LEspagne et le Maroc, ce couple étrange...

Article publié le 16 mars 2002
Publié par la communauté
Article publié le 16 mars 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La politique extérieure européenne ajoutera-t-elle à la confusion des relations hispano-marocaines, déjà ambigües, ou apportera-t-elle ses propres solutions ?

De ce quon en sait, les monarchies espagnole et marocaine entretiennent des liens qui se sont renforcés sur le plan personnel et qui se manifestent par la sympathie entre le Comte de Barcelone (père du Roi Juan Carlos) et Hassan II.

La relation personnelle a été constante et même importante sur le plan politique. Pendant la Transition et déjà avec une démocratie consolidée, le Roi Juan Carlos a facilité un bon dialogue entre les gouvernements espagnol et marocain, symbolisé par le conflit pour la Marche Verte (1977), diverses visites officielles, etc. Un dialogue qui sest renforcé en 1991 avec la signature du «Traité dAmitié, de Bon Voisinage et de Coopération » entre les deux pays et à laquelle le Roi Juan Carlos a participé comme témoin, ouvrant ainsi un cycle de sommets bilatéraux périodiques. Daprès Felipe Gonzalez, « la relation de confiance personnelle et de fraternité entre les rois dEspagne et du Maroc a aplani de manière décisive le chemin à plus dune occasion pour apporter une solution à des situations délicates.

Sur le plan économique, les relations entre ces pays jouissent également dune grande fluidité, en particulier depuis 1993, date de labolition de la loi qui limite la participation étrangère dans les entreprises marocaines, favorisant ainsi lentrée de capitaux, limplantation de plus de 800 entreprises espagnoles et des échanges économiques qui sélèvent à 500 000 millions de pesetas par an, dépassant donc les chiffres du commerce avec nimporte quel pays dAmérique Latine.

Cependant, cette apparente relation de bon voisinage se voit ternie par une réalité pleine de problèmes importants : la Marche Verte déjà mentionnée, la question du Sahara Occidental, les difficiles accords de pêche, limmigration illégale ou les enclaves autonomes de Ceuta et Melilla. La situation semblait statique malgré des malentendus plus ou moins inévitables entre deux cultures différentes (comme par exemple en ce qui concerne la liberté de presse et dexpression) et le soutien espagnol à la mise en place dun recensement de population au Sahara occidental pour commencer un jour le referendum sur lautodétermination et le rejet du plan Baker Maintenant ainsi des relations traditionnelles à double tranchant.

Etant donné que rien ne semble avoir changé, que suppose donc lappel à consultation de lambassadeur du Maroc à Madrid ? Et linterdiction faite à la presse espagnole de couvrir la visite officielle de Mohammed VI au Sahara ? Et le report de la réunion hispano-marocaine prévue pour décembre 2001 ? Le Ministère des Affaires Etrangères a déclaré méconnaître les causes de telles réactions de la part du monarque alévite. Même lopposition socialiste espagnole opte pour une position de prudence et de réserve semblable à celle adoptée par lexécutif. A l'heure actuelle, on na reçu du Maroc aucune autre dexplication quun silence déconcertant.

Actuellement, le contexte international est riche en événements et en nouvelles incertitudes, en particulier depuis que nous savons que, dans un futur plus ou moins proche, ce ne seront pas les pays communautaires qui concluront unilatéralement des accords internationaux, ni qui conviendront dune solution à leurs controverses, mais lUnion européenne elle-même. Lexemple espagnol sera donc un donc un dossier parmi tant dautres qui parsèmeront de difficultés le chemin vers une ligne unique qui dirigera la politique extérieure de lUnion : lEspagne abandonnera-t-elle un jour sa position de soutien au Sahara occidental ? Peut-être la France ne conclura-t-elle plus daccords dexploitation pétrolifère pour plusieurs de ses entreprises dans les eaux territoriales du Sahara occidental avec Rabat ? Ce sont des exemples de questions qui peuvent sétendre à dautres terrains divers et dont le but le plus immédiat est celui de provoquer chez les intéressés une réflexion constructive concernant la nouvelle Europe qui devra tracer des relations extérieures cohérentes et continues et surtout, communautaires.