« L’Europe à Strasbourg, Strasbourg en Europe » : compte-rendu du débat du 2 février

Article publié le 11 février 2008
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Article publié le 11 février 2008
Strasbourg, le 9 février 2008 Par la rédaction de Babel Strasbourg
d_bat2.jpg Le thème du débat proposé par Babel Strasbourg, a réuni le 2 février dernier une assistance nombreuse à la Maison des Associations – plus d’une centaine de personnes. Le choix de ce thème, a priori peu susceptible d’attirer un large public, a été conforté par ce qui est apparu déjà comme un succès aux yeux des organisateurs. Les noms des politiques invités, représentant les principales tendances qui s’affronteront lors des prochaines élections municipales Pascal Mangin, adjoint au maire chargé des relations européennes et internationales et 4ème sur la liste UMP-Union pour Strasbourg ; Catherine Trautmann, députée au Parlement européen et 6ème sur la liste socialiste et républicaine – qui ne pouvait être présente et qui était représentée par son assistante, Pernelle Richardot, par ailleurs 12ème sur la liste conduite par Roland Ries – ; Chantal Cutajar, tête de liste du MoDem ; Eric Schultz, 3ème sur la liste des Verts) ont évidemment contribué à ce succès. Il faut souligner également la présence parmi les personnalités invitées de Kayhan Karaca de l’Association des journalistes européens, de François Friedrich (coordinateur du projet Ecoles des études politiques du Conseil de l’Europe) et, enfin, de Vladimir Vasak (Président du Club de la Presse Strasbourg, journaliste à Arte), qui a bien voulu jouer le rôle de modérateur.

Pascal Mangin, représentant l’équipe municipale actuelle, a ouvert le débat. Selon lui, c’est d’abord le réinvestissement dans la symbolique que revêt Strasbourg qui peut contribuer à réaffirmer sa place en Europe, et notamment son statut de capitale européenne, de siège du Parlement européen. En effet, le contexte de l’élargissement et de la réunification du continent européen permettrait à la ville de Strasbourg de continuer à incarner les valeurs de paix et de démocratie retrouvées qui ont animé la construction européenne à ses débuts, après la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, estimant que les arguments de ceux qui s’opposent au siège du Parlement européen à Strasbourg émanaient essentiellement de milieux avant tout hostiles au fédéralisme, P. Mangin a affirmé que la ville de Strasbourg serait confortée en tant que capitale européenne grâce à l’appui institutionnel de la Présidence française au second semestre 2008 et au soutien de l’actuel Président du Parlement européen. Enfin, le projet d’école européenne favoriserait, selon l’adjoint au maire, l’installation de fonctionnaires à Strasbourg, pérennisant ainsi la ville en tant que siège et lieu de travail du Parlement.

Pernelle Richardot (PS), partageant le constat que les changements intervenus ces dernières années sur la scène européenne avaient modifié la donne concernant la place de Strasbourg en Europe et celle de l’Europe à Strasbourg, a rappelé avant tout l’enjeu national que représentait la question du siège du Parlement européen, déplorant l’attitude par trop défensive de la France sur ce sujet. Elle a également souligné que la querelle du siège ne relevait pas seulement d’une question de principe mais était reliée à l‘idée même que l’on se faisait de l’Europe. En réaffirmant le statut de capitale européenne de Strasbourg, de capitale institutionnelle, on mettait en avant la conception d’une Europe polycentrique et démocratique, plus respectueuse de la diversité européenne, par opposition à une Europe centralisée et bureaucratique. Revenant sur l’élargissement de l’Union européenne, qu’évoquait P. Mangin, P. Richardot a estimé que celui-ci n’avait pas été anticipé en termes d’infrastructures immobilières. Sur ce plan, elle a rappelé que l’affaire des loyers du Parlement européen avait provoqué une « rupture de confiance ». Répondant à cette critique de la gestion municipale, Pascal Mangin a souhaité mettre en avant que le Parlement européen était dorénavant « propriétaire de ses locaux. » Pernelle Richardot a renchéri en estimant que le projet d’école européenne évoqué par P. Mangin avait été mal ficelé et annoncé à la hâte, sans cohérence politique (notamment avec la partie allemande), n’assurant pas à cette école un statut de type I et provoquant des inquiétudes quant au devenir de l’Ecole internationale Robert Schuman. P. Mangin lui a répondu que la mise en place d’une école de type I n’était de toute façon pas envisageable à Strasbourg. La colistière de Roland Ries a exposé par la suite certaines propositions comme l’organisation de rencontres entres les différents acteurs européens, nationaux et locaux autour du thème « Strasbourg, capitale européenne » - et ce au-delà des cénacles se réunissant habituellement sur ce sujet, comme le Cercle Pierre Pflimlin qui rassemble les eurodéputés favorables au maintien du siège du Parlement à Strasbourg –, la construction d’une Cité internationale ouvrant le Parlement européen sur le reste de la ville, ou bien encore la mise en place d’une « Maison de l’Europe » afin que les citoyens puissent mieux s’approprier l’Europe et ses institutions.

