L’Europe choisit les vacances MacDonald

Article publié le 24 mai 2005
Publié par la communauté
Article publié le 24 mai 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La macdonalisation (d’après l’expression de George Ritzer) et le formatage du quotidien touchent désormais aussi les vacances des Européens. Récit d’un séjour dans un Center Parc.

Nous voulions des vacances abordables, sans mauvaises surprises, nous voulions des loisirs testés et approuvés, et une offre maximale de commodités à portée de main. En un mot : notre fils voulait s’amuser et nous, les parents, voulions avoir la paix. Nous avons donc été dans un Center Parc du Hochsauerland, dans le centre de l’Allemagne. Les Center Parcs, inventés par les Hollandais, sont un exemple type de « macdonalisation ». On en trouve en Hollande, en Belgique, en Angleterre, en France et en Allemagne. Les parcs sont tous conçus de la même façon : au centre se trouve une piscine subtropicale avec toboggans, jacuzzis, jets d’eau…Juste à côté, il y a un village de vacances avec plus de 600 appartements, dans lesquels les familles (qui représentent 99% des clients potentiels) peuvent passer des vacances indépendantes et formatées. Les courses, les repas, les animations pour les enfants, les jeux vidéos, les activités sportives, les loisirs, tout cela se passe dans le « market dome ». Le market dome, c’est une sorte de centre commercial gigantesque où l’on n’échappe pas au fond musical sirupeux, composé des derniers hits internationaux qui, pour les oreilles sensibles, deviennent vite une torture. . Nous n’allions dans ce temple de la consommation que pour le petit-déjeuner. Les clignotements et les piaillements des offres spéciales omniprésentes déclenchaient, en effet, chez notre fils de 6 ans des crises incessantes de « j’veux ça » ou de « j’veux jouer à ça ».Restauration rapide – vacances rapides

Le concept Center Parc est florissant. Pour réserver un bungalow pendant les vacances scolaires, il faut s’y prendre longtemps à l’avance. D’après le groupe Center Parcs, environ trois millions de vacanciers déferlent chaque année dans les dix parcs familiaux dont le taux d’occupation avoisine les 90%. Ce qui a commencé en 1968 comme un modeste parc – quelques bungalows et une piscine dans les bois – est maintenant devenu une véritable « chaîne de vacances rapides ». Ce qui attire l’Européen moyen, c’est qu’il n’a pas besoin de partir loin et qu’il sait exactement à quoi s’attendre (les différents Center Parcs sont sensiblement identiques quel que soit le pays). Et le temps qu’il fait n’a plus qu’une importance minime, puisque la majorité des activités ont lieu à l’intérieur. La stratégie du groupe consiste à cibler les séjours courts, qui pour beaucoup durent seulement un week-end et rarement plus d’une semaine.

Tous pareils

Pour nous aussi le concept a marché. Après l’heure de baignade du matin, notre petit monstre marin avait son compte de jeux et de défoulement. De courtes excursions dans les alentours et les magnifiques paysages du Hochsauerland nous dédommageaient des reliefs fades du parc et nous permettaient d’échapper au « market dome », assez bondé par moment. C’est dommage, bien sûr, qu’on ait eu si peu de contacts avec les autres familles, mais c’est comme au MacDonald où il ne viendrait à l’idée de personne de parler à ses voisins de table. Bien plus qu’elle n’estompe les différences culturelles, la « macdonalisation » réduit tout à un condensé de classe moyenne européenne. Comme les différents Center Parcs, les vacanciers qui y séjournent se ressemblent et se confondent. Les enfants portent des T-shirts de marques américaines, les parents des Levi’s et des blousons passe-partout, les portables sont scandinaves, les voitures familiales allemandes ou françaises, et la lecture du matin va rarement au-delà des tabloïds locaux. Ces points communs devraient faciliter la communication, mais a-t-on encore besoin de communiquer ?

Les nutritionnistes s’accordent à déconseiller la fréquentation excessive des MacDonalds. En revanche la question de savoir, si le bonheur formaté fourni par les centres de vacances macdonalisés nuit à la santé des Européens, reste plus controversée. En ce qui nous concerne, une fois nous a suffi. Pour les prochaines vacances nous partirons dans le sud, par nos propres moyens. Même si cela signifie que nous ne pourrons pas planifier mais devrons plutôt vivre au jour le jour.