L’Espagne n'est plus indignée, elle est en rogne

Article publié le 24 février 2012
Article publié le 24 février 2012
Face aux réductions budgétaires que connaissent l'éducation, la coopération au développement, la santé et face au gel des salaires, la colère des masses est en pleine expansion. Dans un pays où on ne peut même plus protester, la police se charge - à coups de matraque - du respect du triptyque : « voir, entendre et se taire » par les citoyens.

Gandhi disait que « la violence est la peur des idéaux des autres. » Malheureusement les idéaux des Espagnols faiblissent tous les jours un peu plus mais ils ne renoncent pas à manifester et à s'exprimer librement car il ne s'agit pas d'idéaux mais bien de droits constitutionnels. La démocratie espagnole semble être en congé maladie depuis plusieurs mois et son plus grand gardien, le gouvernement, affronte la peur en donnant l'ordre à la police de disperser, d'une manière ou d'une autre, les quelques mineurs valenciens qui protestent contre les coupures de chauffage et d’électricité dans leurs écoles publiques.

Si les interventions des forces de l’ordre avaient été mises en cause suite aux protestations du mouvement du 15 Mai, elles sont à présent insoutenables. Les violentes charges policières qui eurent lieu à Valence le 20 février parlent d'elles-mêmes : elles étaient dirigées contre les étudiants qui sortirent dans la rue pour exprimer leur désaccord face à la diminution du budget destiné à l'éducation. Alors que les vidéos de la brutalité policière circulent sur Internet, le commissaire de la police de Valence, Antonio Moreno, prétextait une défense face à « l’ennemi ». De son côté, la déléguée du gouvernement à Valence espérait que cette histoire ne reste qu'une « anecdote ». En réponse à ces propos, les manifestants se sont multipliés non seulement à Valence, mais également dans le reste de l'Espagne. La liste des « choses pour lesquelles protester » s'élargit : la réforme du travail, les réductions budgétaires dans l'éducation publique et la violence policière.

Le ministère de l’Intérieur comparaîtra devant le Congrès pour expliquer les interventions de la police. D'ici là, nous devrons nous contenter de la réaction du président du gouvernement: « Nous ne pouvons pas donner une image qui n'est pas celle de notre pays. » Il faudra donc commander un bon vernis pour maquiller ce pays parce que la clameur du peuple gronde (même s'ils tentent de le faire taire) chaque fois plus fort. Le jour où la tension sociale explosera, la police anti-émeutes ne suffira pas à frapper la fureur et la rage du peuple. Alors, Madame la déléguée du gouvernement, il ne s'agira pas d'une « anecdote » mais bien d'une page de l'histoire d'Espagne.

Photos : Une (cc) Julien Lagarde/flickr;  Vidéo : (cc) Neom097561/youtube