Les priorités de la future mandature du Parlement Européen

Article publié le 7 avril 2009
Article publié le 7 avril 2009
Par Antoine Spohr Pour une approche prospective de l’action du prochain Parlement Européen après les élections du 7 juin prochain, le Mouvement Européen Alsace sous la baguette de Philippe Metzenthin, son président, avait orchestré une belle soirée qu’il serait impropre de qualifier de Conférence-Débat tout autant que de Convention qui dans la terminologie historico –politique conserve un
emploi réservé. Alors disons « une rencontre entre des candidats, têtes de listes du Grand Est » et des associations spécifiquement européennes fédérées dans un Collectif dont les représentants ont été invités à poser leurs questions sur le sujet du jour.

Un consensus mou ou un dialogue de bon aloi ?

D’un côté, par ordre alphabétique (tradition transpartisane oblige), trois députés européens sortants : Joseph Daul, UMP, de surcroît président du groupe parlementaire PPE-DE ( parti populaire européen- démocrates chrétiens) ; Nathalie Griesbeck, MoDem (elle y tient), ADLE ( alliance des démocrates et des libéraux) ; Catherine Trautmann, PS et PSE ( parti socialiste européen).

En face, de l’autre côté de ces trois « pointures », des questionneurs représentant tour à tour, les Jeunes Européens de Strasbourg (JES) avec Patricia Ruelleux qui s’acquitta avec pertinence et brio de la tâche d’entamer la série des questions, puis Christophe Kieffer, exigent pour « Strasbourg pour l’Europe « (SPE), René Eckardt, émouvant pour le Cercle Relatio avec un hommage à son fondateur, l’irremplaçable Daniel Riot, Vincent Lebrou pour le très dynamique et vivant Café Babel Strasbourg et enfin, élégante sur le fond comme dans la forme, Catherine Comte-Deleuze, présidente du Mouvement Européen Grand Est, qui nous vient de Franche- Comté. Par courtoisie et faute de temps, le ME-A s’était effacé devant ses invités. Tous ont baigné dans une assistance nombreuse, hétéroclite dans ses composantes par âge ou sexe et, à peine décelables quelques applaudissements sporadiques, par les appartenances politiques : un auditoire attentif, respectueux, exemplaire.

La rencontre fut tout aussi exemplaire par l’attitude des invités. Un observateur impartial, habitué aux débats politiques contradictoires que nous offrent les émissions de télévision, quand il y en a, n’aurait pu s’empêcher de suspecter un consensus entre Catherine, Joseph et Nathalie qui s’appellent en effet par leur prénom et se tutoient. Cependant, si les fleurets étaient mouchetés, les passes d’armes furent tout de même parfois clairement mais respectueusement exécutées. Nous verrons cela plus loin. De plus, exemple encore plus rare, on a totalement échappé à la dérive vers les questions de politique strictement nationale si préjudiciable au débat européen. C’est là que résident le plus souvent les sources d’empoignades verbales. Merci Mesdames et Monsieur, merci aussi aux questionneurs pour n’avoir jamais tenté de sortir du sujet.

Quelques éléments prégnants

Dans cette conversation à bâtons rompus, malgré les efforts de canalisation vers les thèmes, un compte-rendu scrupuleusement chronologique serait difficile et fastidieux. Relevons donc quelques idées maîtresses.

« Strasbourg doit rester la capitale parlementaire de l’Europe » et, plutôt que d’accepter toute négociation de renoncement au profit de Bruxelles, nos trois députés réclament le rapatriement de l’ensemble PE à Strasbourg et ne veulent pas entendre parler d’échange contre une hypothétique université européenne ou même de siège de l’Otan. L’Université (UdS) est là, il suffit de la développer en l’européisant davantage. Quant au siège de l’OTAN, pourquoi pas, au point où nous en sommes, mais cette possibilité n’a même pas été évoquée.

Bien sûr que des obstacles existent, mais ils ne sont pas incontournables. Les fantasmes d’une eurodéputée allemande, relayés par la télévision, faisant de Strasbourg un lupanar en période de session, ne sont que soumission au lobby puissant des bruxellophiles. La coupable s’est excusée, mais le mal est fait. Quant à l’argument ressassé du coût des transferts des personnes et des malles, il est à la vérité moins important en frais et en CO2 qu’on a bien voulu le dire. Nathalie Griesbeck rappelle fort opportunément que le coût des traductions est bien supérieur (1°poste du budget de fonctionnement). Des efforts substantiels sont néanmoins indispensables pour une meilleure accessibilité, seul handicap selon la plus alsacienne des candidats Modem /ADLE, d’une ville que la plupart des eurodéputés préfèrent à Bruxelles, « siège de l’Europe de l’argent » car, avec le regretté B. Geremek, ils la savent « siège de l’Europe des citoyens ». Mme Trautmann, ancien maire de Strasbourg qui, encore retenue au PE, n’était pas encore arrivée, aurait sans doute souscrit à cette position. Joseph Daul dont le franc-parler ne s’est jamais démenti, regrette par exemple de n’avoir jamais rencontré en deux mandats et en tant que l’un des ténors du PE, le maire de Bruxelles. Les Belges seraient-ils tellement attachés au PE, ou serait-ce plutôt certains élus européens qui y ont acheté des appartements moins chers qu’à Strasbourg et qui comptent bien être réélu ad vitam aeternam ? Curieux. Sont-ils au moins sûrs de mobiliser à leur profit un électorat assez nombreux et là nous rejoignons la question de la participation, question posée par les Jeunes Européens Strasbourg et indirectement par Café Babel Strasbourg

Il faut dépasser les 50% de participation de 2004.