Eric Schultz a pour sa part insisté sur le fait que la question du siège dépendait en premier lieu d’autres instances, nationales et intergouvernementales, et non du seul maire de Strasbourg. Il a rappelé également que cette question s’inscrivait dans le débat, plus général, relatif à la configuration institutionnelle de l’Union. Il a abordé le problème de l’attractivité et du rayonnement de Strasbourg à l’échelle européenne et mondiale, en le liant étroitement à celui du siège. Pour lui, il est nécessaire de rattacher la ville et la problématique de capitale européenne aux nouveaux enjeux du XXI° siècle et tout particulièrement à l’enjeu écologique et à la lutte contre le réchauffement climatique et ses effets. C’est ainsi que Strasbourg doit devenir, selon le représentant des Verts, une « éco – capitale », exemplaire en matière de protection de l’environnement.

Pour Chantal Cutajar, Strasbourg est avant tout « l’âme de l’Europe ». Rejoignant à sa manière les propos tenus précédemment, elle a mis en avant l’idée que la place et le rôle de Strasbourg en Europe ne pouvaient pas être seulement l’affaire des Strasbourgeois, même s’il fallait mobiliser ces derniers autour de cet enjeu. Leur confortation nécessite selon elle des engagements forts, tant de la part de la France et, en premier lieu du Président de la République, Nicolas Sarkozy, que de l’Union européenne. Ces engagements doivent selon elle se concrétiser dans le plan triennal entre l’Etat et la Région Alsace et aussi dans les politiques publiques menées au niveau national, grâce notamment à une ligne budgétaire « Strasbourg, capitale européenne » renforcée et affectée à tous les ministères. C. Cutajar a émis par ailleurs quelques propositions visant à renforcer Strasbourg, comme l’implantation du Secrétariat général du Parlement européen ou la création d’une antenne du Comité économique et social européen ou encore la création d’un poste d’adjoint chargé, à temps plein, des affaires européennes ainsi que d’un autre poste d’adjoint délégué à l’Eurodistrict (mettant ainsi l’accent sur le fait que Pascal Mangin était à la fois adjoint en charge des relations internationales et européennes et adjoint de quartier, ce qui serait incompatible en termes de charge de travail selon C. Cutajar, mais ce dont l’intéressé lui-même s’est défendu en affirmant que les deux fonctions n’étaient pas incompatibles et constituaient même, selon ses dires, un atout). A la suite des interventions des différents candidats, Kayhan Karaca, de l’Association des journalistes européens, a tenu à rappeler que l’opposition au maintien du siège du Parlement européen à Strasbourg était le fait aussi bien de nombreux parlementaires européens que de fonctionnaires eux-mêmes. De plus, K. Karaca a souligné que si le Parlement européen ne décidait pas de son siège, il a pu décider, en revanche, la diminution de la durée des sessions à Strasbourg.

François Friedrich, fonctionnaire au Conseil de l’Europe, a quant à lui mis en avant le fait que Strasbourg était politiquement et historiquement la capitale de la « Grande Europe » dans la mesure où elle était, avant d’être le siège du Parlement européen, celui du Conseil de l’Europe, organisation internationale fondée en 1949 et qui rassemble aujourd’hui 47 États.

Répondant à une première question du public sur le fait que la nouvelle Grande Bibliothèque ne contiendrait que des œuvres provenant de la littérature des pays membres de l’Union européenne, P. Mangin s’est empressé d’infirmer cette information et d’affirmer, au contraire, que les fonds et les collections, « gérés par les professionnels et non par les politiques », seraient ouverts « bien évidemment » à l’ensemble des littératures européennes.

