Les Murs ont la vie dure

Article publié le 11 janvier 2002
Publié par la communauté
Article publié le 11 janvier 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un Mur est tombé, d'autres le remplacent déjà. Et des remparts pointent autour d'une Europe forteresse.

Le mot « Fin » de l’histoire de la Guerre froide a donc été écrit à Pratica di Mare le 28 mai. Cela semble parachever un processus de recomposition des relations internationales entamé il y a plus de dix ans avec la chute de ce symbole honni qu’était le Mur de Berlin. Mais les relations internationales n’en n’ont malheureusement pas fini avec les murs, réels ou symboliques.

Il en est ainsi du mur qui sépare les Israéliens et les Palestiniens, et qui les éloigne chaque jour un peu plus d’une cohabitation sereine. La matérialisation physique de ce mur a d’ailleurs partiellement commencé : barrière défensive de 350 kilomètres, le long de la ligne verte, assortie de ses tranchées, caméras et no man’s land. Son but : éviter toute infiltration palestinienne sur le territoire israélien, hors des points de contrôle dont le nombre a encore été restreint. Sa réalité : la mort de l’espoir d’une intégration entre ces peuples qui se disputent un territoire où ils auraient pu vivre ensemble. Ou plus simplement le rejet de l’autre au-delà d’une barrière infranchissable, voire le refus de son existence même.

Ainsi aussi du mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis. Ligne frontière d’une guerre que se livrent Nord et Sud, riches et pauvres, et dont ces derniers sont les victimes lorsqu’ils tentent le passage de cette frontière érigée en mur de tôles surmontées de barbelés. « Guerre sans nom aux frontières de l'Amérique » telle que la montre Chantal Akerman dans "De l'autre côté", documentaire présenté à Cannes, qui évoque au travers de ce drame quotidien autour d’un mur planté au milieu du désert ces problèmes contemporains que sont les échanges nord-sud, l'immigration, l'insécurité, le racisme…

Ainsi enfin du mur que certains voudraient voir construire autour d’une Europe érigée en forteresse. Puisque Shengen permet la libre circulation des personnes entre Etats européens, il faut renforcer les frontières extérieures de l’Union. Les ministres de l'intérieur se sont réunis à Rome pour esquisser les contours d'une police européenne des frontières que la Commission a proposée. C’est légitime, et il faut sans doute saluer ce progrès de l’intégration européenne. De plus, les gouvernements européens doivent tenter d'harmoniser leurs politiques d'immigration lors du sommet de Séville. Mais à l’heure où un Français sur quatre adhère aux idées du Front national , à l’heure où partout en Europe l’immigration est devenue un enjeu central des débats électoraux au plus grand profit de l’extrême droite, à l’heure où celle-ci voit ses scores progresser, voire accède au pouvoir pour mettre en place des politiques basées sur le rejet et l’exclusion, la perspective d’une Europe forteresse, marquée par le racisme et la fermeture, se rapproche.

Puisque nous sommes si heureux d’avoir triomphé d’un Mur qui avait divisé l’Europe, ne laissons pas les maçons de la ségrégation œuvrer à nouveau. L’Europe elle-même s’est construite autour des notions d’ouverture et d’échanges entre les nations. Et puisque les murs tendent à se dresser à nouveau, il faut redire que ce sont la circulation des idées et des personnes, l’ouverture, les échanges, les brassages de population, la liberté, qui font et feront la richesse de nos pays, et qui ont brisé un jour de novembre 1989 le Mur du totalitarisme. Et non la ségrégation, la fermeture, le repli sur soi et le rejet de l’autre, qui d’une certaine manière, un jour d’Août 1961, produisirent le Mur de la Honte.