'in­gé­nie­rie mé­ca­nique en An­gle­terre après avoir tra­vaillé dans plu­sieurs pays d'Afrique. A 23 ans, il conci­lie ses études en ma­na­ge­ment cultu­rel avec son job de bar­man.

La com­mu­nauté LGBT est vic­time de beau­coup de mo­que­ries de la part des classes po­li­tiques et ins­ti­tu­tions re­li­gieuses po­lo­naises. Selon Mi­ko­laj, le simple fait de vivre comme les autres est une pro­vo­ca­tion pour une par­tie de la so­ciété. Em­bras­ser son par­te­naire en pu­blic peut se trans­for­mer en vrai scan­dale. Il est même ar­rivé à un de ses amis de se voir re­fu­ser des soins à l'hô­pi­tal. Cela fait deux ans que Mi­ko­laj se bat en par­ti­ci­pant à di­verses as­so­cia­tions queer, pré­sentes à l'in­ter­na­tio­nal, en plus de son en­ga­ge­ment au sein de Culture de la to­lé­rance.

Est-ce le côté conser­va­teur de la so­ciété po­lo­naise qui em­pêche la com­mu­nauté LGBT de vivre nor­ma­le­ment ? D'après l'étude menée par l'Agence des droits fon­da­men­taux de l'Union eu­ro­péenne sur la si­tua­tion, 35 % des per­sonnes in­ter­ro­gées ont déjà été agres­sées ou me­na­cées du fait de leur orien­ta­tion sexuelle entre 2011 et 2012. Pour vio­lence psy­cho­lo­gique, les chiffres at­teignent 58 %. De plus, selon le rap­port in­ti­tulé « Si­tua­tion de la com­mu­nauté LGBT en Po­logne en 2010-2011 », une des rares en­quêtes me­nées sur sujet dans le pays, près de 40 % des per­sonnes agres­sées l'ont été plus de trois fois, sans par­ler des 70 % qui ont peur de mon­trer leur orien­ta­tion sexuelle à l'école ou au tra­vail.

De­puis que la Po­logne a in­té­gré l'UE et de­puis que le pays a changé de gou­ver­ne­ment (une coa­li­tion de droite a per­mis au Pre­mier Mi­nis­tre Do­nald Tusk de prendre les rennes), les condi­tions de vie de la com­mu­nauté LGBT se sont lé­gè­re­ment amé­lio­rées. Mais la si­tua­tion reste dif­fi­cile. La vie de Mi­ko­laj, comme celle de beau­coup d'autres mi­li­tants, est ryth­mée par une lutte constante en fa­veur d'un prin­cipe de base : le res­pect. Et c'est pour­tant ce type d'en­ga­ge­ment qui fera évo­luer la so­ciété po­lo­naise sur la ques­tion.

Cet ar­ticle fait par­tie d'une édi­tion spé­ciale consa­crée à cra­co­vie et réa­li­sée dans le cadre du pro­jet « EU-to­pia Time to Vote » ini­tié par ca­fé­ba­bel en par­te­na­riat avec la fon­da­tion Hip­po­crène, la Com­mis­sion eu­ro­péenne, le Mi­nis­tère des Af­faires étran­gères et la fon­da­tion EVENS. Re­trou­vez bien­tôt tous les ar­ticles à la Une du ma­ga­zine.