Les péchés mignons d'Odeta Catana

Article publié le 16 juin 2015
Article publié le 16 juin 2015

Odeta Catana, photographe roumaine implantée à Berlin, aura 33 ans dans un mois. Comme le commun des mortels, elle a un péché mignon dont elle ne peut se passer. Elle l'a surnommé Guilty pleasure. Voici son projet photographique.

Odeta ne peut pas manger de friture. « Je suis obligée de prendre des pilules pour ne pas me sentir mal », explique-t-elle. « Mais la friture est quelque chose dont je ne peux me passer. Un renoncement, tout en sachant que c'est ce dont j'ai besoin. » Ensuite on cède. Et à la fin que reste-t-il ? La culpabilité, qui pénètre le corps encore ivre de ce plaisir interdit. En deux mots : Guilty Pleasure, comme le nom qu'Odeta a donné à son projet photo en partenariat avec Square Magazine. « C'est pour cela que toutes les photos que j'ai prises sont carrées », ajoute-t-elle en souriant.

Qu'est-ce qu'un Guilty Pleasure ? « Eh bien, cela peut être n'importe quoi », répond Odeta. Un objet ou une habitude. Quelque chose à garder pour soi, loin des regards indiscrets de ceux qui pourraient nous trouver étranges, bizarres, incompréhensibles. C'est bien parce qu'il est difficile de parler de péché mignon, qu'Odeta a décidé de s'inclure dans le projet, « surtout pour donner envie aux autres de participer ». « J'ai parlé avec beaucoup de monde et je n'ai jamais cherché à forcer quelqu'un pour qu'il pose pour moi. Ce que j'ai remarqué, continue-t-elle, c'est que personne n'a de problèmes à s'exprimer, mais lorsqu'il s'agit de poser devant un objectif… voilà, c'est différent. »

Une réaction qui dépend aussi du péché mignon en question : certains sont plus difficiles à assumer que d'autres. Par exemple « Il n'est pas facile d'admettre que l'on aime les vêtements et le maquillage féminin, surtout si on n'est ni travesti, ni homo. »

Ce qu'Odeta photographie, c'est l'intimité de ces gens. Pour une fois, nous pourrions presque penser que c'est vrai, l'appareil photo est capable de voler l'âme. Certains se sentent coupables d'aimer les fourrures et savent que pour les créer il a fallu tuer des animaux. D'autres mangent dans la baignoire, d'autres encore mangent de la nourriture pour enfants et il y a aussi qui avale trop de pâtes.  Ceux qui aiment les vêtements africains et ceux qui les aiment avec des imprimés.  Ceux qui aiment voir les (petits) objets brûler et ceux qui n'utilisent pour chez eux que des meubles des années 60.

Odeta, 32 ans, est née et a grandi à Calarasi, en Roumanie. Après des études d'art à l'université de Bucarest, elle s'est installée au Pays de Galles pour approfondir ses connaissances anthropologiques. « Pour mon mémoire de licence, j'ai étudié et classifié les photographies des frères Manaki, les photographes les plus célèbres des Balkans. Travailler sur un sujet comme celui-là à réveillé en moi un intérêt anthropologique. En Roumanie, il n'y avait pas moyen d'en étudier son aspect visuel, alors je suis partie. »

Après le Pays de Galles, ce fut au tour de la Belgique, qui ne l'a pas totalement convaincue. « J'avais besoin d'autre chose, je voulais essayer de vivre dans une grande capitale comme Berlin ». Pendant son séjour dans la capitale allemande, où elle réside actuellement, Odeta a développé aussi d'autres projets, comme celui sur les jeunes générations de migrants roumains : Berlin as Utopia« J'ai essayé de défier le stéréotype négatif qui les marque depuis toujours dans la perception européenne. Ils arrivent ici pour travailler, étudier, s'intégrer, souvent motivés par les paroles de leurs frères et soeurs dans l'espoir d'une vie meilleure. »

Pour chaque portrait, une question et une réponse.