L'Europe, un modèle impossible à égaler ?

Article publié le 5 juin 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Sommet de Rio en 1999 a été le point de départ d’une nouvelle dynamique dans les relations entre Bruxelles et le continent sud-américain. Partenariat stratégique et échanges commerciaux en sont les principaux composants.

Artur Gruszczak, professeur de sciences politiques à l’Université Jagellon de Cracovie évoque la complexité des relations entre l’Europe et l’Amérique latine et les difficultés rencontrées dans la mise en place d’accords mutuels.

L’Europe est-elle un modèle pour l’Amérique du Sud ?

Vu les différences culturelles entre les deux régions, la divergence de leurs positionnements stratégiques et de leur rôle au sein de la mondialisation, il est difficile de calquer l’Amérique du Sud sur le modèle européen. Toutefois, l’Union européenne exerce une forte influence sur l’Amérique latine en raison de leur longue histoire commune et des exemples de coopération internationale menés par les pays européens. L’Europe est un idéal qui attire fortement l’Amérique latine : il est probable que l'Europe restera un modèle impossible à égaler. Si l’on compare l’Argentine d’aujourd’hui à l’Espagne des années 50, le niveau de richesse est plus élevé et le rythme de modernisation plus rapide en Argentine. Il existe cependant actuellement un important écart économique entre l’Europe et l’Amérique latine. Cet écart tient à l’efficacité de la gouvernance et de l’intégration européenne. L’Europe est une zone de stabilité et un Etat providence solidement implanté, qui apparaît comme une référence pour les pays sud-américains.

Les relations entre l’UE et l’Amérique du Sud sont-elles uniquement commerciales ?

Il existe des relations à différents niveaux. Sur le plan économique, il y a une forte asymétrie dans les échanges de biens tandis que les investissements européens jouent un rôle clé en Amérique latine. Sur le plan politique, l’UE soutient l’Amérique centrale depuis des années et fourni une large aide humanitaire à la région. En outre, Bruxelles a toujours soutenu les processus de démocratisation en cours en Amérique latine. Les Ibéro Américains avec l’Espagne et le Portugal ont été des partenaires capitaux dans l’établissement d’un dialogue politique, sans oublier le rôle joué par la série de sommets entre l’UE et l’Amérique latine à la fin des années 90. Les relations plus sociales jouent en outre un rôle important. En vertu de sa politique d’immigration, l’UE entend augmenter l’aide financière destinée aux pays qui représentent d’importantes sources d’immigration pour l’Europe. En même temps, l’Europe fait de son mieux pour faciliter l’immigration légale des cerveaux en provenance d’Amérique latine.

Que représente l’Amérique du Sud pour l’UE ?

L’UE est un acteur de dimension mondiale dont l’ambition est de jouer un rôle actif dans notre monde. Ainsi, l’Amérique latine revêt une importance significative, due notamment à la longue histoire de contacts existant entre les deux régions. Ceci est d’autant plus vrai depuis 2003 et le document publié par la Commission européenne intitulé « Une Europe sûre dans un monde meilleur – Stratégie Européenne de Sécurité » . Afin d’assurer la sécurité, la pauvreté, l’oppression, la violence et le terrorisme doivent être combattus. Tous ces fléaux sont largement présents en Amérique du Sud. C’est pour cette raison que l’UE œuvre pour mettre fin au conflit colombien, qu’elle s’engage dans la lutte contre la production de stupéfiants et soutient les initiatives citoyennes visant à promouvoir les droits de l’homme.

L’Europe peut-elle être un partenaire économique sérieux pour le Mercosur ?

L’Europe est le principal partenaire économique des pays du Mercosur et son poids ne cesse d’augmenter. L’Europe représente actuellement 25% des échanges extérieurs totaux du Mercosur.

Quelles conséquences pourrait avoir la résurgence de gouvernements socialistes en Amérique latine ?

La popularité croissante dont bénéficie la gauche en Amérique du Sud doit être analysée comme la recherche d’un autre modèle de développement, une alternative au modèle néo-libéral américain. Cette tendance signifie aussi que l’Amérique latine est en train de se départir d’une certaine nostalgie pour l’Europe, dans laquelle le modèle européen était un guide pour l’Amérique latine. Il se peut qu’à l’avenir, cette nostalgie cède la place à une instrumentalisation du partenariat stratégique par l’Amérique latine. Cependant, l’alliance que le Vénézuélien Hugo Chavez est en train de construire avec d’autres nations d’Amérique latine reste trop fragile pour affaiblir le dialogue entre l’UE et l’Amérique du Sud. Mais étant donné la vague de populisme qui sévit actuellement en Amérique latine, aucune possibilité ne doit être écartée.