Les yeux de Malte

Article publié le 3 mai 2004
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Article publié le 3 mai 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Suspendue entre Sicile et Tunisie, Malte veut être un « pont » entre le monde arabe et l’Europe. Grâce notamment à une surprenante initiative de jeunes. Que nous vous racontons...

En flânant par les ruelles de Malte, le soleil qui brûle les pierres amènerait presque à penser que l'Europe est lointaine. La suave toponymie rappelle les sonorités arabisantes -Mdina, Cirkewwa, Gnejna-, les maisons blanches exhument les saveurs de la Méditerranée, et les regards des passants sont encore plus profonds et noirs que ceux des filles de Palerme.

En réalité, ce minuscule archipel, suspendu entre Sicile et Tunisie, est à partir du 1er mai, membre à part entière de la nouvelle Europe élargie. Avec la bénédiction des puristes de l’Europe carolingienne et continentale. Et des mathématiciens. Oui. Car comme le fait remarquer The Economist, dans les sommets européens de la nouvelle génération « Gerhard Schröder, chancelier d'une Allemagne d’une population de 82 millions de personnes, pourra être traité de façon assez similaire à Lawrence Gonzi, premier ministre d'un gouvernement maltais qui ne représente pas plus de 397 000 âmes ».

Au-delà de la géographie

Et encore. Car non seulement Malte abandonne les remords et les complexes de micro-état, mais double la mise, passant du statut de candidat à l’adhésion à celui de « pont entre l’Europe et le monde arabe », comme le martèle Giovanni Buttigieg, directeur d'EuroMed Youth Platform (Plateforme de la jeunesse euro-méditerranéenne), qui réunit des ONG européennes et des pays de la rive sud de la Méditerranée. Pour Buttigieg, le lancement de la plateforme en septembre dernier à Malte –lancement qui a rassemblé plus de 100 jeunes issus de 35 pays et que café babel a couvert– « a été la preuve tangible du fait que l’UE n’est pas un club exclusif, mais un espace ouvert à ses voisins ».

Activement soutenue par la Commission européenne dans le cadre du Programme jeunesse Euro- Med, la plateforme est maintenant amenée à étendre ses activités à huit des nouveaux pays membres de l'EU, « hormis Chypre et Malte, qui participaient déjà par le passé en tant que pays du sud ». Des pays d'Europe centrale et orientale, dont l’ouverture et la dimension méditerranéenne reste quand même douteuse. Mais que Buttigieg veut impliquer, en commençant par une rencontre -qui se tiendra à Budapest en octobre- avec les huit pays de la rive sud : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Territoires Palestiniens, Liban, Syrie et Turquie.

C’est l’ensemble de cette dimension méditerranéenne que Malte pourra donc offrir au reste de l'UE. « Et pas seulement grâce à sa position géographique », précise Buttigieg. « Il ne faut pas oublier que, même politiquement, Malte est un pays minuscule qui ne peut pas apparaître comme une menace. Par conséquent, pour les pays de la Méditerranée situés hors du continent européen, c’est le seul à ne pas avoir de sérieux problèmes politiques avec ses voisins. Ce n'est pas le cas entre Israël et les pays arabes ou entre Chypre et la Turquie. Et le passé de l’île, riche de dominations étrangères -romaines, arabes, anglaises...– lui permet d'avoir une grande ouverture sur les autres cultures ».

Sans aucun doute : même la langue maltaise est une subtile composition d'influences différentes. « Soixante pour cent d'arabe, un alphabet latin et des influences italiennes, françaises et anglaises » reprend Marie, étudiante en droit. Et peu importe qu'elle l'explique dans un italien parfait, une caractéristique qui unit la plupart des jeunes du pays : ses yeux noirs nous font oublier que les Maltais prétendent que leur langue devient – et c’est vrai - une des 20 langues officielles de la nouvelle Europe. Celle qui s’arrête à La Vallette.