L’Europe peut-elle exister sans véritables médias européens ?

Article publié le 9 avril 2002
Publié dans le magazine
Article publié le 9 avril 2002
Du lien entre Démocratie, espace public, opinion publique, et identité collective au niveau européen.

Les institutions européennes ont été très souvent la cible d’attaques concernant au mieux leur manque de transparence, au pire leur caractère non-démocratique et leur opacité. La question de la démocratisation de l’UE est un des problèmes qu’il faudra résoudre pour faire de l’Union une véritable structure politique, capable d’assurer une gestion des affaires publiques qui répondent aux standards du continent européen. Or, si cette démocratisation passe par une plus grande transparence à l’intérieur même des structures institutionnelles, à la fois par une meilleure communication, une plus grande lisibilité des actions, et une plus grande légitimation du processus de décision (rôle accru du Parlement par exemple) déjà en cours de réalisation, elle passe surtout par la création d’un espace public démocratique véritablement européen.

Hélas, c’est précisément l’avènement de cet espace public démocratique qui semble le plus difficile à réaliser. En effet, un tel espace public ne saurait, comme les réformes internes de l’Union, se construire seulement par des traités et des réformes institutionnelles. Il s’agit de développer un véritable espace de débat public, qui traite à la fois de questions politiques, économiques, sociales, culturelles. Il s’agit, à l’image des espaces publics nationaux, de disposer, à un niveau européen, d’une sphère publique autonome, disposant de ses institutions certes, et cela existe déjà, mais également de ses professionnels de la politique, de ses débats propres, de ses enjeux spécifiques, différents de la projections d’enjeux nationaux au niveau européen. C’est en développant un tel espace public européen que l’on pourra introduire le jeu de la démocratie au niveau européen.

Dans cette optique, l’existence de médias européens, c’est à dire des médias ayant comme champ d’investigation l’espace public européen (comme il existe une presse locale et une presse nationale), apparaît comme un des constituants essentiels de cet espace public européen. Si l’on veut voir émerger un espace public européen autonome, il faut lui adjoindre des médias, des systèmes d’information européens capables de relater, d’expliquer, et de transmettre aux populations européennes les enjeux de l’espace public européen, et d’en améliorer la lisibilité.

La conséquence logique de l’existence de média européens est donc la constitution progressive d’une opinion publique européenne. En effet, pour les populations européennes, la possibilité d’être informé sur les actions européennes et les débats européens, ainsi que les explications fournies par les médias sont les ferments d’une prise de conscience collective, d’une matérialisation de la construction européenne et de son espace public propre.

En retour, cette opinion publique européenne assure le caractère démocratique de l ‘espace public, dans la mesure où elle représente le poids du nombre, et qu’elle dessine les orientations idéologiques des électeurs européens. Le rôle des médias est donc déterminant puisqu’il permet de façonner cette opinion publique européenne et de favoriser son émergence.

En allant plus loin encore, et en s’inspirant une fois de plus du modèle de construction de l’identité collective au niveau national, on peut espérer que la diffusion de médias européens, en plus de contribuer à la création d’un espace public démocratique et de son sous ensemble l’opinion publique, permette de susciter un sentiment commun d’appartenance, une identité européenne. Les média européens seront non seulement les révélateurs de l’opinion publique européennes mais plus loin encore, un des moyens (au même titre que l’éducation) de créer une véritable identité collective européenne, qui fasse que de Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique, le sentiment d’un destin commun unisse les Européens.