L'Europe vue d'Amérique

Article publié le 14 novembre 2009
Publié par la communauté
Article publié le 14 novembre 2009
L’état d’esprit européen Craig Kennedy Président du German Marshall Fund of the United States La politique, au sein de l’Union européenne, est marquée de manière inhérente par le conflit et la tension. Toutefois, cela ne doit pas obscurcir le fait que l’on assiste en Europe à l’émergence d’une vraie mentalité continentale, transcendant les nationalités individuelles et le nationalisme.
Elle n’est pas définie de manière aussi cohérente qu’aux États-Unis, mais il y a un sens grandissant, chez les jeunes comme chez les vieux, de ce que veut dire être européen et de ce que l’Europe représente en tant que concept politique. Pour les pays situés à l’extérieur de l’Europe, et plus particulièrement pour les États-Unis, ce sens de « Européenité » peut décevoir, et même devenir inquiétant. Bien sûr, cet engagement nouveau dirigé vers une « voie européenne » indépendante dans les affaires internationales est susceptible de devenir une source de problèmes pour la relation transatlantique. Mais étant donné les tensions et les conflits qui ont marqué l’histoire de ce continent, le monde, quoi qu’il en soit, bénéficiera de ce sentiment d’unité grandissant.

La liberté triomphe

Paula Jon Dobriansky

Ancienne sous-secrétaire d’État à la Démocratie et aux Affaires mondiales de l’Administration Bush

Le jour de la chute du mur de Berlin, les journaux rapportèrent que des foules de gens – jeunes, vieux, Allemands et étrangers – se retrouvèrent au pied du mur, y peignant le mot « Liberté » tout en démolissant les restes de l’édifice de fer et de béton érigé par la guerre froide. Pour nous, qui suivions les événements depuis l’Ouest, ces anecdotes demeurèrent les images les plus marquantes. De mon côté, ce qui se passa à Berlin ce jour-là me marqua profondément sur un plan personnel. C’était la fin d’un voyage, qui avait commencé avec le long combat que mon père avait lancé dans les années 1950 pour la dignité et la liberté. Mon père, le Dr Lev Dobriansky, célèbre dirigeant et auteur ukraino-américain, était bien sûr désireux de voir une Ukraine indépendante se saisir de son droit le plus strict à se forger une place dans la grande famille des nations européennes. C’était un fervent patriote et un partisan de la liberté et de la dignité humaine, et il avait instillé en moi la conviction la plus inébranlable selon laquelle les êtres humains veulent plus que tout être libres, et que ce profond désir de liberté et de dignité triompherait de la tyrannie. Au fil des décennies, avant mais aussi après la chute du mur, les valeurs défendues par l’Europe et l’Amérique ont établi des fondations solides sur lesquelles nous avons construit des structures fortes qui nous ont servi à concrétiser notre coopération. La liberté a triomphé. Nous avons constitué, et nous demeurons aujourd’hui, des partenaires cruciaux dans l’élaboration d’une Europe unifiée, libre et pacifiée. Alors que la fin de la guerre froide a constitué une étape majeure vers l’atteinte de cet objectif, l’histoire nous a, par la suite, montré que ce n’était pas l’étape finale. Nous avons étendu cette collaboration afin d’implanter la paix dans les Balkans. Notre partenariat s’étend bien au-delà de l’Europe. Chaque jour, nous nous allions dans notre combat contre le terrorisme, et coopérons à l’échelle mondiale dans des domaines allant de l’assistance humanitaire au commerce international, en passant par le changement climatique et la non-prolifération. Nous faisons également partie de la plus grande alliance économique au monde. Si les débats sur de nouvelles intégrations ont été le lot quotidien de l’évolution de l’Europe au cours de ces dix dernières années, ces débats ont également marqué les relations entre les États-Unis et l’Europe. Les objectifs énoncés par le Nouvel Agenda transatlantique de 1995 demeurent les mêmes : promouvoir la paix, la démocratie et le développement dans le monde, étendre les principes du commerce international, réagir face aux défis mondiaux et établir des ponts par-dessus l’Atlantique. Au xxie siècle, cette relation ne va pas seulement se poursuivre, elle va continuer de s’intensifier. Je suis consciente de l’importance du lien historique fort qui fonde les valeurs et les objectifs que nous partageons et qui constitue la base de notre relation transatlantique, et je m’engage à le maintenir.

La quête commune de l’Europe

Michael Adams

Président de l’université Fairleigh Dickinson Président élu de l’Association internationale des présidents d’université

À l’université Fairleigh Dickinson, nous préparons nos étudiants à devenir des citoyens du monde capables de saisir les opportunités et les dangers d’une vie dans un monde toujours plus interconnecté, et en mesure de collaborer avec des partenaires originaires d’autres pays et issus d’autres cultures. Toutefois, les sceptiques clament que les liens nationaux supplantent toute autre considération et que nous vivrons à jamais dans un monde divisé entre « eux » et « nous ». Je leur dis qu’il y a de l’espoir. Je leur dis qu’il existe déjà un endroit où des rivalités nationales farouches ont été réduites, où des manifestations de citoyenneté plus ouvertes apparaissent, et où une génération grandit en parvenant à créer un confortable équilibre entre racines nationales et engagements supranationaux. Cet endroit, c’est l’Europe. La formation de l’Union européenne est le fruit d’un développement rare et magique dans l’histoire de l’humanité. Des rivaux acharnés qui s’étaient encore très récemment entre-déchirés se sont engagés à s’unir afin de servir leurs intérêts communs. Tandis que l’Union européenne grandissait et évoluait, des droits et des devoirs spécifiques se sont développés et ont supplanté les intérêts nationaux individuels. Dans le même temps, des traditions culturelles continuent à se perpétrer, prouvant ainsi que l’intégration ne mène pas à la destruction des identités et cultures locales. Le sens du compromis et de la coopération à la base de l’Union européenne constitue une promesse à l’égard de ceux qui cherchent à s’unir pour vaincre les problèmes qui frappent l’ensemble des hommes. De la même manière que des considérations politiques et économiques ont pu être à la source d’alliances entre les nations, aujourd’hui les défis mondiaux et les crises poussent notre réflexion au-delà des frontières de nos nations, et nous conduisent à prendre en compte la planète entière. Et bien que nous n’ayons ni le besoin ni le désir de créer de manière formelle une union planétaire, nous avons, de toute évidence, besoin d’une conscience mondiale commune. Pour atteindre ce but, l’Union européenne nous offre, par son exemple d’unité, une source d’inspiration. Elle oeuvre également à la construction d’un pont érigé vers un avenir où les citoyens du monde pourront s’allier ensemble dans leur quête commune pour la sécurité, la liberté et la justice.