Le débat a ensuite essentiellement tourné autour de l’accessibilité de la ville, sujet de préoccupation suscitant de nombreuses questions et interpellations de la part de l’assistance : desserte aérienne, liaisons entre l’aéroport et la ville et entre les capitales de l’Union (Bruxelles – Luxembourg – Strasbourg). Face à ces interrogations, Pernelle Richardot a proposé, d’une part, de réfléchir à une meilleure complémentarité entre les aéroports de Strasbourg – Entzheim, de Francfort, de Baden-Baden et de Bâle-Mulhouse et, d’autre part, de relancer les projets de liaison ferroviaire à grande vitesse Est-Ouest et Nord-Sud. Reconnaissant l’impossibilité actuelle de relier directement par TGV les trois capitales de l’Union, P. Mangin a simplement indiqué que la seule solution existant aujourd’hui était de passer par la région parisienne.

La question a été posée de savoir si Strasbourg ne pouvait pas réfléchir à une autre manière de se positionner dans l’espace européen en redéfinissant ses priorités (c’est-à-dire en abandonnant le combat pour le maintien du siège du Parlement) et son identité (par exemple en s’appuyant sur son statut de ville universitaire d’excellence ou encore de capitale de la citoyenneté européenne et des droits de l’Homme). Tous les intervenants ont souhaité réaffirmé que la question du siège ne devait pas être abandonnée, ce qui n’empêchait pas de renforcer aussi la dimension de la citoyenneté et des droits de l’Homme. François Friedrich, sur ce point, a indiqué que le Conseil de l’Europe, en collaboration avec l’ensemble des institutions concernées, mettait en place des universités d’été avec pour objectif d’en faire un « Davos de la démocratie » à Strasbourg.

La question de l’Euro-district a été abordée à la fin du débat. P. Mangin a mis l’accent sur les différences de législation existant entre l’Allemagne et la France et sur les difficultés d’ordre juridique à la constitution d’un Euro-district. P. Richardot a critiqué le bilan du tandem concernant ce dossier. Elle a dénoncé notamment son mauvais fonctionnement, l’absence de concertation sur certains sujets avec les partenaires allemands (comme la création d’une école européenne). La liste menée par R. Ries souhaite, a-t-elle déclaré, relancer la coopération franco-allemande afin d’améliorer le fonctionnement de l’Euro-district, lui donner une véritable assise institutionnelle (avec, par exemple, des conseils municipaux communs) et un réel contenu en termes de missions et de compétences. Eric Schultz a précisé que le projet des Verts visait à faire de l’Euro-district une institution politique ouverte sur les citoyens des deux rives du Rhin et non pas simplement une organisation administrative. Chantal Cutajar a pour sa part souhaité que l’Euro-district atteigne « une masse critique ». Il doit s’inscrire d’après elle dans un « grand projet » commun.

Dans le public, Robert Herrmann, conseiller général du canton I et en 3ème position sur la liste socialiste et républicaine, est intervenu pour affirmer qu’il était nécessaire de construire un vrai projet de l’Alsace à l’échelle de l’Europe, un projet de développement de toute la région qui conforterait également Strasbourg dans son statut de capitale européenne. Il a déploré le retard de l’Alsace dans la mise en œuvre d’un tel projet.

En conclusion, P. Richardot a souhaité insister sur le fait que c’était toute la dynamique internationale de Strasbourg qui était en jeu et à revoir. Au nom des Verts, E. Schultz a rappelé la nécessaire appropriation de la question européenne par les citoyens strasbourgeois, point sur lequel C. Cutajar a voulu conclure également. Quant à P. Mangin, il a regretté, à la stupéfaction d’une partie de la salle, que la place de Strasbourg en Europe soit devenue un sujet de « dissensus » au sein de la classe politique locale.

Le débat a certes révélé des divergences d’interprétation, inévitables, en ce qui concerne la politique menée par l’équipe municipale en place, ainsi que des différences d’approche entre les candidats sur les actions à entreprendre – approches qui pourraient néanmoins être complémentaires, tous s’accordant sur la nécessité de maintenir le statut de capitale européenne de la ville de Strasbourg.