Les plans de relance sèment la zizanie en Europe

Article publié le 16 janvier 2009
Article publié le 16 janvier 2009
Noël continue pour les économies qui attendent des États de multiples cadeaux. Réduction d'impôts, avances de trésorerie, investissement, les plans de relance européens se multiplient. Et les tensions entre les pays aussi, au risque de briser la belle unité affichée pour sauver les banques. Tour d'Europe. Des plans de relance, remède contre la crise?

Après la finance, la crise est aujourd'hui réelle. Automobile, banque, consommation, de nombreux secteurs économiques sont touchés. Les licenciements se multiplient, les usines ferment, les échanges internationaux diminuent pour la première fois depuis 1945, les monnaies s'affolent, tout va de mal en pis. Pour atténuer les effets de la crise et préparer la reprise, les Etats se lancent dans de vastes plans de relance.

Pourquoi ? D'abord, pour liquider les stocks et soulager les entreprises prises à la gorge par des trésoreries asséchées. Ensuite, en lançant de grands projets, pour favoriser l'investissement et relancer aux forceps les industries sinistrées. Et enfin, le plus important, pour éviter que la récession ne mette le feu aux révoltes sociales. La crise arrive au moment où jamais les inégalités salariales n'ont été aussi grandes et où la jeunesse, déjà précarisée, est touchée de plein fouet. Nul Etat ne veut suivre l'exemple de la Grèce.

Messieurs les Français, tirez les premiers !

Chaque pays a ses propres soucis. La Grèce, l'Espagne et le Royaume-Uni, les plus touchés, ont choisi des plans très importants, jusqu'à 5.5% du PIB. Principalement en distribuant des crédits, sur lesquels reposait leur croissance. La France, qui manque de capital et d'investissement, espère rattraper son retard. Les autres pays lancent des plans similaires, fondés sur l'investissement et la consommation.

Seuls l'Allemagne et les Pays-Bas s'opposent à de telles dépenses. Ce sont aussi les seuls pays à avoir des excédents commerciaux en Europe, donc les seuls à pouvoir réellement financer les plans de relance. L'Allemagne ne veut pas payer pour les autres encore une fois. Pays exportateur, elle a plus à gagner des plans de relance de ses clients et avance à reculons.

Mais, un déficit budgétaire dans un pays est payé par tous les autres, c'est la raison d'être des critères de Maastricht. Nul ne veut payer pour les autres, et déjà les taux d'intérêt en Grèce sont 1.5% au-dessus de ceux d'Allemagne. Pour une même monnaie, du jamais vu.

Le chamboultou européen

Chaque pays est tenté d'agir dans son coin, de s'écarter des règles communes et d'entrer dans une spirale négative. Les plans de relance profitant d'abord à ceux qui n'en font pas. Et les dettes publiques s'alourdissant, pénalisant l'Euro et les pays bien gérés et sans dette. Certains pays pourraient même souhaiter sortir de la zone Euro pour mener des politiques budgétaires plus audacieuses. La Présidence Tchèque a beaucoup à faire pour trouver un compromis et décider qui, finalement, paiera pour cette crise. Faute de quoi, la crise risque de devenir institutionnelle.

Auteur: Franck Lirzin

photos: Fausse couverture du Economist (clementpetit2/flickr), "C'est la crise" (alter1fo/flickr)