Lettonie : de l’ail contre la grippe A

Article publié le 2 septembre 2009
Article publié le 2 septembre 2009
Avec un système de santé en pleine banqueroute, il ne reste plus aux Lettons qu’à se tourner vers la médecine alternative. L’arrivée de la grippe A avec l’hiver inquiète tout le pays balte, alors qu’aucun vaccin n’a pu être commandé faute de budget.

Une drôle d’odeur envahie les salles de classe de l’école maternelle de la petite Liva, 6 ans. C’est celle de l’ail que l’on donne désormais aux enfants pour les protéger de la grippe A. L’efficacité de ce traitement préventif est certes controversée, mais en pleine crise économique, payer une visite chez le médecin devient un luxe. Le recours aux remèdes de grand-mère se généralise… et pourrait bien ne rien changer à l’épidémie de virus H1N1 que l’on attend vigoureusement pour l’automne prochain, lorsque les systèmes immunitaires seront fragilisés par la rigueur du climat. A la différence des autres vagues de grippes saisonnières, ce virus pourrait frapper jusqu’à 80 % des 10-49 ans. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime d’ailleurs qu’un tiers de la population mondiale le contractera.

Peur justifiée ou psychose généralisée ?

Dans les pays baltes jusqu’à présent, tous les cas avérés de H1N1 ont concerné des personnes de retour de voyage, ayant contracté la maladie à l’étranger. Leur nombre total est de 80 cas parmi lesquels l’Estonie se taille la part du lion avec 39 malades, suivie de la Lituanie (22 cas) et de la Lettonie (20 cas). Le quotidien letton Dieno prévoie, lui, jusqu’à 70 000 personnes (près de 3,5 % de la population) infectées en Lettonie à l’automne prochain. Et l’affaiblissement du système de santé public national risque d’être un facteur aggravant de l’épidémie. Les pauvres, les chômeurs et les retraités bénéficient aujourd’hui de soins gratuits, mais les dépenses du secteur de la santé ont été réduites d’un tiers pour faire des économies. De nombreux lettons redoutent ainsi d’être exclus du système de santé et de ne plus pouvoir payer leur médecin.

Couverture médicale généralisée : néant

Ce n’est pas tout. La situation précaire des hôpitaux met en péril la couverture médicale gratuite. Les hôpitaux financés par l’Etat sont purement et simplement menacés de fermeture, vu l’état catastrophique des finances publiques. Le porte-parole de l’association des hôpitaux lettons, Jevgenijes Kelejs, a affirmé dans le quotidien Dienas Bizness : « Dans une situation où les moyens des hôpitaux ont été réduits de 70 à 90 %, je ne vois pas comment ils peuvent assurer leur mission. » Début août, l’hôpital Rigas Pirma Slimnica a été le premier à refuser les patients qui ne pouvaient pas payer eux-mêmes leurs soins en liquide. Les conditions d’hygiène parmi les populations pauvres sont également très préoccupantes car l’hiver arrive avec son lot de factures impayées et de coupures d’eau chaude, de chauffage et d’électricité.

« Les moyens des hôpitaux ont été réduits de 70 à 90 %. Je ne vois pas comment ils peuvent encore assurer leur mission »

L’Organisation mondiale de la santé alerte sur les sujets fragiles, notamment ceux qui ont des infections secondaires ou des carences alimentaires, nécessitant un suivi médical professionnel. Liene Johansone, porte-parole du ministère de la santé de Lettonie, a déclaré que le ministère de la santé et l’Institut des maladies infectieuses surveillent la situation dans le pays. Néanmoins, aucun vaccin n’a été commandé, faute de moyens. Il ne reste plus qu’à espérer un geste du fonds de solidarité européen...

Remèdes de grand-mère

Du coup, l’homéopathie et les vieilles recettes traditionnelles reviennent au goût du jour. Selon Marite Kriscuna, toxicologue retraitée, les remèdes alternatifs ont souvent des effets proches de ceux de la médecine académique, toutefois, ils ne peuvent pas remplacer les médicaments tels que les antibiotiques et les traitements contre le virus de la grippe.

Dina Zobena, la maman de la petite Liva, ne sait pas exactement que penser de l’ail dans l’affaire. Prévention ? Les experts pensent que les propriétés bénéfiques de ces petites gousses proviennent du sulfure d’allyle qu’elles contiennent. L’ail réparerait les lésions vasculaires et renforcerait les défenses immunitaires contre les intrusions. Mais d’après l’Institut Robert Koch, aucune étude n’a pu prouver les vertus qu’on lui suppose. Pour l’instant, les précautions de santé qu’elles prennent et leur alimentation saine ont protégé Dina et sa fille de la vague de grippe. Faite que ça dure…

L’auteur de cet article, De Thorsten Pohlmen, est correspondant du réseau n-ost.