L'extrême-droite inquiète l'Europe

Article publié le 10 mai 2010
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Article publié le 10 mai 2010
A l'occasion d'un débat et d'une exposition organisés pour le Transeuropa Festival, La Parisienne revient sur l'état de forme de l'extrême-droite en Europe et ses tendances nationalistes. D’abord, dans l’antichambre de la médiathèque de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (CNIH), des photographies.
Avec un esthétisme troublant, le photographe-reporter Ezequiel Scagnetti, accompagné d’Alberto D’Argenzio, un reporter italien, nous montrent le visage du Vlaams Belang lors de ses rassemblements, le parti nationaliste dont le nom signifie « intérêt flamand ». « Turkije in Europa ? NEEN ! » (La Turquie en Europe ? NON !), « Rechts zonder complexen ! » (De droite, sans complexe !), « Republiek Vlaanderen » (République flamande) : voilà les slogans qui s’étalent sur les drapeaux et les tee-shirts portés avec fierté par des partisans du parti nationaliste flamand.

vlaams_belang.jpg Puis vient le débat. L’extrême-droite européenne n’en est pas à ses premières armes : le Front National (FN), parti politique français nationaliste, accède au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Le Scottish National Party (SNP), parti nationaliste écossais, se voit attribué 47 sièges sur 129 aux élections parlementaires écossaises de 2007. Le Parti pour la Liberté (PVV) néerlandais obtient 4 sièges sur 25 au Parlement Européen lors des élections européennes de 2009. Aux élections du Parlement Flamand de 2009, le Vlaams Belang recueille 15,30 % des voix qui le propulsent au rang de deuxième parti flamand, derrière les Chrétiens-Démocrates (CD&V). Comment expliquer et réagir à la percée électorale de partis nationalistes européens depuis le début du siècle ?

Le débat met en avant la difficulté de définir une extrême droite qui rassemble « une famille hétérogène autour d’un socle commun : le nationalisme » affirme Jean-Yves Camus, un chercheur français spécialiste de l'extrême-droite qui était présent lors du débat. Cependant, le nationalisme n’est pas propre à l’extrême droite et le Parti Socialiste Unifié d’Hugo Chavez en est un exemple. L’Europe a été frappée de plein fouet par la crise économique et elle connaît également une crise de « leadership » dont le sommet de Copenhague est une illustration marquante. Alors que l’actuelle crise financière grecque met à l’épreuve la solidarité des pays européens, l’extrême droite peut attirer les dissidents, les mécontents ou encore les déçus du système européen.

Il s’est développé aujourd’hui une nouvelle forme d’extrême droite axée sur l’égoïsme fiscal que Jean-Yves Camus appelle le « populisme xénophobe de prospérité ». A croire que l’Europe, qui se targue d’être le lieu d’intégration de tous les marchés européens, exacerbe au contraire les particularismes des peuples. La supra-nationalité de l’Union européenne fait peur à certains citoyens qui y voient la perte de leurs intérêts propres. Le nationalisme est vu comme une protection rassurante, à l’opposé de la volonté d’ouverture de l’Union européenne. Une tendance inquiétante…

Alice Lam