L’Europe divise toujours le Parti Socialiste : Acte II

Article publié le 9 novembre 2007
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Article publié le 9 novembre 2007
Mardi 6 Novembre, on connaîtra la position du Parti Socialiste à l’égard du traité simplifié adopté à Lisbonne.  S’il réserve encore sa réponse, c’est parce que l’Europe est devenue un sujet tabou depuis deux ans et l’échec du référendum sur la Constitution européenne.

Aujourd’hui, ce n’est plus tellement le contenu mais plutôt la forme qui gêne certains socialistes, Nicolas Sarkozy ayant décidé de ratifier le traité de Lisbonne par voie parlementaire. Ainsi, seul Jean-Luc Mélenchon pourrait voter non alors que d’autres comme Laurent Fabius s’indignent du fait que l’on ne soumette de nouveau le texte au vote des Français.

Le Parti Socialiste français va t-il  rejouer la tragi-comédie qui l’avait montré s’écharper autour de la question européenne en 2005 ? Rien n’est moins sûr, tant les plaies semblent toujours ouvertes. François Hollande l’a bien compris et c’est pourquoi, faute de compromis lors du Bureau National du 23 Octobre dernier, il a préféré repousser la décision au mardi 6 Novembre. Le futur ex-premier secrétaire du Parti Socialiste a dans un premier temps envisagé la solution de l’abstention. Puis, face à la pression des partisans du oui, renforcés par le « transfuge » de Vincent Peillon, qui défendait ardemment le non il y a deux ans, François Hollande a déclaré qu’il voterait oui. Il a concédé que « même si ce texte n’est pas celui que nous aurions négocié », il permet néanmoins de « sortir l’Europe de l’impasse.»

Le PS est confronté à un dilemme ; comment approuver le traité, sans pour autant s’aligner sur la position de Nicolas Sarkozy, lequel avait réussi avec Angela Merkel à mettre tout le monde d’accord. Aujourd’hui, les membres de la direction du PS, hostiles à la ratification de la Constitution Européenne en 2005, sont  conscients qu’il leur est difficile de maintenir cette même position. Il est difficile en effet d’expliquer aux Français que les difficiles négociations qui ont conduit les chefs d’Etat et de Gouvernements à adopter le traité de Lisbonne ne vont toujours pas dans le bon sens.

Ainsi, certains préfèrent concentrer leurs critiques sur la forme et non plus sur le fond du texte. Pour cela, ils s’appuient sur l’engagement qu’avait pris Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle, de soumettre le nouveau traité à la consultation populaire.

C’est le cas de Laurent Fabius ; Porte-étendard du non, il y a deux ans, il envisage donc de refuser de participer au vote « en l’état actuel » qui aura lieu au Parlement. D’ici là, Laurent Fabius souhaite convaincre les socialistes qu’ils doivent exiger de Nicolas Sarkozy un nouveau référendum. Autrement, sur le fond du traité, il reconnaît quelques avancées comme la création d’« un président de l’Union Européenne pour deux ans et demi ainsi que d’un haut représentant des affaires étrangères » mais il regrette dans le même temps que le traité ne comporte « rien pour débloquer la situation sociale et fiscale de l’Europe (…) Rien en matière monétaire. »

Vincent Peillon, autre ex-leader du non, au contraire de Laurent Fabius indique qu’il votera oui. Dans un texte qu’il publie avec une quinzaine de députés ou sénateurs socialistes issus du courant Nouveau Parti Socialiste (NPS), il s’explique :  « En 2005, nous avions appelé à voter non au référendum, espérant créer un rapport de forces qui permettrait de renégocier le traité constitutionnel dans de meilleures conditions, mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Cette fois, si ce traité n'aboutit pas, il n'y aura pas de nouvelle renégociation". Il entend toutefois demander l’organisation d’un nouveau référendum. Reste à savoir quelle serait sa position si le PS appelait à voter oui sans préalable ou que le Président - ce qui est probable - ne refuse de céder.

Enfin, seuls ceux qui soutenaient déjà la Constitution n’ont pas changé d’avis. Certes, à l’image de l’ancien ministre des affaires européennes, Pierre Moscovici, « le traité ne contient pas tous les progrès pour les citoyens », de même, il regrette que ce texte « ne prévoie pas le vote à la majorité qualifiée pour les questions fiscales et sociales, n'ouvre pas de nouvelles compétences énergétique ou environnementale. » Mais, « un président du Conseil européen stable, un rôle des Parlements nationaux affirmé, un président de la Commission issu du vote lors des élections européennes, un haut représentant pour les affaires étrangères, une référence à la Charte des droits fondamentaux (...)  sont des améliorations décisives »  selon lui pour adopter le traité.

Comme toujours, rien n’est simple au pays du Parti Socialiste. François Hollande a déclaré avoir pris acte de la décision de Nicolas Sarkozy de ne pas organiser de nouveau référendum et qu’il le regrettait dans le même temps. Mais, Laurent Fabius, Vincent Peillon et les autres seraient-ils vraiment favorables à une nouvelle consultation si le Président n’en avait pas décidé autrement ?

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que l’on assiste mardi à soir, rue de Solférino à l’acte II des divisions quant à l’avenir de l’Europe, avec François Hollande dans le rôle du metteur en scène. Il est vrai qu’avec tout cela, on en oublierait presque qu’il s’agit d’une question importante.

 Elie Levaï