Lettre ouverte au Président Français: vous aimez l'europe ? Chiche !

Article publié le 13 décembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 13 décembre 2008
Monsieur le Président de la République, Je préférais ne pas attirer l’attention sur ma modeste ( insignifiante serait le mot qui convient) personne, en raison du fait que je n’ai pas été très aimable avec vous sur cette tribune. Certes, ce ne sera pas la seule dans ce cas. Vous savez du reste bien mieux que moi de quoi est faite la politique.
Oui, j’ai usé de l’anti-sarkozysme pour soutenir certaines idées.

Mais suite à vos derniers propos lyriques sur l’Europe, j’ai été touché… je suis en effet convaincu (sans pouvoir le démontrer) que vos paroles sont sincères et je vous avoue presque regretter quelques unes des mes charges à votre encontre. Il en va tout autant de nombre d'européens sincères et préoccupés dont je me fais le porte parole.

Mais c’est ici bien sur le mot « presque » qui est important.

Vous voulez que l’Europe s’unisse et devienne une puissance capable d’agir ? Pour cela, la présidence tournante n’est pas la panacée, au contraire.

Les citoyens de l’Europe , ne vous en déplaisent, ont du mal à admettre que le président d'un État puisse aussi représenter l’intérêt général de l’Europe. Ils ne lui reconnaissent pas de légitimité et les querelles partisanes nationales entrainent la confusion. De plus les instances communautaires qui incarnent (ou devraient) l’intérêt général s’en trouvent affaiblies.

Même en omettant ces critiques, le principe même de la direction tournante est chaotique et contre-productif.

Si vous en doutez, vous en aurez la navrante démonstration dans les prochains mois. Nous avons eu de la chance avec vôtre mandat, mais nous ne pouvons compter sur les hasards du calendrier et encore moins sur les compétences et la bienveillance de (bientôt) trente chefs d’états.

Je ne prêche pas contre un système ou un autre.

Je constate seulement, à l’unisson avec vous, qu’il faut un président fort pour l’Europe, mais que pour cela il doit être légitime, c'est-à-dire choisi par les européens eux même.

Vous aimez l’Europe, et vous l’avez amplement démontré. Mais le fait que vous ne compreniez pas ou ignoriez l’intérêt d’une telle logique reste une grave carence qui mine toute votre action.

Pourtant, vous-même pourriez bien être, un jour prochain, ce président de l’UE. Ce serait un véritable président « à la française », capable d’agir et reconnu comme tel par les européens car choisi par eux, non plus pour six mois, mais pour un mandat entier.

Si vous ouvriez cette porte historique vous entreriez définitivement au panthéon des pères de l’Europe et les générations futures vous célèbreraient dans les manuels d’histoire non pas comme un opportuniste éphémère, mais comme un homme de vision au sens historique.

Le monde rentre dans une période de turbulence. Le destin de l’Europe est pourtant encore plus que jamais soumis à la mauvaise humeur référendaire et aux caprices de leaders nationaux à courte vue.

Si les élections européennes sont l’enjeu du choix du président de la commission, elles peuvent être l’occasion unique d’un sursaut, et déboucheront sur une Europe forte….dans le cas contraire, elles confirmeront la désaffection des citoyens, que l’on ne pourra guère blâmer en vertu du fait que vous avez-vous-même contribué à en réduire dramatiquement l’enjeu.

C’est pourquoi M. le Président, nous vous demandons de ne pas soutenir M. Barosso, ni aucun candidat, et d’affirmer au contraire votre volonté de voir l’élection du président de la commission européenne s’effectuer via la jeune démocratie européenne, par le peuple lui même.

Avant que vous ne quittiez la présidence du conseil, nous plaçons nos espoirs dans vos paroles, et dans cet acte tout simple, mais d'une portée historique.

Il en va, vous le savez, de l’avenir des français, des européens, mais aussi en ce début de XXIème siècle troublé, de l’avenir de l’humanité.

Votre très humble, insignifiant, mais néanmoins représentatif et très attentif sujet,

Monsieur Sinh.