L'Europe dasn un monde global, cohésion, identité... et quelques atouts

Article publié le 4 décembre 2009
Publié par la communauté
Article publié le 4 décembre 2009
Le pari de la génération Erasmus Adriano Farano Cofondateur de cafebabel.com Une nouvelle génération est née, fille de la mobilité étudiante, de la monnaie unique et des vols low-cost. C’est la première qui vit vraiment l’Europe, au quotidien. Pour elle, le but de la construction européenne n’est pas de ramener, enfin, la paix sur le Vieux Continent.
Ce but – noble et ô combien difficile – a été atteint par les pères fondateurs. Pour nous, les enfants d’Erasmus, le rôle de l’Europe est d’élargir les horizons de ses citoyens. D’offrir à tous de plus grandes possibilités de vie, de travail, de business, de voyage, de découverte et – pourquoi pas ? – d’amour. Lorsqu’il s’approprie une nouvelle ville, ses bars et ses lieux de vie, qu’il sent frémir une nouvelle langue sur ses lèvres, découvre d’autres façons d’étudier ou se laisse emporter par un amour pas si étranger que cela, l’étudiant Erasmus éprouve un extraordinaire sentiment de liberté. C’est cette magie d’Erasmus, merveilleusement décrite dans le film de Cédric Klapisch, L’Auberge espagnole, qui nous a assaillis à l’automne 2000 quand, avec un groupe d’étudiants originaires de douze pays européens, nous avons fondé cafebabel.com, le premier magazine européen d’actualité entièrement traduit en six langues. Pour faire face aux énormes défis du xxie siècle, nos sociétés nationales ont besoin d’une bouffée d’air frais, de s’ouvrir les unes aux autres, de se parler ; mais au fur et à mesure qu’elle acquiert des nouvelles compétences, l’Union européenne souffre d’un terrible déficit démocratique qui l’éloigne de ses citoyens. Aussi devient-il urgent de créer une opinion publique européenne, avec ses débats, ses agitateurs d’idées, ses médias multilingues. Voilà notre travail quotidien : reportages exclusifs, interviews uniques, tribunes et blogs qui ouvrent le débat. La génération Erasmus est la première à pouvoir réussir ce pari. Car elle « pense et parle » européen, contrairement aux leaders des différents pays qui multiplient les plans de relance nationaux, s’affrontent sur des questions de politique étrangère, et agissent « comme si » le partage de la souveraineté (monnaie, frontière, législation…) n’était pas déjà une réalité. L’Europe politique ne se construira pas ainsi. Elle se fera avec la création d’un espace public transnational. C’est à ce défi que notre magazine répond depuis huit ans avec la méthode du journalisme collaboratif. Ces points de vue transnationaux sont riches de perspectives multiculturelles auxquelles réagissent mensuellement 300 000 internautes. Grâce à la génération Erasmus, une opinion publique européenne est en train de naître. Il faut l’écouter.

