Les Panama Papers: l'évasion fiscale jusqu'en Albanie

Article publié le 28 avril 2016
Article publié le 28 avril 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les 11.5 millions de documents and 2.6 terabytes de données qui ont fuité du cabinet d'avocats panaméen

Mossack Fonseca ont exposé nombre de personnalités et leur fortune. On estime que ce centre offshore est le 5eme au monde.  Ce scandale a déclenché un débat international, et des manifestations dans plusieurs pays marquent  la réprobation des citoyens envers leurs élites.

La route est longue du Panama jusqu'à un petit pays des Balkans comme l'Albanie, mais celle-ci s'est quand même retrouvée impliquée (à un moindre degré) dans ce scandale. Une carte interactive mise au point par Esri UK révèle que 2 entreprises, 3 bénéficiaires et 22 actionnaires ont des liens avec cette affaire. Cela nous permet de nous pencher de plus près sur la complexité des relations entre les différents acteurs mondiaux et de voir quels sont les principaux centres de l'évasion fiscale.

L'emprise des paradis fiscaux s'étend jusqu'aux Balkans

Le journal israélien Haaretz a contribué à mettre au jour un scandale financier impliquant l'Albanie. Un avocat israélien, Assaf Halkin, aurait créé quatre sociétés avec l'appui de Mossack Fonseca. Il a fondé GFI Technologies, immatriculée dans l'île d'Aguilla en mai 2013. La société appartenait à Halkin et un citoyen albanais, Ismail Muletti ("Ismail Mulati" dans les documents révélés).

Une enquête plus poussée a révélé que GFI Technologies appartenait à une entreprise canadienne, Global Fluids International S.A, dont Muletti était également copropriétaire. GFI Albanie est une petite division de cette entreprise, et avait remporte en 2013 certains des contrats pétroliers les plus controversés et les plus lucratifs. Un contrat sur 10 ans à 150 millions d'euros.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Il semblerait qu'une autre entreprise, "Petroleum Consulting Partners", qui était membre du même consortium que GFI, soit également impliquée. Le concessionnaire était enregistré sous le statut de société offshore. GFI a ensuite disparu en laissant derrière lui quelques actions, et il a revendu l'entreprise à "Petroleum Consulting Partners",  une manœuvre courante quand des sociétés offshore veulent disparaitre sans laisser de traces.

Podesta Group, dont le siège est à Washington D.C., est un lobby bien connu qui avait travaillé à plusieurs reprises pour le gouvernement albanais d'avant 2013.  On retrouve la trace de cette entreprise dans les Panama Papers parce qu'elle avait des liens avec des sociétés offshore russes telles que Sberbank. Podesta travaille déjà pour  le gouvernement albanais et avec Sberbank, et a donc tenté de nouer des liens avec le gouvernement américain. Le rôle du groupe Podesta dans la vie publique albanaise a suscité un débat dans la sphère politique du pays.

Enfin, le Miami Herald a indiqué qu'Efraim Diveroli, 22 ans, était impliqué dans un trafic de munitions militaires de la Chine vers l'Albanie, puis de l'Albanie vers l'Irak et l'Afghanistan, ce qui lui avait rapporté des centaines de millions de dollars. 26 personnes ont perdu la vie lors d'une explosion massive survenue en 2008 dans l'entrepôt de munitions en Albanie, et de nombreuses autres ont été blessées dans ce que l'on nomme parfois la tragédie de Gërdec.

On retrouve Diveroli et son entreprise dans les Panama Papers; une enquête avait déjà été menée à son sujet en Albanie pour trafic international d'armes. Un film récent, War Dogs, qui doit paraitre cet été, s'inspire de l'histoire de Diveroli et de son associé David Packouz, qui avait conclu un contrat à 300 millions de dollars avec le Pentagone pour l'armement des alliés des Etats-Unis en Afghanistan.

Un miracle en trois jours

Ce sont jusqu'ici les seules données qui indiquent que l'influence de ces paradis fiscaux s'étend jusqu'en Albanie. Les institutions albanaises les ont prises en compte et ont ouvert des enquêtes. Les administrations publiques et le public attendent la conclusion de ces enquêtes pour voir dans quelle mesure l'économie albanaise sera ébranlée par le séisme panaméen. Aucun nouveau nom n'a été révélé au cours des derniers jours, ce qui entretient un climat de tension tacite.

Cette affaire de corruption albanaise est particulièrement sensible, car elle créera un précédent pour les affaires d'évasion fiscale à l'avenir. Attendons de voir si justice sera rendue et si ceux qui voudraient rester intouchables seront bien punis.

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Cet article fait partie du projet East Side Storiesune série qui contribue à la diversité des opinions dans les médias européens.