L’ETA abat sa 825e victime dans le Pays basque

Article publié le 8 décembre 2008
Article publié le 8 décembre 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Hier, j’ai perçu l’écho de la mort. Cette fois-ci, il a retenti à quelques kilomètres de chez moi. Le 3 décembre dernier, l’ETA a assassiné sa 825e victime. Dans un moment comme celui-ci, être Basque me semble bien douloureux. Opinion.

Un coup de feu et on nous arrache une fois de plus la fierté d’appartenir à un peuple magique et millénaire. À l’heure où j’écris ces lignes, l’homme abattu a cessé de respirer. Une nouvelle victime de l’ETA, c’est l’espoir qui s’envole, une douleur de plus qui étouffe notre peuple. Nos idéaux au bout du canon, notre patrie envoyée à la guillotine. Ignacio Uria Mendizabal, 71 ans, était propriétaire d'une entreprise travaillant sur le chantier de la ligne ferroviaire à grande vitesse basque, une des cibles de l'ETA. Il a été tué par balle en pleine journée à Azpeitia, au Pays Basque espagnol. Il est la victime n° 825. 

(sagabardon/flickr)825 raisons pour que nous nous sentions misérables. Nous qui nous nous enorgueillissons de tant d’exploits historiques. Nous, qui avons proclamé avec tant de fierté le nom de Guernica, petit village, emblème de la liberté basque, qui a inspiré une œuvre de Picasso, symbole de paix et de réconciliation. Nous, qui, comme le disait le philosophe Albert Camus, voulons aimer notre pays sans pour autant arrêter d’aimer la justice. 

Eux, ils veulent nous sauver, nous, les Basques. Les courageux armés… Eux, eux tous, qui se sont trompés, eux qui ont tort depuis toujours. Eux qui, sans assassinats, sans menaces ni extorsions, apparaitraient comme des charlots. Une bonne blague. Eux qui, aujourd’hui, nous font de la peine et nous dégoûtent. Beaucoup de peine et de dégoût. Leur propre peuple ne les aime pas. Leur patrie n’a pas besoin d’eux. Leur nombre diminue jour après jour. Et jour après jour, ils sont de plus en plus lâches.

Pour qui sonne le glas…

L’écho de chaque bombe, de chaque tir, de chaque mort et de chaque menace arrive à nos oreilles et il nous est impossible de rester indifférents. Comme disait Hemingway : « Demande pour qui sonne le glas ». Que ce soit à Bombay, New York, Azpeitia ou Kaboul… si tu écoutes ce que dit ton cœur, tu comprendras en pleurant qu’il sonne aussi pour toi, même à des kilomètres de distance des victimes, même dans un autre hémisphère.

C’est dur d’être Basque, mais également d'être citoyenne du monde et de voir qu’en plein 21e siècle, nous n’avons toujours pas compris que le glas sonne pour chacun d’entre nous. Nous sommes membres d’une grande famille, condamnés à vivre ensemble. L’Union européenne en est un excellent exemple. Des siècles de combats acharnés, de guerres fratricides et d’affrontements se sont éteints pour donner naissance à un projet de coopération. Il n’y a aucun autre destin possible. Si, toutefois, nous aspirons tous à ce qu’il y ait un destin.