L’Europe peut-elle parler d’une seule voix ?

Article publié le 27 avril 2004
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Article publié le 27 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Union européenne devrait-elle laisser la diplomatie mondiale aux Etats-Unis ou se concentrer sur le développement de ses possibilités multilatéralistes ? Débat sur la politique étrangère.

La politique étrangère semble donner la migraine à l’UE. Dans la dernière décennie, on a vu, entre autres, son inaction au Rwanda, ses divisions sur l’Irak, et sa paralysie face la guerre civile dans les Balkans semant l’agitation sur notre continent. Quatre jeunes militants politiques exposent leurs points de vue sur la très critiquée Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC), et nous disent si la politique étrangère européenne se résume à une confrontation entre nouvelle et ancienne Europe…

« Et si c’était l’Union européenne qui siégeait au Conseil de Sécurité, et non un nombre limité de ses Etats membres ? C’est notre rêve. » - Jacopo Moccia, FYEG (Federation of Young European Greens).

Pour le groupe des Verts européens, il est impératif que l’UE assume sa responsabilité d’acteur planétaire. Ils expriment leurs inquiétudes sur la politique américaine, principalement sur le fait qu’ « elle n’offre pas de solution viable à la montée de la violence dans le monde. » Ils suggèrent implicitement que l’Union européenne devrait jouer un rôle de contrepoids aux Etats-Unis.

Les Verts font bien comprendre que la prévention de la violence et des conflits, et la promotion des droits de l’Homme doivent être des priorités pour toute politique étrangère, de sécurité et de défense commune digne de ce nom. A cette fin, ils souhaitent voir le Code de conduite européen sur les exportations d’armements devenir juridiquement contraignant et soutiennent la création d’un Corps de Paix Civil avec une capacité militaire pour intervenir dans la prévention des conflits, à condition que leur action soit mandatée par les Nations unies. Point intéressant : ils n’écartent pas l’existence de capacités militaires, mais ils voudraient qu’elles soient restructurées pour servir les objectifs de l’Union européenne.

« Il n’est pas question de nouvelle Europe contre ancienne Europe. C’est le système international actuel qui est vieux et qui devrait être réformé. » - Aloys Rigaut, LYMEC (Liberal and Radical Youth Movement of the European Union)

Les Libéraux supposent clairement que l’UE devrait montrer l’exemple. Promotion de la démocratie, société civile, et liberté sont pour eux des impératifs clés. Désireux de développer des normes internationales, ils souhaitent que les Nations Unies soient réformées et qu’elles endossent ainsi un rôle plus important. A l’intérieur de l’Union européenne, ils sont pour la naissance progressive d’un service diplomatique européen et pour la fusion des fonctions de Haut-représentant pour la Politique extérieure et de Commissaire chargé des relations extérieures. Ils voient le développement économique comme un moyen par lequel l’UE peut aider les pays moins développés. Plutôt frais sur l’établissement d’une armée européenne, ils soulignent à la place que la coopération défensive devrait être renforcée par le biais de la recherche, la logistique, et des capacités de soutien.

Seul groupe à répondre directement à notre question, le Mouvement de Jeunesse Libérale réfute la notion d’un conflit entre « nouvelle » et « ancienne » Europe, car cette notion est fondée sur un système qui privilégie des Etats-nations rivaux et est tacitement antithétique à l’UE.

« Le problème avec la PESC est qu’elle n’est pas commune du tout. » - YEPP (Youth of the European People’s Party)

La priorité pour le parti des jeunes conservateurs est l’unité à l’échelle institutionnelle afin que l’Union dispose d’une forte présence sur la scène internationale. Cela signifie qu’une PESC doit laisser entendre une seule voix et non être affaiblie par des divisions. Ils préconisent la prise de décision par le vote à la majorité qualifiée en remplacement du droit de veto propre à chaque Etat membre, impraticable, selon eux.

Les conservateurs sont favorables à la création d’un poste de Ministre européen des Affaires Etrangères, mais à la seule condition que son travail ne soit pas perturbé par des divisions entre Etats membres. Selon eux, l’Union européenne devrait reconnaître l’importance d’un partenariat transatlantique solide tout en développant une capacité militaire apte à opérer de façon autonome dans le monde.

« L’Union européenne devrait arrêter d’être un géant économique et un nain politique. » - ECOSY (European Community Organisation of Socialist Youth)

L’organisation socialiste souhaite qu’en ce qui concerne les affaires étrangères, l’UE s’exprime d’une seule voix. Elle est par conséquent en faveur d’une « abstention constructive » des Etats membres en désaccord avec l’opinion de la majorité dans la PESC.

Le développement et la coopération sont clairement des priorités pour les socialistes, qui considèrent que les Etats membres ont le devoir international de répandre leurs richesses en réservant un pourcentage de leur PNB à l’aide au développement. Selon eux, la politique économique internationale de l’UE devrait être définie de manière publique et transparente pour que les institutions puissent forcer le développement d’une politique sociale à une échelle internationale.

La vision des jeunes socialistes sur le rôle de l’UE dans la promotion de la paix et de la sécurité est interventionniste. Un rôle plus actif devrait être joué dans la prévention et la gestion des crises. Soutenant le multilatéralisme à tous les niveaux, ils ne croient pas que l’avenir de l’Europe soit de faire contrepoids à une quelconque autre puissance.

Unis nous tenons, divisés nous chutons

Tous ces représentants comprennent sans le dire que c’est en agissant ensemble que l’UE peut créer un monde meilleur. Pourtant, leurs opinions divergent lorsqu’il faut déterminer jusque dans quelle mesure la PESC doit être institutionnalisée. Il y a aussi des différences au sujet de l’importance et de la nature de la coopération avec des pays moins développés, et sur la forme que ce développement devrait prendre. Le besoin d’une capacité militaire européenne et la nature des relations de l’UE avec les Etats-Unis sont d’autres sujets sur lesquels les partis sont divisés.

Ces déclarations contiennent peu de surprises et montrent que le débat politique entre les mouvements conservateurs, socialistes, libéraux, et écologistes est animé, et l’est d’autant plus sur les relations internationales. Pourtant, malgré leurs points de vue différents, les représentants de ces mêmes partis européens s’accordent sur un point : les intérêts nationaux de chaque Etat membre ne doivent plus ébranler l’Europe dans sa tentative de changer la politique mondiale. En mieux.