L’enseignement au monde réel

Heleen Terwijn

Psychologue et fondatrice de l’École du week-end IMC

Demandez aux Américains ce qu’est l’Europe, et beaucoup répondront : « L’histoire. » Demandez aux Européens ce qu’est l’Europe, et beaucoup répondront : « Bruxelles. » Cela semble étrange : comme si la bureaucratie aveuglait l’Europe. Pourtant, ce n’est pas le cas. La culture européenne échappe à toute tentative de définition. Cela constitue un atout majeur, mais encore faut-il engager nos élèves dans la bonne voie. Les écoliers européens apprennent que Platon était grec, Descartes, français, et Goethe, allemand. Bien que des épisodes de l’histoire s’entremêlent et que des modèles européens émergent, on n’enseigne pas explicitement aux étudiants les « valeurs européennes », et encore moins la notion d’« identité européenne ». Ils apprennent à lier l’histoire à leur société et, s’ils ont de la chance, à leur propre vie. L’euro constituant en pratique le seul symbole européen, il n’existe pas grand-chose pour encourager la création d’une identité européenne. Personne ne soutient une équipe de football européenne (d’ailleurs il n’en existe pas) ou ne jure allégeance au drapeau européen. Les confins de l’Europe restent flous, marqués par l’histoire et la diversité culturelle, et « Bruxelles ». Est-ce une menace pour l’Europe ? Non. Cela constitue davantage une chance. Les Européens sont déjà bien conscients qu’il existe d’autres cultures que la leur. Les élèves apprennent combien les racines de leur société sont tortueuses, ils apprennent à vivre côte à côte avec les autres cultures européennes, et beaucoup d’entre eux parlent plus de deux langues, notamment les immigrés. La prochaine étape serait de cultiver et d’entretenir chez nos étudiants une capacité déjà existante de comparaison culturelle et de tolérance, mais en ne les figeant pas dans une « identité européenne » forcée, qui, au contraire, y nuirait. Nous devrions sensibiliser nos étudiants aux problèmes d’actualité tels que la migration, la diversité religieuse, le changement climatique et l’injustice sociale. C’est précisément en découvrant le monde, qu’ils découvriront à quel point ils sont « européens ». Comme le dévoile mon expérience avec l’École du week-end, une fois l’enseignement organisé autour de ce principe, les enfants développent une volonté d’apprendre. Et, comme le dit Sajjaad, un ancien élève : « À l’École du week-end, j’ai appris à oser réfléchir. » L’idée d’une « identité européenne unique » ne fait pas partie de nos enseignements. En encourageant nos élèves à penser le monde, nous embrassons le meilleur de la tradition européenne, notamment celle de l’échange et de la tolérance.

La vieille Europe a un avenir radieux

Hubert Joly

Président-directeur général de Carlson

En ce siècle de mondialisation et d’intégration, l’Europe bénéficie d’une situation idéale pour jouer un rôle de leadership au sein de ce nouveau monde multipolaire. Il y eut beaucoup de discours à la fin du xxe siècle sur le déplacement du centre de gravité du monde, passant de l’Atlantique à l’océan Pacifique. Il se peut que ce raisonnement ait été motivé par l’émergence de l’Asie comme nouveau centre d’impulsion économique ainsi que par le taux de croissance élevé de la côte ouest des États-Unis. Cette théorie soutenait que cette évolution aurait pour effet de mettre l’Europe sur la touche, et que le commerce et la communication se détourneraient de l’Europe. Mais… pas si vite. L’Europe bénéficie d’un avantage unique, du fait de sa situation géographique. Dans une large mesure, il peut s’avérer plus facile de mener une organisation mondiale depuis l’Europe que de n’importe où ailleurs. Les vols pour l’Asie sont plus courts depuis l’Europe que depuis les États- Unis. Par exemple, il faut 9 heures pour se rendre à Delhi depuis Paris, contre 15 heures depuis New York, et 20 depuis Los Angeles. Un vol Paris-Singapour dure 13 heures, contre 15 en provenance de New York et 20 en provenance de Los Angeles. Alors que les horaires de bureau se recoupent entre l’Europe et l’Asie mais aussi entre l’Europe et les États-Unis, ce n’est pas le cas entre les États-Unis et l’Asie (il y a un décalage de 12 heures entre New York et Singapour, et seulement 6 heures depuis l’Europe). Cette donnée offre de meilleures conditions de communication et de collaboration depuis, et avec l’Europe… En outre, l’Europe donne aux Européens, et ce dès leur plus jeune âge, une idée de la diversité culturelle : un avantage pour ceux qui essaient de saisir et de gérer les subtilités propres à chaque peuple ainsi que les normes culturelles et les coutumes de ce monde multipolaire. Ainsi, Charles de Gaulle a certainement fait preuve de talents de prédicateur lorsqu’il déclara : « Ce n’est pas un chef d’État européen qui unira l’Europe. L’Europe sera unifiée par les Chinois. »