Encore une ambition partagée mais que faire ? Joseph Daul, homme de terrain s’il en fut, croit surtout à la mobilisation des élus de tous bords, à tous les niveaux et particulièrement à celle des maires qui doivent informer, relayer, motiver, « politiser » les jeunes, comme le suggérait Pascale Ruelleux. Et les médias ? Ils sont souvent accusés de ne pas en faire assez, le sujet n’étant pas porteur. Puissent les journalistes présents avoir bien entendu ! Evidemment, toutes les formes habituelles des campagnes électorales doivent être utilisées sans retenue. Le MEF a déjà distribué une affichette impérative « Votez »… ; les partis sont entrés en campagne bien que les listes définitives ne soient pas toujours connues. Le referendum sur le traité en 2005 avait atteint les 70% de participation. On sait que la part des réseaux internet ( blogs et cyberjournaux) dans cette mobilisation a été déterminante et d’aucuns s’accordent à lui attribuer une grande part de responsabilité du « non » dont les thuriféraires internautes furent les plus actifs.Vincent Lebrou de Café Babel Strasbourg s’est ainsi vu confirmer son importance surtout par Catherine Trautmann qui a rappelé son action inachevée en tant que ministre de la culture dans ce domaine (question du statut des radios libres à étendre au WEB). Mais ce ne sont là surtout préoccupations de méthode, de forme.

Et la crise dans tout cela ?

C’est bien sûr la préoccupation première, car non seulement elle est mondiale et donc forcément européenne, mais elle touche directement les citoyens avec une acuité différente selon les Etats et selon ce que l’on n’ose plus appeler les classes sociales. A ce sujet, une remarque judicieuse et trop peu répandue de Catherine Trautmann : en substance « craignons que la violence qui peut opposer les peuples apparaisse aussi entre les hommes et les femmes qui ont un emploi et les chômeurs », ce qui revient à dire qu’un traitement social de la crise s’impose dans les Etats et en Europe. Nathalie Griesbeck qui acquiesce, en profite avec une pugnacité souriante pour fustiger les pusillanimités de la Commission qui s’occupe en ce moment de la réglementation du vin rosé. Joseph Daul explique que ce n’est pas une initiative de la Commission, mais une réponse à une exigence de l’OMC. Dont acte. Mais le fleuret de Nathalie est tiré et elle s’en prend à Barroso qu’elle accuse sans vergogne, d’immobilisme et de néolibéralisme alors que le président du PPE, saluant au passage le travail accompli sous la présidence française, considère que le président de la Commission fait le travail que le Conseil Européen lui demande. Catherine Trautmann sourit, Nathalie aussi. Enfin, plus sérieusement, nos trois invités s’accordent à prôner un plan de relance européen par la croissance à travers une politique européenne de grands travaux( infrastructures, énergie, recherche) difficile à faire admettre à certains états, premier obstacle comme celui du « chacun pour soi » en cours dans les politiques nationales... Pourquoi ne pas s’inspirer de la politique agricole commune que Joseph Daul connaît si bien ? « Pas de confiance en l’Europe si les gens ne sentent pas la prospérité et la solidarité » dit la députée PS. « Une Europe pensée au XX° siècle est à peaufiner au XXI° » ajoute la députée du MoDem. Mais le véritable problème, récurrent celui-là, est bien celui du budget de l’Union que les trois députés s’accordent à trouver trop faible : une recette de 1% des PIB qu’ils souhaitent voir augmentée, Nathalie Griesbeck allant jusqu’à 3%, est insuffisante. Mais là jaillit un paradoxe étonnant : de nombreux fonds structurels restent non utilisés. Et pourquoi pas un emprunt européen, pour la réalisation de ces vastes projets ? Voilà des questions fondamentales sur lesquelles le PE aura à se pencher lors de la prochaine mandature. Intéressante question tout autant que celle de l’élargissement, question posée par Catherine Comte-Deleuze, présidente du ME- Franche-Comté.

Ne pas élargir sans précautions réfléchies et exigeantes.

Le groupe de l’Euro souffre bien entendu également de la crise et particulièrement les pays les plus faibles et même l’Autriche qui, pour le président du PPE-DE, peut servir de référence. En effet, ce pays de la Mitteleuropa, adossé à une grande partie du groupe des 10 entrants de 2004, sollicite ardemment une aide à ces pays de l’Est dont l’effondrement pourrait occasionner sa propre faillite car ses grandes banques seraient dans l’impossibilité d’honorer leurs échéances (prêts à ces pays de l’Est ). La solidarité s’impose pour la survie et la crédibilité de l’Euroland. Pour Joseph Daul, approuvé par ses voisines, l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie a été prématurée, ces pays n’étant pas prêts. Dans l’avenir, il faudra être plus prudent. Dans les Balkans par exemple : comment pourrait-on accueillir la Croatie sans que soit réglé au préalable le problème de ses frontières avec la Slovénie. Quant à la Turquie, nos députés s’accordent à reconnaître qu’on lui a menti. Les conditions d’adhésion dont celle d’un referendum favorable - seul cas jusqu’à présent - sont telles qu’elle-même risque fort de renoncer. Restent mille et une questions en sursis, mais la campagne ne vient que de commencer. Celle du choix du président de la Commission que le PE doit entériner fait déjà conflit. En tout cas, la combative Nathalie Griesbeck ne veut plus de Barroso. Joseph Daul demande par qui le remplacer. Catherine Trautmann reste discrète, peut-être gênée par l’attitude chauvino-ibérique des socialistes espagnols et portugais.

La suite au prochain numéro : Café Babel Strasbourg organise une conférence-débat à l’Odyssée le 18 avril à 14h30 sur les élections européennes. Allons-y.