L’Europe parie sur l’Irlande

Article publié le 15 janvier 2004
Publié par la communauté
Article publié le 15 janvier 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Lors de son discours au Parlement européen, Bertie Ahern a affiché la volonté de la présidence irlandaise de l’UE : rassembler tout le monde. Une (trop ?) grande ambition.

Le nombre de crises en Europe augmentant plus vite que la valeur de l'euro, la présidence irlandaise de l’UE pourra-t-elle les résoudre toutes ? Ou se contentera-t-elle de limiter les dégâts jusqu'à ce que le bâton présidentiel passe aux Néerlandais en juillet ? L'ordre du jour ambitieux fixé par les Irlandais montre clairement leur détermination à laisser leur marque sur cette présidence. Trop irréaliste ? Peut-être.

Un jour après que Bertie Ahern, le Taoiseach (Premier ministre) ait parlé au Parlement européen, la tâche semble plus insurmontable que jamais. Imaginez : en moins de six mois, Ahern veut faire des progrès sur l'agenda de Lisbonne, présenté en 2000 mais qui, depuis, fait du sur-place. La relance des négociations sur le traité constitutionnel, qui ont échoué sous la présidence italienne, fait également partie des priorités. Une tâche pas évidente : les discussions se sont achevés sur des positions très amères et définitives, entre France et Allemagne d’un côté et Pologne et Espagne de l’autre. Ajoutez-y le propre refus de l'Irlande d’évoluer sur la question du maintien du veto en matière fiscale et n'importe quel accord dans les six mois tiendrait du miraculeux. Mais l’Irlande n’est-elle pas la terre des saints et des ascètes... ?

Et comme si ce n'était pas assez, cette présidence veut initier un programme étendu en matière de justice et d’affaires intérieures, afin d'assurer une plus grande sécurité aux citoyens de l’UE ainsi que pour améliorer les relations de l’UE avec la communauté internationale. Enfin, deux autres événements principaux ont lieu durant l'intendance de l'Irlande : l'accession officielle de dix états, prêts à devenir membres à part entière de l’UE en mai de cette année, et le lancement du processus de négociation sur le prochain programme budgétaire de sept ans de l’UE.

Diplomatie à l’ancienne

Avec tout cela dans les tuyaux, à quel point Bertie Ahern peut-il être efficace dans son rôle présidentiel ? Elu chef du parti politique de centre-droit irlandais Fianna Fáil en novembre 1994, et Taoiseach depuis 1997, Ahern, 52 ans, a soigné son image d’homme du peuple, un type aux pieds sur terre, qui apprécie toujours une pinte dans le pub du coin - il y a même emmené un président des Etats-Unis en exercice pour en partager une ! Sa popularité était aux sommets à la fin de son premier mandat de 5 ans, lorsqu’il fit campagne pour sa réélection avec succès (ce qu’aucun gouvernement sortant n’avait réussi depuis 1969). Depuis lors, les scandales politiques combinés à un ralentissement important de la croissance de l'économie irlandaise ont plombé sa cote. En jouant correctement sa partition européenne, Bertie Ahern pourrait regagner de la crédibilité en Irlande et améliorer sa position en Europe. Une incitation à aller aussi loin que possible.

Ahern est vu comme un négociateur habile qui jouit de bonnes relations avec les autres dirigeants des pays de l’UE. Ses méthodes de diplomatie de l’ombre conviendront à la situation actuelle des affaires de l’UE, tandis que son absence apparente de besoin des feux de la rampe est peu commune en comparaison de ses pairs. Le bon bilan des présidences irlandaises précédentes, allié à une réputation de « pragmatisme, de construction du consensus, de résolution des problèmes et de concentration sur la politique étrangère » devrait permettre d’avancer sur de nombreux fronts. Savoir si cela inclut le fait de mettre d’accord la France, l'Allemagne, la Pologne et l'Espagne, c’est à chacun d’essayer de le deviner. Les paris sont ouverts.