L'Europe doit éteindre l'incendie proche-oriental

Article publié le 23 février 2002
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Article publié le 23 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La mesure, le tact, la diplomatie, ces éléments ne sont pas à balayer d'un revers de main pour ramener le calme au Proche-Orient. Osons proposer une réconciliation ambitieuse à deux peuples fatigués de tant de tragédies : un Etat binational en Israël Palestine !

Le Proche-Orient brûle. 800 morts palestiniens, 200 morts israéliens. Tout le monde reste coît devant ce bilan macabre. L'impasse est aujourd'hui totale pour deux peuples qui se font face depuis plus de 53 ans. Aujourd'hui, alors que les bouclages de territoires autonomes palestiniens et les assassinats de dirigeants sont devenus un réflexe sécuritaire israélien, que les attaques-suicides palestiniennes se multiplient de manière écurante, la situation est bloquée sur des positions jamais atteintes auparavant.

Il y un peu plus d'un an, un Israélien pouvait se balader en Cisjordanie et un Palestinien pouvait aller travailler en Israël. Aujourd'hui, cela semble tenir du rêve impossible. Plus personne ne se parle, les rencontres d'intellectuels sont annulées, le dialogue se fait par éditos hostiles interposés. Rares sont les voix en Israël pour s'élever contre les règlements de compte en Palestine. Rares sont les volontés palestiniennes d'adresser tout juste la parole à un Israélien. Et pourtant, la force de cet antagonisme et la position des acteurs étant si poussées, une lueur d'espoir peut, doit réapparaître.

Contre une paix froide

Alexandre Adler, éditorialiste français, prétend ainsi dans Le Monde du 9 novembre 2001 que ce renforcement des positions respectives de Yasser Arafat en Palestine et d'Ariel Sharon en Israël les poussent à négocier, même si c'est à reculons ! Si les Arafat et Sharon sont soutenus de manière si importante par leurs opinions publiques respectives, ils sont en position de mettre tout sur la table, de négocier de manière légitime. Selon le même Adler, cette négociation ne peut que se conclure sur une paix froide, où les deux entités se feront front en attendant une détente avec les nouvelles générations. Cela permettrait de garder Israël au sein du monde occidental et de réintroduire la Palestine dans un monde arabe rafistolé. Cette perspective glaçante est-elle pour nous satisfaire ? Evidemment, non.

Vers quelle solution doit-on aller ? Suivre Adler dans son idée d'une séparation hermétique des deux entités ou suivre Edward Saïd dans son idée d'un Etat binational et triconfessionnel. Le pragmatisme d'Adler face à l'idéalisme de Saïd. Il faut se battre pour la seconde option, la plus difficile à faire accepter mais la plus juste !

Le conflit israélo-palestinien se fonde sur des années et des années de spoliation, de mensonges, de défiance entre deux communautés qui se méprisent. Propre au monde arabe, ce conflit se fonde sur le pêché originel en 1948 d'une région entière. Si Israël naît par les armes dans les années d'après seconde guerre mondiale, les Palestiniens doivent s'affirmer une génération plus tard en tant que peuple indépendant sous le coup du lâchage des pays arabes environnants. Les naissances difficiles forgent le caractère. Aujourd'hui, chacun refuse de reconnaître ses erreurs, la solution est à la fuite en avant meurtrière.

Vers un Etat binational

Il y a bien eu Oslo en 1993 mais ce traité marquait le lancement d'un processus " d'asservissement " de la Palestine. Or l'esprit dans lequel ont été signé ces accords annonçait son échec. Nulle part dans les textes signés depuis 1993, Israël ne montre sa volonté d'aller vers le peuple palestinien. Nulle part, Israël ne tente de comprendre la vie de ses ennemis intimes. Nulle part nous ne pouvons lire ne serait-ce qu'une reconnaissance des souffrances endurées. Loin d'améliorer la vie des Palestiniens, Oslo a apporté une liberté trompe l'il dans des enclaves palestiniennes, ainsi qu'une plus grande facilité de contrôle des Palestiniens. Oslo est le synonyme d'une mise en place d'un régime d'apartheid.

Or le seul autre système d'apartheid sur terre s'est conclu, il y a quelques années déjà, en Afrique du Sud. C'est de cette expérience que doivent s'inspirer les Palestiniens et les Israéliens. C'est dans ce processus de réconciliation et de remise en cause que doivent entrer ces deux peuples. Il faut dépasser le drame de ce conflit, cette impossibilité pour chacun des protagonistes de faire son examen de conscience. L'apaisement doit venir de l'extérieur, de nous, européens ou des Etats Unis.

Revenir à la table des négociations

Alain Dieckhoff, un chercheur spécialiste d'Israël, défend l'idée d'un Madrid bis. Revenons à la table des négociations, quitte à y traîner les protagonistes. Il faut pousser de tout notre poids politique et surtout économique pour contraindre ces deux peuples à vivre ensemble en paix, à se regarder comme des êtres humains et non comme des exterminateurs. Notre rôle ne peut se restreindre à tenir le tableau des morts au jour le jour.

Il n'y a pas de réel mystère à une paix dans cette région. L'équité, la justice et un dialogue entre deux interlocuteurs égaux. Chacun doit se déshabiller de ses réflexes et de supériorité et de rejet de l'autre. Il faut pouvoir faire confiance à l'autre. L'Europe doit faciliter ce travail de réconciliation. La présence d'observateurs et de policiers doit contribuer à assainir la situation. Sans tomber dans l'angélisme ni revenir au Mandat, nous devons nous investir de manière plus massive en Israël/Palestine en coopérant et en imposant le dialogue. La confiance ne peut que renaître d'une attitude impartiale sur le terrain.