L'Europe, entre victimisme et responsabilité

Article publié le 23 mars 2016
Article publié le 23 mars 2016

L'Europe est affaiblie, de l'intérieur comme de l'extérieur. Aujourd'hui, toutes nos pensées se tournent vers Bruxelles, capitale et coeur de l'Europe. Au vu de toutes ces attaques terroristes, il est clair que nous ne faisons sans doute pas les choses comme il faut. Celles qui ont eu lieu ce mardi ont ôté la vie à plus de trente personnes. Sommes-nous des victimes ou des bourreaux ?

L'Europe est affaiblie, de l'intérieur comme de l'extérieur. Qu'est-ce que l'identité européenne ? Depuis l'époque où les Grecs ont jugé que leur culture et leurs connaissances surpassaient celles des peuples asiatiques, nous n'avons cessé de nous sentir supérieurs au reste du monde en utilisant comme étandards les valeurs de la paix, de la solidarité et de la liberté.

Aujourd'hui, toutes nos pensées se tournent vers Bruxelles, capitale et coeur de l'Europe. Il apparaît clair, au vu de toutes ces attaques terroristes, que nous ne faisons sans doute pas les choses comme il faut. Les attaques qui ont eu lieu ce mardi, si injustement appelé mardi saint, ont ôté la vie à plus de trente personnes. Sommes-nous des victimes ou des bourreaux ?

L'horreur, qui frappe quotidiennement dans de si nombreuses parties du monde, s'abat aujourd'hui une nouvelle fois sur l'Europe et nous fait prendre conscience que lorsque des intérêts géostratégiques de tous types sont en jeu, la vie humaine n'a que peu de valeur. Aujourd'hui, nous nous sentons un peu plus vulnérables qu'hier. Le métro bruxellois et l'aéroport Zaventem, empruntés par les Européens et par les citoyens de pays non membres de l'UE pour parlementer à l'échelle de tout un continent, rejoignent la carte des espaces menacés, subissant l'oppression ou ayant connu des attentats mortels.

34 morts (un chiffre qui changera probablement au fil des jours). 34 personnes ayant un nom et un prénom, chacun d'entre eux pourrait faire partie de notre famille ou de nos amis.

Il pourrait s'agir, par exemple, de notre ami palestinien Mohammed, qui a réussi à fuir les horreur de Gaza pour lutter pour un monde plus juste depuis la capitale européenne. “Toutes ces attaques ne nous font pas peur. Nous travaillons coude à coude, comme notre devoir l'exige, pour protéger le futur de nos enfants et pour construire notre civilisation. Ce qu'il nous faut, aujourd'hui, c'est savoir comment gérer cette situation. Je suis solidaire avec les familles des victimes et je leur présente mes condoléances”. A la lecture de ces quelques mots, comment ne pas penser au sourire de Mohammed Alsaftawi et à son discours en faveur de la paix pendant le Forum mondial de la démocratie qui s'est tenu en 2014 dans la ville de Strasbourg, l'autre coeur de l'Europe. Pourrons-nous en supporter plus sans voler en éclats pour de bon ?

Ne pas succomber au désespoir

Il suffit que des personnes ayant une vie destructurée rencontrent un leader pour lui obéir avec brutalité et sans même exercer leurs capacités de raisonnement. Alertée par l'ONU, l'Union européenne a conclu la semaine dernière un accord avec la Turquie pour accélérer l'hypothétique processus d'adhésion de ce pays connu pour ne pas respecter les Droits de l'Homme, en échange de quoi, le problème de l'arrivée massive des réfugiés syriens sera repoussé. Réfugiés dont nombreux, désespérés, trouveront la mort dans des camions et des embarcations de la mafia et dans des expéditions interminables en pleine nuit.

Cinq millions de personnes fuient la Syrie de la terreur et de la barbarie. A ces cinq millions de personnes, il faut ajouter huit millions de déplacés. Charlie Hebdo, le Bataclan, Paris en général, Bruxelles, et à nouveau, comme autrefois, Madrid et Londres. Combien de souffrance humaine allons-nous encore endurer ? Pour quelles raisons ? Dans quel but ?

Jusqu'à quand allons-nous regarder ailleurs ? Combien de temps allons-nous encore ignorer le coeur du problème ? Un réfugié s'est immolé par le feu ce matin. Des embarcations infâmes abandonnent les réfugiés à leur propre sort depuis dimanche. La Méditerrannée s'est transformée en un grand cimetière. Les camps de réfugiés deviennent des camps de détention. Un père rase sa fille dont les cheveux sont envahis par les poux. Les pieds dans la boue...

Les horreurs qui ont donné naissance au rêve européen ressemblaient beaucoup à celles-ci. Sur les ruines des camps de concentration nazis, nous avons rêvé de cette idée d'une union entre les peuples qui nous guiderait vers un monde en paix. Nous avons établi des traités internationaux reconnaissant les Droits de l'Homme. Nous avons mis en marche toute une machinerie légale pour que l'horreur ne soit plus jamais possible. Aujourd'hui, nous avons oublié tout cela.

Nous avons oublié qu'un jour, les réfugiés étaient nos grands-parents. Nous avons oublié le froid qui s'empare de nous lorsque l'on parcourt Auschwitz. Nous avons oublié ces mêmes règles que nous avons créées pour faire du monde un lieu où règnerait la paix. Et, en chemin, ce rêve européen s'est effondré, parce que nous ne supportons plus l'horreur.

Cafébabel condamne fermement tout acte de violence et de barbarie terroriste. Cet article d'opinion vise seulement à mettre en évidence la grande part de responsabilité de l'Europe dans les bouleversements qu'elle connait actuellement et dans l'impossibilité de l'existence réelle de cet espace de paix et de liberté.