L’Europe balkanique, entre troïka et balalaïka

Article publié le 1 mars 2012
Article publié le 1 mars 2012
Par Aris Kokkinos Le Meltem, le vent des Balkans, souffle sur la péninsule et répand des graines de changements. Si la Grèce est toujours confrontée aux exigences de la Troïka (Commission, BCE, FMI) et à sa possible sortie de la zone euro, le Conseil européen se veut en revanche positif pour les autres pays de la région.

La Roumanie et la Bulgarie devront encore attendre avant de rejoindre l’espace Schengen, mais les discussions avancent. Et après que l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne ait été confirmée suite à son référendum du 22 janvier, son voisin serbe devrait voir son statut de pays candidat confirmé. Enfin un cercle vertueux dans une actualité économique sombre. Il aura fallu du temps mais les pays balkaniques semblent à présent en mesure de surmonter leurs différends et d’oublier leurs blessures.

La situation n’est pas homogène pour autant. Réunis mardi 28 février à Bruxelles, les ministres des Affaires européennes des vingt-sept ont eu des discussions laborieuses sur la Serbie, la Roumanie exigeant davantage d’assurances sur le statut de sa minorité valaque, et la Lituanie craignant que Belgrade soit un cheval de Troie russe au sein de l’U.E. Il est vrai que la Russie lorgne sur ses petits frères orthodoxes. Avec son rôle dans l’histoire et sa rente d’hydrocarbures, l’implication russe dans la région est crainte par les uns et souhaitée par les autres.

Devant entrer en service en 2015, le gazoduc du groupe russe Southstream, concurrent du projet européen Nabucco, tous deux destinés à livrer du gaz à l'U. E., traversera la Bulgarie et la Serbie. Le gaz est aussi un enjeu pour la Grèce, qui a lancé un appel d'offres pour la privatisation de la compagnie nationale du gaz Depa, ainsi que d’autres compagnies (eaux, pétrole et jeux de hasard), dans le cadre du plan de cession des actifs publics, prévu par la Troïka. Présent mardi à Athènes, Alexandre Medvedev, le numéro deux du géant russe Gazprom, a discuté avec des responsables grecs de ce plan de privatisation.

Faut-il le rappeler, la diplomatie tous azimuts de la Russie correspond au retour annoncé de Vladimir Poutine à la tête de son pays. Les enjeux qui seront subtilement marchandés lors du Conseil européen ne sont qu’un aspect de la vue que l’on pourrait avoir depuis une fenêtre ouverte sur le paysage riche et rude des Balkans.