Les zapatistes de la campagne belge ?

Article publié le 30 octobre 2014
Article publié le 30 octobre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le mouvement des « Patatistes » à Haren : des protestations contre une maxi-prison, des revendications pour un accès à la terre et surtout une grande confusion.

Le jeu de mots dans le titre rappelle la révolution mexicaine et ses nombreux mouvements zapatistes en Amérique latine, ou encore les exigences du sous-commandant Marcos dans la région Chiapas, mais détrompez-vous, il ne s'agit pas de cela ici. Les événements qui ont eu lieu à Haren ce 17 octobre faisaient penser à une foire agricole où l'on pouvait partager ses opinions et ses idées plutôt qu'à la lutte idéologique des zapatistes.

Est-il question d'idéologie ? Oui, mais laquelle. Ce point-ci n'est pas tout à fait clair. Le mouvement des « Patatistes » s'est mis en place à cause de la construction prochaine d'une maxi-prison dans les faubourgs de Bruxelles, à quelques kilomètres de l'aéroport de Zaventem. Les inquiétudes quant à cette nouvelle prison ont fini par être liées à la demande grandissante d'un accès à la terre pour tous. « Pas de terre sans fermier, pas de fermier sans terre » était le slogan de ce mouvement. Parmi les protestations des participants, l'on trouvait entre autres la surexploitation des terres, les profits obtenus sans scrupules par les multinationales, la disparition des petites fermes familiales, la bétonisation et le surdéveloppement des banlieues et le capitalisme à outrance. Mais, dans ce fouillis de nobles plaintes, il n'était pas évident de trouver le point commun avec la construction de la prison. Surtout quand les idéologies qui transparaissaient de ces protestations étaient si disparates : des pseudo-aspirations zapatistes, en passant par l'opposition à un projet bien défini, la maxi-prison, jusqu'aux critiques sévères du modèle capitaliste de l'élevage animal et de l'agriculture pour finir avec des anarchistes « contre toutes les prisons », laissant perplexe tous ceux qui pensent que la société est basée sur un contrat social.

Ces initiatives étaient pourtant un bon point de départ pour de nouveaux rassemblements et discussions. En fait, à la mi-avril, à l'endroit où le gouvernement veut construire la prison, des pommes de terre ont été plantées (d'où le nom du mouvement) ainsi que d'autres légumes par cinq cents participants encadrés par soixante organisations. Au même endroit, six mois plus tard, ils ont organisé un grand dîner amical et gratuit avec toutes les pommes de terre qu'ils avaient plantées au printemps. Plus tôt, ils avaient commencé la journée en préparant les champs pour renouveler l'expérience à la prochaine saison quand le chantier de la prison aura commencé. Plus tard ont eu lieu des discussions où tout le monde était invité à partager ses idées sur les méthodes de culture, les OGM et la souveraineté alimentaire. Il y avait une dizaine de stands présentant diverses initiatives sur la nourriture bio, la protection de l'environnement et la sécurité alimentaire.

Dans ce décor pastoral, l'occupation des champs contre la construction de la prison, la lutte unie pour redonner sa dignité aux banlieues de la ville et le combat contre le surdéveloppement des dernières zones cultivables de la région de Bruxelles-Capitale ont fait de cet événement un forum de partage d'idées où certaines propositions ont pu être formulées. Cet événement a été un moment où chacun pouvait s'arrêter afin de réfléchir aux conséquences néfastes de nos actions les plus banales de notre quotidien.

Malgré tout, les différentes entités derrière le mouvement des « Patatistes » ont créé une certaine confusion idéologique avec un grand nombre d'exigences peu claires. Il mélangeait des protestations du type « Oui, mais pas chez moi », un événement altermondialiste et un festival campagnard. Cela explique pourquoi les revendications des participants sont restées lettre morte. Ces entités ne coexistent pas en harmonie et sont souvent contradictoires du point de vue macroscopique : par exemple, comment peut-on exiger un droit à la terre pour tous dans un monde où de moins en moins de personnes souhaitent la cultiver ?