L'Europe des jeunes ou le chaos

Article publié le 30 janvier 2013
Article publié le 30 janvier 2013
Le rideau se lève et apparaissent six intellectuels, ainsi que Juan Luis Cebrián, président du groupe espagnol de communication PRISA. Ils s'adressent à un amphithéâtre parisien dominé par des crânes dégarnis. Non, ce n'est pas une blague : c'est la présentation du manifeste Europe ou chaos, une réflexion des gens du temps passé sur l'obscurité de l'avenir.

20 h. Les caméras d'ARTE allument leurs voyants rouges. Bernard-Henri Lévy s'installe dans un fauteuil au milieu d'une scène sur laquelle il fait remarquer la présence d'Umberto Eco, cigare à la bouche. Derrière leurs têtes, une image de la carte de l’Europe est projetée, sur laquelle on peut lire : Europe ou chaos ?. L'ombre que ces lettres dessinent est aussi lugubre que le manifeste que ces intellectuels, parmi lesquels une seule femme, viennent présenter. Il s'agit d'un texte signé par des sages de l'envergure de Fernando Savater (philosophe et écrivain espagnol, ndlr), Salman Rushdie ou Antonio Lobo Antunes (écrivain portugais, ndlr). Au milieu de tant de rhétorique, il paraît y avoir un message : davantage d'intégration politique ou c’est le décès de l' Union européenne.

Toutefois, on parle tout juste de ce texte cet après-midi dans Paris. Chaque invité utilise son tour de parole pour donner son opinion à propos de tout et de rien, d'eux-mêmes et de la paix. Juan Luis Cebrián s'en prend à la soumission des institutions européennes par rapport au chômage, les victimes de son ERE (acronyme espagnol pour évoquer un plan social, ndlr), à destination des salariés d'El Pais, ne comptent-elles pas ? Peter Schneider (écrivain allemand, ndlr) appelle à créer une Europe des citoyens et Umberto Eco s'élève contre l'« idée impensable » d’une guerre dans l'actualité.

En réalité, peu de choses ont été dites sur l'avenir. Deux étudiants du Collège d'Europe ont essayé d'apporter un sens commun et de la fraîcheur à un faux débat - calé dans le passé – ainsi que plein de phrases typiques et utopiques. Leurs questions, centrées sur l'oubli de la jeunesse dans le discours de l'Europe à papa, n'ont non seulement pas trouvé réponse, mais ont en plus réveillé une attitude défensive de la part de certains conférenciers.

Le journaliste allemand, Hans Christoph Buch, a proposé la création des Etats-Unis d'Europe comme la solution à tout les problèmes auxquels fait face le Vieux continent (y compris ceux des jeunes ?)

À 22h30, la conversation était considérée comme finie. Les europhiles du public remerciaient l'initiative de ces intellectuels, qui abandonnaient la scène, animés par la satisfaction d'avoir contribué à réveiller les consciences. Les invités semblaient savoir peu de choses si ce n’est rien sur la perte des droits sociaux, l'appauvrissement des classes moyennes qui ne cesse de croître ou la frustration de la génération des jeunes sur-diplômées.

Ce n'est pas qu'ils soient coupables d'être de vieux sages ou d'être ancrés dans l'Europe du passé, mais écouter de vieilles gloires débattre sur le futur d'une Union européenne, dont ils semblent ne pas connaître la réalité présente, est un anachronisme. Peut-être que ce dont nous avons besoin est moins de poésie et davantage d'action. A quoi ça sert de parler des défis du présent quand ils ne peuvent s'accrocher qu’à l'Europe de Kohl, Mitterrand ou de Gaulle ?

Photos : Une (cc) Jan Prax/Flickr; Texte, © courtoisie de ARTE. Vidéo: EUXTV/YouTube.