L’Europe a le feu au cul !

Article publié le 29 octobre 2012
Article publié le 29 octobre 2012
Affolement, frénésie, précipitation, furie... Pour traduire dans différentes langues européennes, cette irrépressible hâte qui pousse certains de nos congénères à passer (quitte à les piétiner) impudemment devant leurs semblables, les expressions imagées ne manquent pas.
Avec l'idiome de la semaine, il sera question de poulet, de chauve-souris, de tarentule et même d'un chat métamorphosé en cochon... Bref, un vrai zoo d'enfer !

Aux deux Européens que nous sommes, perdus dans la cohue d'autres ressortissants originaires du Vietnam, de Mongolie ou de Géorgie livrés comme nous au bon vouloir de l'Administration locale, faire le pied de grue toute la matinée sous la pluie dans l'espoir de franchir le seuil de l'Ambassade de Russie à Minsk n'est pas vraiment l'attraction la plus plaisante qui soit. Cependant, quoi de plus irritant que de se faire brûler la politesse par une vieille femme agitée qui, dans sa hâte, bouscule tout le monde sur son passage dans le but de parvenir la première à destination. Or, tandis que le planton de service se décide enfin à nous laisser entrer, l'impétueuse babouchka se précipite brusquement en nous poussant tant et si bien que mon collègue espagnol et compagnon d'infortune trébuche presque sur elle.

Une fois à l'intérieur du bâtiment, c'est tout juste si elle ne nous frappe pas afin de se frayer un passage dans le but d'atteindre le plus rapidement possible la porte du bureau convoité. Face à une telle véhémence, on dirait en anglais qu'elle ressemble à une chauve-souris surgie de l'enfer ( « like a bat out of hell »). « Como Pedro por su casa » s'empresse d'ajouter mon camarade, laissant ainsi entendre que le dénommé Pedro se considère comme le maître des lieux. Une autre forme ibérique pervertie de l'infernale chauve-souris made in UK décrit ce manque de maintien : celui d'un poulet sans tête (« Como pollo sin cabeza ») Sans tête et... sans cervelle ! En allemand, une si fébrile attitude s'apparente à la fulgurance d'un éclair lubrifié (« Wie ein geölter Blitz ») quand en Italie du sud, la tradition l'assimile à la danse frénétique d'une femme rendue hystérique par la morsure d'une tarentule (« Como morso della tarantola »).

Désireux de nommer la géhenne d'où, sans gêne, s'extirpe notre chauve-souris so british, les Français (mais aussi certains Belges et d'autres Maliens) préfèrent parler d'un diable surgissant hors de sa boîte semblable au Jack-in-the-box, ce fameux jouet à ressort ayant figure de clown ou de démon censé effrayé les petits et les grands et qui, secrètement recroquevillé dans son habitacle bondit dès qu'un curieux en soulève le couvercle. Pour leur part, les Polonais comparent ce mouvement de panique à la course débridée d'un chat affolé à la queue duquel un groupe de villageois facétieux auraient attaché une vessie de porc (« Biegać jak kot z pęcherzem »). Dans cette autre vision plus féline du pandémonium, le matou, à n'en pas douter, s'enfuit... « à toute berzingue » (expression d'origine picarde). On appelle ça aussi dans le français le moins ignifugé qui soit : avoir le feu au cul !

Photo : (cc) ★ spunkinator/ Danny/ flickr