L’extrême-droite en Grèce : « Veni, vidi, vici »

Article publié le 7 mai 2012
Article publié le 7 mai 2012
A la veille d’un vote historique en Grèce - à l’issue duquel le parti d’extrême-droite a fait pour la première fois son entrée au Parlement - un journaliste grec nous confie ses craintes quant à l’avenir politique de son pays.

« Veni, vidi, vici » : la phrase a été attribuée à Jules César et, curieuse coïncidence, elle l’a été en prélude de son intronisation en qualité de dictateur à vie, en 45 av JC, à Rome. Pour ceux qui sont obsédés par les références historiques, il est important de savoir que César a été nommé par le Sénat romain. Évidemment, son règne ne peut être comparé à aucune des dictatures modernes. Par contre, il en dit beaucoup sur ce que l’on pourrait appelé « le césarisme ».

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Dimanche soir, propulsé par le score historique de son parti et de son entrée programmée au Parlement, le leader du parti ultranationaliste grec, l’Aube Dorée, a lancé un « Veni, vidi, vici » à l’adresse des journalistes dans les rues d’Athènes. Je ne sais pas si Nikolaos Mihalikiakos savait à quoi il faisait référence lorsqu’il a répercuté cette déclaration pleine d’audace et de haine. Mais une chose est sûre : pour ceux qui ont vu l’interview, le ton du discours était clairement fasciste. Sans demi-mesure. Et il n’a jamais laissé espérer un quelconque terrain d’entente avec qui que ce soit.

Les Grecs semblent choqués par les résultats. Mais, ceux qui ont scruté les évènements politiques de ces dernières semaines, savaient que l’Aube Dorée ferait son entrée au Parlement, auréolée d’un gros score (le parti est arrivé en sixième position avec 7% des voix, ndlr). Par ailleurs, à trop espérer que les électeurs s’alarment, le système politique et les médias ont contribué de manière tacite à l’ascension de l’extrême-droite.

Ce qui est vraiment triste, c’est que les Libéraux se soient effondrés. Ce résultat est triste parce que les trois partis libéraux minoritaires ont à peine atteint 6% des voix. Les diverses luttes intestines et les stratégies personnelles ne leur ont pas permis de s'associer alors que pourtant, leurs sensibilités politiques sont très proches. Leur absence représentera, elle aussi, une véritable perte pour la démocratie.

Il existe un magnifique mot grec : « charmolypi ». Il traduit un sentiment mêlé de joie (« hara ») et de tristesse (« lypi »). Soit l’exact état d’âme qui habite la majorité à l'heure actuelle. Un soulagement parce que les deux partis traditionnels ont été punis. Mais un soulagement teinté de scepticisme à l’égard des forces d’extrême-droite et le futur politique du pays.

Photo (cc) kirstinmckee/flickr