Les OPA énergétiques réveillent les hypocrisies nationalistes

Article publié le 4 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Endesa, Gas Natural, E-On, Enel, Suez et GDF ou la mascarade contre la libre concurrence. L’Europe de la CECA est née afin de mettre fin aux problèmes d’énergie. Aujourd’hui, elle perd tout son crédit à cause d’histoire de marchés énergétiques.

En 2001 lors de l’élaboration de l’agenda de Lisbonne, les dirigeants européens ont programmé la modernisation et la libéralisation des industries et des marchés communautaires. Deux ans plus tard, ils ont posé les bases de la création d’un marché européen de l’énergie, qui entrera en vigueur entre 2008 et 2011 grâce à la libéralisation des tarifs du gaz et de l’électricité. Le but de ces manœuvres ? Que les compagnies puissent vendre leurs services en toute liberté dans toute l’UE, et ce quelque soit leur pays d’origine. Aujourd’hui, il est évident que personne n'a cru les papiers qu’il signait.

Les OPA de la discorde

En 2002, le tribunal allemand de la concurrence a interdit la fusion de Ruhrgas et E-On, malgré le patronnage polémique de Schröder qui voulait créer un « champion national » susceptible d’être compétitif à l’échelle européenne. Il y a quelques mois, l’entreprise Gas Natural, qui siège à Barcelone, a lancé une OPA hostile sur une autre entreprise espagnole, Endesa, dans un contexte également très polémique.

Rodriguez Zapatero n’a cessé d’insister sur le fait qu’il n’avait aucune intention de s’immiscer dans des affaires concernant les entreprises privées. Néanmoins, cela fait près d’une semaine que le géant E-On a lancé une contre-offre sur Endesa qui n’a, semble t-il, pas plus au Premier ministre espagnol : celui-ci a ordonné la création dans le pays d’un mastodonte Gas Natural-Endesa. A l’image de la France qui a également appuyé sur son territoire la fusion de l’entreprise publique GDF avec Suez, rejetant cette fois l’OPA qu’une entreprise italienne avait proposé sur Suez. Du grand art.

Inégalités flagrantes

Le double discours des autorités nationales suivant que les entreprises énergétiques appartiennent ou non au pays, engendre un sentiment amer d’échec de l’intégration européenne. L’Allemagne donne naissance à un géant mais fait tout pour éviter qu’une telle puissance se constitue en Espagne ; l’Italie se sent frustrée de n’avoir pu obtenir Suez et prépare un décret de vengeance pour que les compagnies étrangères ne puissent acquérir les boîtes italiennes du secteur. Enel n’envisage son « champion national » que s’il parvient à absorber son alter ego pétrolier Eni et entend offrir son aide à Gaz Naturel contre E-ON dans le combat pour la participation à son capital. Enfin, la France, qui n’avait jamais cru en la libéralisation du secteur énergétique, jette de l’huile sur le feu en protégeant son pré-carré GDF et annonce sans ciller une participation publique au capital de Gas Natural. Dans une Espagne où toutes les entreprises du marché sont privées…

Rome s’est senti lésée par l’intervention française dans l’OPA sur Enel. Madrid aussi se sent flouée puisque la Commission européenne d’une part s’est opposé à cette attaque galloise et de l’autre gronde le gouvernement espagnol pour avoir changé sa législation en vue de retarder l’acquisition d’Endesa par E-ON.

Le consommateur a-t-il son mot à dire ?

Pendant ce temps, les consommateurs observent attentivement la manière de passer d’une économie de monopoles publics à des empires privés. Sans oublier un curieux paradoxe : en Espagne, la fusion de Endesa et E-On est un monopole de plus autorisé par Bruxelles. Celle d’Endesa avec Gas Natural désavantage ce dernier qui doit investir plus étant donné que la loi espagnole est plus stricte. Et en Belgique, l’alliance de GDF et Suez conduira à la création d’un monopole énergétique absolu puisqu’elles sont les seules compagnies du secteur.