L’Europe et les CDS : d’un manque de sérieux à un sérieux manque

Article publié le 12 juin 2012
Article publié le 12 juin 2012
Par Aris Kokkinos L’Union Européenne veut réglementer les CDS, produits financiers décriés, en ménageant citoyens et spéculateurs, au risque de mécontenter les deux. A la recherche de solutions, la Fondation Madariaga enrichit au moins le débat. Le Credit Default Swap (échange de défaut de crédit), produit financier créé par la banque J.P.
Morgan, est un type d'assurance protégeant l’acheteur contre un défaut du vendeur. Dans le cas de la dette souveraine, les CDS assurent les spéculateurs contre un défaut de paiement du pays endetté. Plus un pays se rapproche du défaut, plus les CDS ont du succès. Et plus le risque s’accroit, plus le coût des CDS augmente. Comme on s’en doute, leur usage a eu un grand rôle dans l’aggravation de la crise de la dette. Le 15 novembre 2011, le Parlement Européen votait donc un règlement sur les ventes de CDS à découvert, adopté le 14 mars dernier par le Parlement et le Conseil. A son entrée en vigueur, il ne devrait plus être possible pour les spéculateurs d'acheter des CDS portant sur des titres de dette émis par un Etat, sans détenir une part de cette dette. Le règlement prévoit en outre que l’ESMA, l’Autorité Européenne des Marchés Financiers, puisse restreindre les ventes à découvert, en cas de chute brutale des cours.

La controverse de New Valladolid

Se penchant sur la question, la Fondation Madariaga, du nom du fondateur du Collège d'Europe, avait invité ce 5 juin Philip Tod, administrateur à la DG Marché intérieur, et Diego Valiante, chercheur au Centre for European Policy Studies, pour une controverse citoyenne. «L’Europe est-elle sérieuse au sujet de la régulation financière ?», demandait l’intitulé de la rencontre. En effet, à l’heure où l’Europe légifère sur la question, certains justifient l’usage des CDS, leur interdiction ayant un effet négatif sur la liquidité des dettes souveraines.

Philip Tod a insisté sur la portée juridique du règlement. L’Europe est sérieuse sur la question, ce nouveau champ de régulation le prouve : l’Union va harmoniser les mesures sur les ventes à découvert. Les régulateurs, appuyés par l’ESMA, vont renforcer l’efficacité et la cohérence des mesures prises, sans nuire outre mesure à l'efficacité des marchés.

Diego Valiante à son tour a voulu expliquer le phénomène des CDS. Son idée phare : les échanges financiers sont tributaires de l’échange d’informations. Si un vendeur assez influent pense qu’un pays va faire défaut, il donne de l’information haussière en ce sens au prix de sa dette, que son estimation se vérifie ou non. Avec une différence dans les produits : à la différence des bonds (obligations), les CDS peuvent être shortés, ce qui explique leur succès.

En désaccord sur le pouvoir des acteurs publics et privés, les intervenants ont ardemment défendu leur thèse respective, Tod insistant sur le pouvoir institutionnel, Valiante sur le pouvoir financier. Le débat, sans conclusion définitive, reste en suspens, jusqu’au prochain spread entre membres de l’eurozone…