L’Europe en cinq minutes et demie !

Article publié le 7 juillet 2009
Article publié le 7 juillet 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Bucarest, Bolsène, Berlin… Nurith, 24 ans, se donne à un tumultueux tour à travers l’Europe et oscille entre douleurs amoureuses et douleurs contemplatives.

©Nicolae Comanescu/ Dust 2.0Bucarest. Boire du thé avec du lait et du miel, manger des petits gâteaux pour 6 leu (1,40 euros), pendant que dehors la circulation glisse sur le Boulevard Magheru. Passé trois heures et demie, il n’est plus possible de passer. Les bus se tiennent en file indienne, les trams ouvrent leurs portes mais la plupart des gens continuent à pied. On entend les klaxons des automobilistes énervés, les chansons pop qui résonnent dans les bus… Il faut attendre la tombée de la nuit pour que la ville de Bucarest revienne au calme.

« Écris-moi en français ! », s’exclame Benjamin en me donnant un bout de papier. Des semaines plus tard, je ne l’ai toujours pas fais. J’ai seulement écris à Cyril, qui n’a pas reçu ma lettre, parce qu’à ce moment là, il n’était pas chez lui. Moi non plus, je n’ai pas reçu le sien. J’étais déjà montée dans le train, la tête à la fenêtre, les cheveux au vent, le compartiment vide. Ah, les gares, ces endroits au milieu de nulle part, entre les champs d’or, sur lesquels les agriculteurs travaillent leur terre.

©So gesehen./flickr

Lorsque j’arrive à Bolsène, c’est déjà la nuit, les montagnes endormies, les étoiles qui rivalisent pour briller avec les lumières de la ville. À travers les étroites ruelles de la ville, devant le marché aux fruits, dont les étalages sont fermés, le pont sous lequel coule le Talver. Clac, clac, clac… Une porte qui bat et derrière, une étreinte somnolente.

Riccardo m’écrit plus tard au sujet des premiers flocons de neiges qui tombent sur la ville. Je sens ces flocons, je sens l’odeur de Bolsène en hiver, lorsqu’il fait froid et qu’on marche dans l’obscurité du soir. Mais j’ai depuis longtemps quitté la ville et un nouveau train me porte vers le nord.

J’ai apporté à Amélie des beignets aux graines de pavot, Philippe m’a apporté de la Crème de caramel au beurre salé, nous mangeons ensemble, alors que le vent vient taper en douceur contre la vitre. Les croissants sont encore chauds lorsque le soleil pointe entre les maisons. Nous nous mettons en route à travers la ville, sur nos vélos, un bikini dans le sac à dos, suivant mentalement une vague idée de la carte.

À midi, nous découvrons une plage entre les rochers. L’Atlantique froid nous accueille et nous porte doucement de ses vagues. Au port, nous mangeons des crêpes jusqu’à en avoir la chemise pleine de caramel, les mains toutes collantes de sucre. Lorsque je caresse le pull-over de Philippe, des peluches noires me restent sur les doigts. Un rire embarrassé. Philippe m’enlace, ses lèvres sur les miennes, goûtent le caramel.

©Mädchen aus Ostberlin/flickrPlus tard, assise sur le bateau, je regarde devant, pendant que Philippe, lui, reste sur le quai. Au revoir Amélie, au revoir Manuel, nous nous reverrons au printemps à Berlin, dans quatre mois. Ces mois se sont écoulés. J’ai passé le dimanche avec Jan, couchée sur le tapis, laissant filer la journée, un ciel bleu, les éclats de rire dans la cour. Le soir, nous nous retrouvons au tango devant l’Alten Museum, buvant du vin rouge sur le gazon, sur lequel nous avons étendu une nappe. « Tu devrait me voir en dormant, quand je rêve de toi », chuchote Jan. « Lorsque je m’éveille, tu es partie ». Je me tais. 

Et j’ai poursuivi mon chemin. C’est encore l’été. Bras dessus, bras dessous, mes yeux brillent alors que nous grimpons sur la colline du château au-dessus Budapest. Larges parcs, palais rénovés qui sentent encore la peinture fraîche, à côté des villas grises comme dans la Belle au bois dormant. Chez Demel, nous achetons des chocolats au lait entier, alors que je m’émerveille devant l’étalage décoré de sucre et de massepain. Des violettes confites pour les dames, du chocolat doux-amer pour les hommes.

Devant la porte, la chaleur de l’après-midi nous fouette. L’air bourdonnant, qui se lève sur les maisons, se mélange aux klaxons des motocyclettes, à la corne d’un bateau. Après deux semaines au soleil, nos cheveux ont pris des reflets blonds. Sur les visages brûlés, nos yeux bleu-vert étincellent, lorsqu’au matin nous nous regardons dans le miroir. Nous passons les soirées dans nos livres, Kasper sur le sofa, moi à table. Il m’a promis des croissants au chocolat, des week-ends à la mer. En lieu et place, il y a des haricots froids avec du pain et du café chez Tante Trude. Je ris sans pouvoir m’arrêter pendant que Kasper joue avec son téléphone portable.

En me disant au revoir, il me donne une boîte à chapeau verte foncé bordée de rouge, dans lequel je conserve plus tard ses lettres, adressées à « mon amour ». Dehors, un nouveau printemps survient, un printemps plein de tulipes mélangées avec les cliquetis des vélos dans les rues inégales et l’odeur de la mer derrière la jetée.

1er prix. Cet article a remporté le premier prix du concours allemand Jeunes Reporters, dont le thème était « Verliebt in Europe » (Amoureux de l’Europe). Nurith, 24 ans, nous fait revivre son voyage et ses rencontres à travers l’Europe.