L'Europe, épée de Damoclès

Article publié le 5 octobre 2005
Article publié le 5 octobre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’UE se sont peut-être finalement ouvertes, mais pour Ankara comme pour la Croatie et la Serbie, autres pays candidats, l’admission dans le club européen reste loin d’être acquise.

Abdullah Gül, le ministre turc des Affaires étrangères, est arrivé à Luxembourg ce mardi 4 octobre pour débuter les négociations, après une journée d’incertitude quant à la capacité de l’Union à surmonter la réticence de l’Autriche à offrir à la Turquie la perspective d’une adhésion totale. Pourtant, malgré le tapage médiatique qui s’est ensuivi, Erdogan se retrouve dans une position assez proche de celle de Damoclès qui, assis à la table du roi leva les yeux et vit une épée suspendue au-dessus de sa tête par un simple crin de cheval. Même si les négociations sont désormais ouvertes, ils n’en reste pas moins que certains Etats membres comme la France ont promis à leurs électeurs d’organiser un référendum sur la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union. De toute évidence, le gouvernement d’Ankara continuera d’agir avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête durant le processus d’adhésion, censé durer une décennie.

La Croatie prête à faire son entrée ?

D’autres Etats « pré-candidats » ayant bon espoir d’entrer dans l’UE ont connu le même sort. Au moment où la Turquie entamait les négociations, la Croatie obtenait elle aussi le feu vert de Carla del Ponte, la procureure générale du Tribunal International de La Haye pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Il y a quelques mois seulement, la date de début des négociations avec la Croatie avait pourtant été reportée. Fixée initialement au 17 mars 2005, l’ouverture des discussions avait été bloquée par le veto de plusieurs Etats membres après que la même Carla del Ponte eût remis un rapport critiquant la Croatie pour ne pas avoir pleinement coopéré avec le TPIY lors de la mise en examen du criminel de guerre le Général Gotovina. Sans surprise,la réaction de Zagreb à cette décision fut un mélange de déception et de frustration. Depuis, le sentiment eurosceptique n’a fait que grandir en Croatie : une enquête d’Eurobaromètre de septembre dernier a révélé que seulement 36% des sondés espéraient des retombées positives de l’adhésion à l’Union, contre 53% envisageant un avenir sans réels bénéfices (soit une augmentation de 4% des pessimistes comparé à mars 2005).

La Serbie toujours instable

Il semblerait que la Serbie, autre candidat sérieux à l’Union, ait vu récemment s’éloigner sa propre épée de Damoclès. Le 30 septembre, les ambassadeurs de l’UE à Bruxelles ont décidé que les discussions sur un accord de stabilisation et d’association (ASA) pouvaient débuter. Une initiative qui laisse augurer d’une période d’instabilité pour Belgrade. L’Union européenne soutient toujours la communauté d’Etats de Serbie-et-Monténégro en tant que partenaire principal pour les négociations, alors que cette union demeure très fragile. Récemment, celle-ci a été ébranlée par un scandale, baptisé « l’arnaque du siècle » par les médias locaux, dans lequel le gouvernement était accusé d’avoir déboursé des sommes exorbitantes pour du matériel militaire qui n’en valait pas le prix. Svetozar Marovic, le président de l’Union d’Etats de Serbie-et-Monténégro, s’est vu massivement accuser de corruption. S’il démissionne, la nation connaîtra une véritable chute libre politique.

L’UE joue un rôle si essentiel dans le régime de ces pays que les hommes politiques nationaux ne sont guère plus que les jouets du destin. Les crises que traverse l’UE en son sein peuvent influer sur les orientations politiques bien en dehors de ses frontières. Soit augmenter la désaffection de la population envers la politique ou fragiliser encore plus les démocraties balbutiantes dans les Balkans. Et bien au-delà.