L’Europe apprend toute la vie

Article publié le 16 novembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 16 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Afin d’améliorer l’économie européenne, la stratégie de Lisbonne pose qu’il est indispensable d’avoir une population éduquée et initiée à l’informatique. Mais comment y parvenir ?

« Toute personne a droit à l’éducation, ainsi qu’à l’accès à la formation professionnelle et continue ». Article 14 de la Chartre des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne. Un « droit » c’est bien mais, c’est encore mieux s’il y a un moyen réel de l’exercer ; « toute personne » c'est-à-dire tout homme et toute femme quel que soit l’âge, la nationalité et le milieu social. La seule façon d’y parvenir est de prendre part au programme d’éducation et de formation tout au long de la vie.

Compétitivité des travailleurs

En Mars 2000, le Conseil Européen de Lisbonne a présenté une stratégie visant à faire de l’Europe le leader mondial en ce qui concerne « la quantité et la qualité des emplois », en l’élevant au rang « d’économie de la connaissance la plus dynamique » et la plus compétitive capable « d’une plus grande cohésion sociale ». Pour réaliser ces objectifs, l’UE compte sur la forte compétitivité de sa main d’œuvre mais trouve une situation peu encourageante. Viviane Reding, Commissaire sortante en charge de l’Education et de la Culture, a souligné qu’en 2000 « moins de 10% des Européens en âge de travailler ont pris part à une session de formation ». « C’est notoirement insuffisant et, si nous ne faisons rien, les Européens seront mal préparés pour s’intégrer à une économie mondiale » précise-t-elle. Car il est évident qu’il est indispensable pour un travailleur de mettre à jour ses connaissances et ses compétences pour survivre dans une époque à l’heure de la mondialisation, des technologies de pointe et où tout devient très vite obsolète ; d’autant plus si il ou elle envisage une mobilité professionnelle et géographique. C’est également valable pour l’économie européenne si elle veut devenir un concurrent de taille pour les Etats-Unis.

Concrètement, en quoi consistent les objectifs de la politique européenne d’éducation et de formation tout au long de la vie ? D’après le discours d’Anna Diamantopoulou, ancienne Commissaire en charge de l’Emploi et des Affaires Sociales, « la mise en valeur du talent et des compétences dans la nouvelle économie européenne exige que l’on mette l’accent politique sur l’investissement croissant dans le capital humain et dans une plus grande participation à l’éducation et à la formation tout au long de la vie ». Les partenaires publics et privés ainsi que les dépositaires d’enjeux des différentes régions et états membres d’Europe impliqués dans le secteur éducatif vont être mis en contact afin de mettre en commun leurs ressources et partager leur expérience. Cette approche ira de pair avec une évaluation des formations que nécessite une société de la connaissance. L’élément clé de cet inventaire est une reconnaissance du rôle primordial que jouent les technologies d’information et de communication ainsi que la compétence linguistique, à plus forte raison pour ceux qui n’ont pas suivi de formation depuis un certain temps.

Education pour tous

L’éducation et la formation tout au long de la vie propose d’aider à réaliser des objectifs sociaux, personnels et civiques mais aussi professionnels, en commençant par l’apprentissage des compétences les plus élémentaires telle que l’initiation à l’informatique. Plusieurs politiques et programmes d’action spécifiques existent au niveau de l’UE afin de promouvoir l’éducation et la formation tout au long de la vie comme moyen d’atteindre les objectifs fixés par la Stratégie de Lisbonne. Le programme Grundtvig, par exemple, a été mis en place pour les adultes afin de financer l’apprentissage des langues et la mobilité en Europe. Si on veut encourager une plus grande participation au programme d’éducation et de formation tout au long de la vie, il est nécessaire de rendre le financement des formations proposées plus accessible, en particuliers pour les communautés marginalisées comme les personnes vivant en milieu rural ou atteintes d’un handicap et les minorités ethniques. L’Agenda de Lisbonne sous-entend une volonté d’accomplir quelque chose de durable pour les générations futures et pas seulement pour 2010.

Un nouveau programme qui devrait aller dans ce sens est Europass, qui devrait entrer en vigueur en Janvier 2005 au Luxembourg. Tel une sorte de passeport reconnaissant les compétences paneuropéennes partout en Europe, il facilitera la formation au sein de l’Europe en enregistrant les compétences linguistiques, les aptitudes professionnelles et académiques ainsi que le savoir-faire de chacun. Europass sera accessible à tous quel que soit l’âge, encourageant ainsi les gens à entretenir une curiosité tout au long de leur vie pour leur travail et leur formation. Mais, au moment où Lisbonne prône la cohésion européenne, pour des raisons de spécificités culturelles et linguistiques, de telles initiatives ne sont encore réalisables qu’au niveau national. Les détails de ce projet seront abordés en Décembre à Maastricht lors d’une conférence européenne au sommet où les ministres de l’Education des 25 états membres aborderont la question de l’augmentation de la subvention en matière d’éducation et de formation professionnelle. Ján Figel, le nouveau Commissaire en charge de l’Education, la Culture, la Formation et le Multilinguisme désigné par Barrosso, sera présent. Avec son expérience professionnelle en ingénierie et relations internationales, il semble être la personne la plus à même de promouvoir la redynamisation nécessaire de la compétitivité de l’Europe auprès de la population active. Lors de sa dernière audition au Parlement européen, Figel déclarait « le potentiel humain est notre principal atout. (…) A moins que l’Europe ne multiplie ses efforts de réforme dans le domaine de l’éducation et de la formation, les objectifs de Lisbonne ne seront pas atteints ». Sa détermination semble prometteuse.

Une agora pour tous

Une fois encore, ces nobles intentions seront vaines si Monsieur Tout-le-monde, soit la personne ayant le plus besoin de la formation tout au long de la vie, n’est tout simplement pas au courant des opportunités qui s’offrent à lui. Par conséquent, des efforts urgents reste à faire pour créer un véritable « espace européen accessible à tous » sous la forme d’une « européanisation » grandissante des médias, où les citoyens peuvent s’exprimer et s’informer des questions d’intérêt collectif et débattre de l’avenir de l’Europe. Les anciens d’Athènes avaient pour habitude de se réunir tous les jours sur l’Agora afin de discuter des grands idéaux démocratiques et pour informer le peuple des derniers évènements. Dans le monde « connecté » de notre époque, il serait vraiment décevant d’échouer dans ce devoir fondamental d’information. Cependant, en conjuguant nos efforts, nous pouvons saisir l’opportunité de l’actuel débat européen autour de la Constitution ainsi que les objectifs de Lisbonne qui se profilent pour présenter à plus de citoyens l’éducation et la formation tout au long de la vie comme un exemple de ce que l’Europe peut faire pour améliorer la vie de simples Européens, quel que soit leur âge ou leur expérience.