L'Europe : unie, elle est forte ; divisée, elle est faible.

Article publié le 7 avril 2015
Article publié le 7 avril 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Premier Ministre grec souhaite que l'Allemagne paie pour les crimes de guerre nazis. La presse allemande réclame que le Ministre grec des Finances présente des excuses pour son doigt d'honneur. Deux exemples des accusations mutuelles que s'adressent les Européens du Sud et du Nord. Mais ne faudrait-il pas plutôt essayer de trouver ensemble une solution à la crise de l'euro ?  

Il est difficile d'expliquer les différentes attitudes qu'adopte Bruxelles face aux Etats membres. En ce qui concerne la France, l'UE souhaite comprendre pourquoi celle-ci continue d'obtenir délai sur délai pour respecter les conditions budgétaires strictes qu'elle impose. Pourtant, la Grèce n'a de son côté aucune marge de manoeuvre. C'est curieux si l'on considère que la France comme l'Allemagne - les fervents défenseurs de l'austérité - étaient les premiers à enfreindre le Pacte de stabilité et de croissance au début des années 2000. Depuis 2002, la France a en réalité enfreint le pacte chaque année, hormis en 2006 ; et pourtant, c'est la Grèce qu'on pointe du doigt.

S'il est vrai que l'Allemagne est sortie plus forte de la récession économique après avoir mis en place une série de réformes, cela ne signifie pas pour autant que ces réformes auront le même effet sur la Grèce. Certains patients nécessitent un traitement différent, et il semble que le remède allemand, l'austérité, se soit révélé contreproductif pour la Grèce. Prétendre que le patient n'a pas bien pris ses médicament n'a pas de sens.

Comme l'a souligné Paul Krugman, chroniqueur pour le New York Times: "La Grèce a imposé des coupures budgétaires drastiques sur les services publics, les salaires des fonctionnaires et les aides sociales", et à cause de la pression exercée par Bruxelles, "les dépenses publiques ont été réduites bien davantage que ce qui avait été envisagé à l'origine." Cela n'a pourtant pas fonctionné, et le patient est tombé plus malade encore qu'il ne l'était au début du traitement.

Le véritable problème est que l'économie grecque en difficulté est toujours traitée comme un problème grec, alors qu'il s'agit en fait d'un problème de la zone euro. La zone euro ne pourra sortir forte de la crise de l'euro que si ses membres font preuve de solidarité. Plus facile à dire qu'à faire. Après tout, il a fallu aux Etats européens des siècles et des siècles pour construire en leur sein un sentiment d'unité nationale.

Grâce à celui-ci, les Etats sont capables de redistribuer la richesse afin de garantir que les différences de niveau de vie ne soient pas trop importantes d'une région à l'autre. Il est vital que cette solidarité s'étendent en dehors des frontières nationales. L'Accord de Schengen a aboli les contrôles des passeports entre la plupart des pays de l'UE et ainsi, la plupart des frontières nationales n'empêchent plus non plus notre solidarité de les traverser.

Quelle alternative avons-nous ? Soit la Grèce sort de l'euro, soit la devise survit dans sa forme actuelle, mais aucun de ces deux scénarios ne pourra empêcher les rancoeurs. L'Europe du nord continuera de penser que l'Europe du sud ne voulait pas mettre en place les réfomes, tandis que le sud reprochera au nord les années difficiles qu'il a du traverser. Ce n'est tout bonnement pas une manière saine d'avancer. L'Europe continuerait de se construire sur des fondations minées, et l'entreprise tout entière pourrait se transformer en une bombe à retardement prête à exploser à la moindre occasion. 

La création d'une monnaie commune en l'absence d'un Etat européen unifié ne pouvait qu'être un projet délicat, mais il suffit de regarder n'importe quel billet pour se souvenir que ce projet avait pour but, à l'origine, de créer des ponts entre les peuples d'Europe. Il serait appréciable que nous ne nous tournions pas le dos lorsque nous sommes confrontés à des difficultés. Nous avons besoin de nous entraider ; il n'est d'aucune aide de rejeter la faute sur les autres. Comme le dit J. K. Rowling: "Nous ne sommes forts que si nous sommes unis, nous ne sommes faibles que si nous sommes divisés".