Les Revenants : une passion française

Article publié le 11 décembre 2012
Article publié le 11 décembre 2012
A deux semaines de la fin du monde, Canal + a décidé d’ambiancer le PAF avec des zombies. Rien à voir avec Walking Dead, la création originale de la chaine cryptée ne régale que dans la douceur et l’intelligence. Quand tu allais, ils Revenants.

Faudrait quand-même arrêter les accroches pro-fin du monde. Référencement Google ou pas, on ne sera de toute façon plus là le 21 décembre. Sûrement morts dans une tempête de manne ou brûler par un buisson. Tout ça parce qu’à cafebabel.com, nous avons eu la mauvaise idée de ne pas participer au concours de Geographic Channel dont le gros lot prévoit tout de même une nuit en abri-antiatomique.

Mais trêve de frivolités, il ne reste que 10 jours avant l’extinction des feux donc tâchons – pour une fois – de la faire courte. En cette fin d’année marquée par la paranoïa ou pas, Canal+, la chaine que vous ne pouvez pas vous payer, diffuse depuis trois semaines maintenant une création originale, autrement dit et sans langage cryptée, une série de 8 épisodes intitulée Les Revenants. Si des étrangers fraichement débarqués nous lisent, sachez que c’est une sorte de tradition pour la « 4 » depuis un certain temps. Le lundi soir, l’antenne payante balance régulièrement et souvent en exclusivité des séries dont le tout-venant n’a jamais entendu parler. Ce qui donne un certain côté swag à la production, surtout comparé aux énormes bouses que la télévision publique nous verse dans nos plateaux-télé.

Mieux qu’un robot Moulinex

Mafiosa, Braquo, Kaboul Kitchen, Engrenages, Homeland… voilà en substance les titres nominés par Canal en 2012 pour le lundi soir ses abonnés prompts à mettre 20 voire 40 balles par mois. Vous l’aurez peut-être remarqué, dans ses plans marketing, la chaine prône le made in France (surtout le lundi soir, le jeudi est plutôt consacré aux séries US) et insiste souvent sur des productions qui fleurent bon la grisaille, la flicaille et le demi-jour (Braquo, Mafiosa, Engrenages…). Le bilan de l’effort est plutôt bon. Engrenages est une bonne série, Braquo c’est pas mal mais décevant quand on sait qu’Olivier Marchal (36 Quai des Orfèvres, Les Lyonnais) a accouché du concept et Mafiosa se laisse regarder mais a surtout le mérite faire figurer de vrais truands (Frédéric Graziani, « Manu » dans la série, est actuellement à la barre du procès du cercle Wagram) et de mettre en image des faits réels avant qu’ils ne se passent. CQFD.

Cela dit, malgré les efforts de la chaine, la télévision française câblée ou pas n’avait bien que trop rarement était en mesure de rivaliser avec son homologue américaine, bien trop calibrée pour ne pas régner. Privilégiant la technique surfaite du mimétisme, beaucoup de programmes français se sont cassés les dents sur l’équivalence atlantiste. « Braquo c’est bien mais The Shield c’est 10 fois mieux », ce genre de choses. Il fallait donc affirmer un style, non seulement produire français mais aussi faire français. En d’autres termes, assumer une lenteur, une étrangeté, un genre capable de faire briller le beau (bo) bizarre.

Vous pouvez mourir tranquille

Les Revenants, écrit et réalisé par Fabrice Gobert d’après un film homonyme de Robin Campillo (2004), est sûrement la série sur laquelle Arnaud Montebourg devrait compter. Sise dans un charmant petit village de campagne, l’histoire conte la vie d’une poignée d’habitants en proie à la réincarnation fantastique de leurs proches, jadis disparus. Jamais il n’est question de la traditionnelle césure entre vivants et morts-vivants déguelasses. Les Revenants reviennent comme si de rien n’était auprès des leurs. Des années après, c’est une fille qui revient chez sa famille désormais éclatée, un jeune-homme qui retourne voir la femme avec qui il devait ce marié, un gosse qui cherche à retrouver ses parents. Tout ceci se passe dans un contexte absolument réaliste dans lequel les bouleversements de ceux qui n’y croient pas et les interrogations maintes fois répétées des ceux qui reviennent fabriquent le liant à la fois habile et délicat de toute la série. Nous avons vu 6 épisodes (la saison 1 en compte 8) et le suspense se distille subtilement à travers l’histoire de chaque personnage « revenant » auquel un épisode est chaque fois consacré. Une manière d’écrire désormais propre au réalisateur, Fabrice Gobert, qui avait déjà utilisé le schéma dans son très bon Simon Werner a disparu où l’on revivait le dénouement du film à travers l’histoire de chaque protagoniste.

Une patte que l’on retrouve aussi dans la manière de filmer mais surtout dans la façon de mettre en scène ses jeunes acteurs, véritable valeur ajoutée de la série. L’étrangeté de la série réside dans le fait que ce village perdu à l’orée d’un barrage compte un nombre incroyables de jeunes, un lycée, un drive-in de burgers tendance et un bar rock. Encadrée par des comédiens reconnus comme Frédéric Pierrot (le Balloo dans Polisse) ouAnne Consigny en mère tremblotante, la marmaille se retrouve extrêmement bien dirigée dans Les Revenants comme elle l’avait été dans Simon Werner a disparu.

Bref, ce programme est une excellente surprise qui a d’ores et déjà réunis 1,4 millions de téléspectateurs, soit le deuxième démarrage pour une série sur Canal +. Nan franchement, bien t’as vu. Si vous êtes patriotes, anti-américains, anti-impérialisme tiers-mondiste ou je-ne-sais-quoi, allez jeter les yeux sur cette fierté française qui devrait – beaucoup mieux qu’un robot Moulinex, parvenir à vous faire mourir tranquille.

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Les Revenants - Bande-annonce

Photos © courtoisie de la page Facebook officielle de Les Revenants