Les relations diplomatiques et la négociation internationale sont-elles une question de feeling?

Article publié le 11 avril 2013
Article publié le 11 avril 2013
Par Jeanne Heuré Mardi 26 février, Cafébabel assistait à la réunion organisée par l'Academia Diplomatica Europaea sur l'enjeu des relations euro-russes. Une phrase nous a marqués : « nous n'aboutirons à rien tant que l'Union européenne et la Russie ne se feront pas confiance ».Apparemment, l'UE et la Russie ne se sentent pas.

Les deux intervenants, Pierre-Emmanuel Thomann et Knut Fleckenstein, ont insisté sur l'importance d'intégrer la Russie à la politique extérieure de l'Union européenne, et plus particulièrement, à sa politique de voisinage. Les deux hommes ont même démontré que la revalorisation des relations euro-russes engendrerait la stabilisation des rivalités franco-allemandes d'une part, et l'amélioration des résultats de la politique de voisinage européenne, d'autre part.

D'abord,pour l'Allemagne, le poids politique, économique et surtout géo-stratégique de la Russie permettrait de contrebalancer l'influence de l'Ouest et de re-situer le pays au cœur de l'Europe; ce qui lui procurerait un avantage géostratégique. Pour la France,une relation bilatérale accentuée avec la Russie favoriserait surtout un meilleur équilibre des puissances, privilégiant ainsi une diminution relative du poids seul des États-Unis et donc une plus grande indépendance de l'Europe (et de la France!) vis-à-vis du géant américain.

Ensuite, selon K. Fleckenstein, la réussite de la politique de voisinage européenne dépendra grandement de sa prise en compte des intérêts russes :comment influencer et interagir avec l'Europe de l'est, le Moyen-Orient et l'Asie centrale sans considérer les intérêts de la Russie dans ces régions? La crise syrienne l'illustre assez clairement.

Pourtant,si les relations entre l'Union européenne et la Russie sont primordiales, elles stagnent. Ellesexistent mais sont entrecoupées de crises, comme celle du conflit en Géorgie en 2008. Elles persistent mais sont symboliques; aucun partenariat fort et fiable n'est d'actualité. Bref, elles sont visibles mais sont intangibles. L'Union européenne et la Russie ne se font pas confiance. Devons-nous comprendre que, malgré la nécessité d'établir un partenariat privilégié avec la Russie, nous ne verrons pas naître de relation forte tant que qu'elles ne se « sentiront » pas l'une et l'autre? Mais alors dans quelle mesure le feeling joue-t-il un rôle dans les relations internationales?

Nous ne devrions pas sur-estimer l'aspect passioné des relations internationales. Si le monde actuel privilégie la diplomatie multilatérale, c'est bien parce que le dialogue et les partenariats internationaux visent à faire interagir des États ou des ensembles qui ne se côtoient pas naturellement et/ou stratégiquement ; peu importe leur confiance les uns envers les autres.

Cependant, la force de l'histoire ou plutôt le poids des ressentis historiques doit être pris en compte dans l'explication des résultats des négociations. Si, aujourd'hui, les relations entre l'Union européenne et la Russie n'aboutissent à rien de convaincant, c'est bien parce que le temps n'a pas encore su éradiquer la méfiance des deux acteurs. Au regard de cette réflexion et surtout au regard de l'opposition interne au conseil de sécurité de l'ONU qui divise l'Occident et les deux géants de l'Est (Russie et Chine), une autre question s'impose alors : dans quelle mesure le bipolarité du système international est-elle dissoute ?