Les socialistes français et l’Europe : oui mais sans moi

Article publié le 11 janvier 2008
Publié par la communauté
Article publié le 11 janvier 2008
Au sein du Parti socialiste, il y a de moins en moins de monde au fur et à mesure que Nicolas Sarkozy poursuit ses OPA sur les cadres du parti. Mais plus ça va, et moins on arrive à saisir la ligne politique de ce groupe politique….en particulier concernant l’Europe.

Après la décision en novembre, du bureau national du Parti Socialiste d’approuver le texte du Traité de Lisbonne, on pensait le problème européen du premier parti de gauche français résolu. Malgré bien sûr les quelques résistances d’anciens nonistes qui criaient à la trahison, au Coup d’Etat. Rien de très original.

On s’imaginait déjà alors, la famille socialiste, toute bien habillée, prenant le RER C pour se rendre à Versailles et voter en congrès (Assemblée Nationale + Sénat, prévue le 4 février) les modifications constitutionnelles préalables à la ratification du nouveau traité européen.

Et bien non…Mardi 8 janvier, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault a déclaré qu’il lui paraissait «  impossible que nous [les députés socialistes] participions à la révision préalable de la Constitution dès lors que nous défendons la voie référendaire plutôt que la voie parlementaire ». Alors sur le coup, on peut penser que le maire de Nantes a fait une gaffe…mais non puisque dans la foulée, le secrétaire général du PS, François Hollande confirme.

Ne pas être là, c’est approuver.

Qu’en novembre dernier, si le bureau national du PS a bien déclaré qu’il soutenait le nouveau traité, il n’avait absolument pas statué sur la participation ou non au Congrès. Ce qui permet de faire ce petit tour de passe-passe.

Car cette décision est teintée d’hypocrisie, de la part des dirigeants du PS. Ne pas assister à ce vote, ne fera pas apparaître un référendum le week-end d’après dans toutes les mairies de France ! Bien au contraire. Car lors d’un vote en Congrès, ne sont comptabilisés pour les statistiques, que les personnes présentes. Donc, ne pas être là, c’est comme approuver. Et sans être présent, comment les socialistes comptent-ils faire en sorte d’un référendum sorte de leur chapeau ?  

Surtout, qu’un vote de Congrès, ça ne s’approuve pas à la majorité simple. Mais à la majorité des trois cinquièmes. Autrement dit, l’UMP doit resserrer les rangs, car aussi bien au Sénat, qu’à l’Assemblée Nationale, le parti du Président ne dispose pas des 60% nécessaires

UMP : 55.46% et 46.8% (Assemblée et Sénat)PS : 35.36% et 29.3%

Les socialistes ne peuvent à eux seuls bloquer la ratification mais s’ils arrivent à rallier les autres partis comme les Verts, les Communistes, les Non Inscrits, les Centristes et même certains de la majorité (il doit bien traîner quelques souverainistes au sein de la majorité), c’est faisable s’ils le voulaient vraiment ce satané référendum qui ferait alors trembler l’Europe tout entière…

C’est justement ce que dénonce les tenants du non de la gauche française. Ils ne voient dans cette manœuvre, qu’un soutien indirect à la ratification du traité. Un grand : OUI MAIS SANS MOI.

"Il n'y a qu'une seule solution pour que notre exigence référendaire officiellement proclamée aboutisse (...), pour que la souveraineté populaire ne soit pas bafouée : c'est de s'opposer à la révision constitutionnelle préalable, estime Henri Emmanuelli dans une lettre adressée à ses collègues du groupe. Toute autre position est factice, pour ne pas dire plus."

On fait quoi chef ?

Reste la question du vote concernant le traité en lui-même ? C’est toujours oui comme en novembre ou c’est fini ? « Mais, après, au moment de la ratification [du traité au Parlement, ndlr] nous prendrons la responsabilité d’Européens que nous sommes.» Ce qui signifie : OUI, oui mille fois oui ! Toutefois, Jean-Marc Ayrault, en sa qualité de libre penseur et de démocrate, a précisé que la «liberté de vote» sera de rigueur.

Une grande partie des députés socialistes est donc prête à ratifier un texte pour lequel ils demandent un référendum, tout en ayant rien fait pour qu’il advienne…

Journée chômée

Pour la forme, avec les verts et les communistes, ils ont prévu de déposer une motion à l’Assemblée nationale le 7 février prochain, pour la tenue d’un référendum. Aucune chance bien sûr d’être approuvé, vu que les députés UMP ont la majorité.

Reste à savoir comment vont voter les députés socialistes le 15 janvier prochain. Car avant un Congrès, chaque chambre doit déjà approuver le texte individuellement. Alors, 15 janvier, jour de grève pour les élus socialistes ?

Jean-Sébastien Lefebvre.